‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 28 sur 73 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

riser et même à s'y reudre indépendant. Cela ne pouvait se faii'e sans l'agrément du roi de Pologne, suzerain de rOrdre depuis le traité de Thom; et c*est pour em|)orter ce couseiitcniciU .uiîanl que pour taire les affaires des Russes, «ju' Albert de Brandebourg s'entendit avec le tzar Basile lY, et qu'il lui promit même de marcher sur Gracovie. Albert de Brandebourg, en effet, ne voulant en aucune façon faire acte de vassalité envers la Pologne, lit la guerre à Sigisfflond i" et le tint occupé de 1519 à 1525, époque à laquelle il signa avec ce roi, le 8 avril, le traité de Cracovie (i).

Traité de GracoTto,

Albert de Brandebourg, ma1gi*é quelques succès,

dut y prendre rengagenieiu de prêter foi et hommage à la couronne de Pologne, obUgaUou léodaie doul il avait cherché à s'aifrancfair* £d retour, le roi Sigîsmond, qui était un frère de sa mère, lui accorda la Prusse tciiloiiiquc à titre de duché et de lief héréditaire et indivisible, tant pour lui et ses descendants ui&ies que pour ses. frères de la branche de Brandebourg en Franconie, et leurs héritiers féodaux. Seulement, au cas où la descendance mâle de ces princes viendrait à manquer, la Pru^, devenue ducale et n'étant plus teutonique, devait revenir à la Pologne comme fief masculin* L*Ordre Teutouique perdait

\i) HimU^ p. 390, l. I, sciic vi.

LA RDSSie ET L.% MER BALTIQUE. 427

ainsi la Prusse, après l'avoir possédée pendant près de trois siècles. Réduit alors à ses possessions en AU lemagne, îl établît son chef-lieu à Mergentheîm en Franconie, et y procéda à Télection d*iin liouveau g^rand-maitre, dans la personne de VValter Gronberg. Albert de Brandebourg 6t aussitôt profession publique de Intbéranfsme , épousa une princesse danoise, fille de i redéric I»»", successeur iulhérien de Christian II, et tout fut fini. Les Polonais n^étaient pas mécontents de ces arrangements : ils étaient tonjours suzerains de la Prusse, et ils avaient de moins sur les bras l'Ordre Teiilouûfiie. Ils ne savaient pas à quelle destinée était réservé le nouveau petit État, et quel mal il leur ferait un jour (1) !

VU

Guerre de Livonie auus ivan 1V«

('('S démêlés entre Ali)ei t de Brandebourg et la Pologne eurent pour la Livonie des conséquences qui firent que les Polonais, tout entiers tournés de ce coté, ne songèrent p:nère i\ la ville de Smolensk que les Russes voulaient ravoir.

Ën Livonie, cbez les cbevaliers. Porte-Glaives, se trouvait encore, en qualité de grand-maître, le vainqueur de i^lescoff, Waller de Plettenberg. En 1 525, le 15 janvier, par conséquent avant le traité de Cracovie, qui est du 8 avril, il avait été déclaré que les rapports entre les chevaliers de Livonie et FOrdre

(!) Uiit. dis Traites de jtau., de Schœll cl KocU, t. XIL

128 LIVBE &ECOND.

TeiUoiiiiiue resteraient les mêmes, c*est-à-dire qu'ils continueraient de regarder le grand-maltrc comme leur véritable cbef et de lui rendre hommage et obéissance, à la seule condition qu'ils auraient le droit d'élire un chef parmi eux (1). Les Porte-glaives visaient à l'iiidépeiidanee. Quelques mois après, ils furent satisfaits. Albert de Brandebourg ayant sécularisé la Prusse et embrassé le luthéranisme, tous les liens entre les 1 euioaiques et eux furent dès lors r^;ardés comme rompus, et personne, à ce qu'il parait, ne contesta la chose. Mais il ne s*en tinrent pas là; Fexemple d* Albert de Brandebourg était trop Lcutaut : profitant de 1 inlioduction du luthéranisme de la Prusse en Livonie, Plettenberg se lit reconnaître souverain de la Livonie et des États adjacents, malgré l'opposition des évéques qui étaient seigneurs dans leurs villes. Cela eut lieu l'année même 1525.

Toutefois l'ordre des Porte-glaives subsista encore, et, après Plettenberg , ils élirent grand-maitre (^2) , et non plus maître provincial, Gothard Kettler; mais, on le conçoit, il y eut à ce sujet des discussions, des troubles considérables qui attirèrent sur les allai res de la Livonie Tattention de la Pol<^ne. Qui sait si la Pologne ne parviendrait pas à placer aussi Tordre des Porte-glaives sous sa dépendance, à le scinder, à le démembrer, comme elle l'avait fait pour TOrdre Teutonique, et à mettre le pied dans la fertile Li-

(1) Koch, p. ass, t. L Voir tu88i l'ouvrage do comte de Bray sur la Livonie*

(f) Roch, 1. 1, 1». 391 Heeren, p. 189. Scliœll,t. XXIf, pages lOS, Ui.

