‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 27 sur 73 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

savons maintenaal coiiHiient ces deux princes altirerent sur eux et sur leur pays TalteatioD de Toccident ; voyons comment ils purent, dès ce même temps, lui inspirer des craintes.

GUAflTfiË IV.

EflToriM de la Raii»l«, dè« le »eixlèttie •léele^ pour M OUYrlr la BalUqae et le elMatin «le l*Kar«p€ pmr la Uionle.

L'Eorope ie tous eMé» femét ans Rqimi, m ttiiièiiM aifede.

Si les Ivans, ces glorieux destrocteora de la domi^

nation uiotiLîole, ces libérateurs de leur pays, ces énergiques restaurateurs de Tindépendance nationale, de Tunité politique et do pouvoir ceotral ; ai cea tzars, toujours à la recherche des Européens et actifs propagateurs de leur civilisation dans la Russie depuis que le croissant doioiinait dans Fanciennc Tzara grad ; enfin si ces princes» héritiers prétendus de rempire d*Orient et même de FOccident, attiraient naturellemenl sur eux les regards étonnés de l'Europe , ils lui inspiraient d'un autre côté presque de la irayeur» en s'avançant, le fer à la main, jusque sur ses frontières ou vers les mers qui lui étaient communes avec leur vaste État. La mine des Tarlares de Saraî, de Kazan, d*Astrakan. et enfin de Sibir en Sibérie, avait agrandi la Russie de tout le bassin du

us LIVIiE Sl-CO.M).

Volga; elle lui avait ouvert la mer Caspienne, et, du

côlé de TAsie supérieure, lui avait même fait dépasser ses limites naturelles, ks nionls Curais. La réunion des républiques indépendantes de Novogorod, de Pscoffetde KhlynoiT, et celle des principautés féodales de Riaizan et de Sévérie, avaient rendu la Russie plus compacte. Mais, du côté de VEurope, elle n'a Unit pas, après toutes ces diverses acquisitious, au delà du Dniéper; et même sur le cours du Dniéper, un peuple, rival des Moscovites et plus slave qu'eux, les Lithuaniens, lui avait enlevé Tanliquc résidence des premiers grands-ducs, Kieil, et, vers les sources de ce fleuve, Smolensk, qui n'était qu*à une trentaine de Ueues de Moscou. Ainsi, pas moyen de percer le centre de rKurope : le graiid (hichéde Lilhuanieleur en déiendait jusqu'à l'accès même, et cet obstacle devint bien plus fort, lorsqu'en 1501, Alexandre, grandduc de Lithuanie, succéda en Polo^nie à Jean-Albert JaglioUun, son ii ère, et réunit la Lithuanie à la Pologne. Dès lors c'est le royaume de Pologne, ainsi accru, qui fut cet obstacle aux progrès des Russes vers TEurope centrale. Sur la Baltique, même barrière. Les Ivans avaient repris Novo^'orod-hi ^ .raiidc, près du lac llmen, et Pscoff, près du lac Pcypus; mais ils n'allaient guère plus loin que ces deux villes. Là se trouvait un autre Etat slave, mais fondé au treizième siècle par des Allemands, l'Ordre Teutonicpie, qui, outre la Prusse, possédait la Livonie, la ^Gourlande, la Garéiie, Plngrie et TEsthonie, c'est-àdire tout le littoral russe de la Baltique, ainsi que le petit port de Narva, depuis si célèbre par une des

LA BUSS1£ £T LA MliA BALTIQUE. il9

plus grandes batailles qn'aient livrée les Russes dans rEslhonie. Il osl vrai que ce petit empire manquait un peu (l'unité. De la Courlande à la Néva dominait l'ordre des ebevaliere Porte-glaîTes ou de Livonie, qui avait des statuts particuliers quoique dépendant do l'Ordre Teutonique et recevant du grand-maltre de cet ordre un maître provincial pour les gouverner (1). De plus, les archevêques de Riga ne reconnaissaient pas de supériorité territoriale dans toute l'étendue de leur diocèse métropolitain. Ouoiqu il en soit, ils iormaient une barrière assez forte pour empêcher la Russie d'arriver jusqu'à la Baltique, et renfermer, Tencbalner bon gré malgré dans le territoire (lu grand-duché de Moscovie, sans avoir par cette mer aucun point de contact avec les Européens.

Ënfin, vers le sud, se trouvait la horde, non ex* terminée encore, des Tartares delà Crimée, qui défendaient aux Russes Tenlrée de la nier Noire. De quelque côté que la Russie se tournât, toutes les issues lui étaient donc fermées : véritable état d'em prisonnement dont elle ne pouvait pas ne pas chercher à sortir. C'est pour cela que par dessus la Lithuanîe et la Pologne, par dessus l'Ordre Teuton)({ue et celui des chevaliers Porte-glaives, elle tendait la main aux Européens de toute profession, de tout métier, de tout talent; c'est pour cela qu'Ivan 111 et, après lui, Ivan IV, essayèrent de percer du côté de la Livonie. L'acquisition de cette province et des pro*

(1) Heereo, p. Iâ9. Rocb, pér. vi, p. 392; 9r édiiioo de 1835, revue p3r Schœll.

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vînces adjacenles était (rautant plus a désirer, qu'elles étaient le grenier du oord, el qu'on peut dire que la prépondérance chez les Slaves et même chez les Scandinaves, était attachée à leur possession. Si Ton pense donc que la lUissie rompait en outre par là les ciiaines qui la liaient à l'extrémité du monde européen» sans communication directe et pour ainsi dire territoriale avec FEurope civilisée, quel immense avantage ne devait pas résullcr pour elle, dans le nord» de la conquête de ces belles provinces I

Tentativ» pour y péoétier pir la BalUqoê ta oonquénai U LiTooit.

Ivan 111 envahit le premier la Livonie» en 1502.

Mais les chevaliers Porte-glaives étaient commandés par un maître provincial doué des plus grands talents militaires et qui se nommait Walter de Plettenherg. Seul il eût pu tenir tète aux Russes, dont Tartillerie, malgré les efforts d'Âristoteli de Bologne, était récente, peu considérable encore et pas aussi perfectionnée que la sienne* 11 ajouta poiurtant à ses ressources personnelles celles d*un alUé voisin, d*Al^^xandre, grand-duc de Lithuanie, qui, Tannée même oîi commença la guerre, devint roi de Pologne. C'était donc s*allier avec la Pologne.

Motifs qu'avait la Pologno pour t^alller avec les chevalioni de Livenie,

Or, le nouveau roi de Pologne avait ses raisons,

Ik RUSSIE BT Lk MER BALTIQUE. 121

comme chef des Polonais, poar s*allier avec les chevaliers attaqués ainsi par les Russes.

i* Traité da Tbom, I4M.

En i&66t Casimir IV Jaghellon , après uae guerre de

treize ans contre l'Ordre Teutoniqiie, avait complètement vaincu, s*appuyant sur les Slaves du pays opprimés pair les chevaliers, le graDd-maitre Louis d*£rli* . chausen, et lui avait imposé la paix de Thom (1), dont Rodolphe, évèque de Lavante et légat du pape Paul II, avait été le iiiédialeiir. Par cette paix, l'Ordre Teutonique avait cédé à la Pologne la Prusse ocddentale, c*est-à-dhre la Pomérellie, y compris la ville de Dantzig; plus les districts de Culm etdcMichelau, la Warmie, Marienbourg et Elbing, renfermant en tout dix*hult commanderies. 11 ne conserva que la Prusse orientale, c'est-à-dire la Sambie, la Natangie et la Poméranic; encore fut-il obligé de déclarer qu'il tenait cette portion de la Prusse en fief du roi et de la république de Pologne. Par suite de cet article, chaque grand-maître devait, dans les six premiers mois après son élection, prêter hommagelige au roi de Pologne, et TOrdre devait lui fournir des troupes dans toutes ses guerres. A Tavenir, la moitié des chevaliers et des dignitaires devait être composée de Polonais. Enfin, si les chevaliers conservaient le droit d'élire leur grand-maitre, ils perdaient celui de le déposer. On en voit la raison, c^est qu*ils auraient pu en faire usage contre les

ii) Schœll, t. XXll, cil. \x, xLvr. p 50.

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Polonais qui allaient avoir plus de chances que les autres d'obtenir cette dignité. Pour tout dédomma-

gement, le grand-maître fut nommé sénateur et on lui assigna une [)lacc d lionneiir à la gauclie du roi. Ce traité de Thorn» eu i&G6, u avait pas atteint l*ordre de Livouie, qui, malgré sa dépendance politique vis-à-vis de l'Ordre Teutonique, avait une sorte de nalii)iialilé à part. Pour disposer les chevaliers de Livonie à se tourner vers la Pologne plutôt que vers rOrdre Teutonique, et montrer ausrî qu'on n'avait vaincu la Prusse teutonique que pour protéger ceux (|ui étaient unis à cet Ordre par des affinités quelconques, Alexandre, comme roi de Pologne, ne manquait donc pas de raisons pour s'allier avec les Porte-glaives de Livonie.

i" Pau de Moscou,

Comme grand-duc de Lithuanie, il eu avait aussi pour se déclarer contre la Russie. Il voulait revenir sur la paix de Moscou (1) , que après une guerre malheureuse, il avait été obligé de signer en 1404 avecle tzar Ivan 111. Parcelle paix humiliante et dc^sastreuse, plusieurs villes dont les Lithuaniens s^étaient emparés soit pendant la servitude des Russes sous les Mongols, soit à la faveur" du démembrement du grand-duclié de iMoscovie en principautés léodales ou eu républiques indépendantes, étaient rendues à la Russie : c'étaient Yiazma, Alexin, Tiechiloff, Roslawl, Yeneir, Mitislaw, Toroussa, Obolensk, Ko-

(1) Scfaœn, t. XXI, ch. XIX.

LA BVSSIB ET LA HEB BALTIQUE. iÛZ

selsk, Sereiisk, Novossily, Odsieff, Vorotyosk» Frcmysl, Breleff, Metscliero. Alexandre n^avait guère conservé que Kieff et Smolensk, qui commaiidaieiit

li^" tours (lu . O n'est pas tout : il savait que

déjà, en 1(i90, par sou ambassadeur Delator, Maximilien i*' d'Autriche, avant son avènement à Tempire, s'était allié avec Ivan III, et que ce traité d*al- Mance, proposé par le prince atiu ichien ei qui signala la première mtroductiou de la Russie dans la politique de l'Europe orientale, avait été ratifié à Nuremberg en iA91. Par ce traité^ Ivan III de^ vait souLcnîr Maximilien dans ses prétentions sur fa Hongrie^ et Cou sait que la Russie, jusqu'à nos jours^ n'a jamais oublié cet engagement d'Ivan III; de son côté Maximilien, qui n*aimait pas les Ja- L liellons (le Pologne et de Lillaïauie pas plus que ne les aimait la Russie, s'engageait à aider Ivan lil à reprendre Kieff sur les Lithuaniens. Rien ne déplaisait tant à Alexandre que cette alliance ; mais il y eu a\;iif une autre qui rincomuiodait encore davantage, c'était celle d ivan 111 avec Etienne I"le Grand, prince de Moldavie, dont la fille avait épousé un fils du tzar. La Russie, dès cette époque, tendait la main aux Moldaves, à ce (piOu appelle aujourd'hui les provinces danubiennes, contre TAutriche, du reste, aussi bien que contre la Turquie.

Go^m de Uronie aoQS Ivaa IIL

Voilà toutes les raisons qui déterminaient Alexandre

424 LiVBfi S£GOND.

à pi omettre au besoin son secours aux cbevaliers de Livooie. Comptant donc sur cet appui, Plettenberg réunit <iuatorze mille hommes de troupes, et, à Maholm, dans une première rencontre, il défit quatre mille Russes. A un second engagement il eut un succès plus éclatant encore et plus décisif : devant Plescoff, en 1502, avec on égal nombre de troupes^ il battit dix mille Moscovites. Aussitôt une trêve de six ans, qui fut ensuite renouvelée pour cinquante, obligea Ivan III à ajourner ses projets sur la Livonie. Ainsi les Russes, heureux du côté de TEurope centrale grâce à Faliiance autrichienne, au moyen de laquelle ils mettaient la Pologne entre deux feux, ne l étaient pas du côté de la Livonie qui savait se défendre elle-même avec succès.

Les RuMCs et les Polonais.

Sous Basile I V il ne fut pas question de la Livonie, que protégeait d^aiileurs la trêve de six et puis de cinquante ans; on s^occupa des Polonais, ou plutôt des Lithuaniens, qu*il s'agissait d'éloigner à tout prix de Moscou. Mais si Ton avait été heureux contre (a Litbuanie, alors qu'on n'avait eu affaire qu'à elle seule, pouvait-on espérer le même succès maintenant qu'elle était réunie à la Pologne, qui, depuis cette réunion et depuis l'acquisition de la Prusse occidentale, surpassait en superficie la i^'rance et T Espagne réunies (1), touchait à deux mers, la Baltique et ki

{f ) Scliœll, t. XXIIt liv. VI, ch. sur, p. 190,

LA fiUSSlK ET LA USA BALTIQUE. 120

mer Noire, et, grâce à la U aDsmission régulière de la couronne sous les Jaghellons, était tranquille, puissaote^ prépondérante dans le monde slave? On n'au- Fait pu Tespérer sans deux cireonstances favorables : la première, c'est que l'empereur Maximilien I" envoya son anihassadeurSchnitzenpamer à Moscou, non plus, cette fois, au siyet de la Hongrie, mais pour la Prusse polonaise, pour Dantzig, qui lui faisait envie ; ' et il promettait toujours de seconder les Russes pour reprendre IsLieif sur les Lithuaniens ou bien sur la Pologne; la seconde circonstance, c'est que, sous Slgismond P% frère et successeur d'Alexandre II, Michel Glinski, grand général ])o1onais, qui avait battu naguère les Tartares, bien qu'il fût Tartarc lui-même, perdit tout son crédit, fut en butte à hi jalousie des courtisans, se dégoûta de servhr la Pologne et passa au service des Uusses. Liasile IV pouvait donc entreprendre une guerre contre les Polonais divisés. Avec l'aide d'un tel transfuge, il s'empara de Smolensk, en 15ift, sur Slgismond I**, et cette conquête précieuse il raffermit en recherchant l'alliance de tous les États qui avaient peur ou étaient jaloux de la Pologne. En 1517, il conclut une alliance avec le roi de Danemarck, le fameux Christian II, s' engageant, de son côté, à le soutenir cou Li e. les Suédoispour le rétablissement del'Luion de Calmar. La même année, il forma une ligue contre la Pologne, avec Albert de Brandebourg, gi^and-mattre de rOrdre Teulonique, et qui, luthérien caché, aspirait à convertir en sa faveur la Prusse leulonicjue eu une principauté héréditaire, c'est-à-dire à la séciila-

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