LA RUSSIE ET LA UCB BàLTIQLE. 129

Tonie? G*e8t précisément ce qui arriva. Ivan IV,

successeur de Basile IV, désirait, comme ses prédécesseurs, s'ouvrir la Baltique par racquisitiou de la Livonie, et il se flattait que les troubles religieux de ce pays, comme aussi ceux de la Polc^ne, où le luthéranisme avait naturellement vite pénétré, lui permettraient d'accomplir ses desseins, et même, le père Possevin nous Ta dit, iui fraieraient le chemin vers la conquête de tout FOccident Dès l*année 455&, il fit donc une invasion en Livonie. Mais il n'avait p;is encore ses strélitz : il ne réussit point. Quand il les eut créés, en i5&ô, et qu'il les eut bien organisés, bien dressés, bien dlscIpUnés, en 1558, il fondit de nouveau avec celte infanterie immense et équipée a l'européenne, sur la Livonie, gagna la victoire d'Eimès et y lit ensuite une guerre d'extermination. Son invasion terrible détermina dans les Etats des Porte-glaives trois événements importants : 1° Walter de Plcttcnherg, à répoqueoii il rompit tout lien avec TOrdreTeutonique sécularisé, s'était étroitement uni avec Gharles- Quint, qui l'avait déclaré prince d*eropire, ayant voix et séance à la Diète. En conséquence, lorsqu'Ivan iV, en 1558, envahit la Livonie, Gothard Kettler, pour faire face à un ennemi ri redoutable, implora d'abord Tassislance du corps germanique, dont il était membre. Il n'en tira, nous dit Koch sans en donner la raison (i), que des promesses vagues; mais la raison est indiquée dans le passage que nous avons cité du P. Possevin : c'est que Ferdinand, alors

(iy Koch, 1. 1, p. 304-95.

LtVftB SECOND.

empereur d'Aiicmagiie, fidèle à la politique de ses prédécesseurs, eotretenait des liaisons avec Ivan IV, en vue de raffaiblisseineDt de la Pologne. Dans cette

si tua lion il s adressa, des l'an i5()0, à Sigismond- Auguste, roi des Polouais et successeur de Sigismond I, et il le fit de concert avec rarclievèque de Riga, le premier des prélats du pays (1).

Traité de Wiina, 1561.

Par le traité de WUjia, qu*il conclut en 1561

avec ce prince, la Livonie et ses dépendances furent cédées à la Pologne eu toute souveraineté, à deux conditions seulement : la première, que la religion luthérienne, dans laquelle les évéques eux-mêmes, par ambition et par cupidité, avaient fini par se jeter, y serait tolei ée ; la deuxième, que la Couriande et la Séniigalie rormeraient pour le grand-maître Gotbard Kettlerunducbé héréditaire, de màleen mâle, et tenu, comme la Prusse sécularisée, en fief de la république ' de Pologne. Comme Albert de Lii aiKk i>onrg, Gotliard Kettler, renonea a ses vœux de chevalier et épousa Anne, fille du duc de Mecklembourg-Schwérin.

Ainsi la Livonie devenait une province polonaise et le reste élait inféo<le a la Pologne jH>ur avoir à sa protection. Le traité de Vilna était le pendaut du traité de Thorn et du traité de Cracovie. Sous

(f) Schœil,p. 105, l. XXII.

LA HUSSIE tr LA MER BALTIQUE. iM

Viofluence de la Réforme , tous les ordres de chevalerie avaient disparu sur les cAtes de la Baldcfue : les

États de J>ivoiiie étaient disÏM-s, mais ils ('tairut sons la garantie de la Poiugue, et les conquérir devenait pour la Russie chose plus difficile.

^ Les deux autres événements, provoqués par Vin- \î(si()[i russe, no doonèrent pas plus de chances de succès a ivan iV. La noblesse d'Ëstbonie et la ville de Revel, pas assez bien défendues par Gothard Kettler, qui, au lieu de combattre, s*en allait traiter dans son iulérêt personnel avec la Pologne, se soumirent à Eric XIY, roi de Suéde, qui venait de succéder à son père Gustave Wasa. Il y eut un traité à cet égard, fflgné les & et 6 juin 1561, et Eric XIV envoya anssi- I6t dans l'Esthonie un général des plus distinj^nés, un ancieu 1 rançais languedocien. Ponce de la Gardie, qui en fit la conquête et même s*avattça dans ringrie et la Garélie quMl convoitait. Eric XIV prétendit aussi avoir été appelé par rarchcvèque de Riga, (luillaurae de Brandebourg, eu Livonie.

Ënfin« Jean de Munchansen, évéque d'GËsel on de Wteck, et de Gourlande ou de Pilten. dès Tannée lo.VJ, sachant bien que, déjà à cette époque, Gothard Kettler songeait à séculariser les Etats de Tordre desPorte^glaives, et d'ailleurs, ayant envie lui-même de se marier, vendit ses é véchés au roi nouveau de Danemarck, Frédéricll, ([ui se bâta de les confier à sou irere Maguus , afin de pouvoir rentrer en possession du Holstein qu'il lui coûtait de lui abandonner.

Voilà ce qu'amena Tlnvasion russe, jointe à Fambilion égoïste du dernier gran<l-D)aitre Gothard Ket-

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lier devenu luthérien. Qu'allait iaire leczar Ivan TV, ayaat à lutter et contre le Suédois Pouce de la Gardie, et contre le nouveau duc de Gourlande Gothard kelLlcr, cl contre le roi de l^ologiie Sigismond- Auguste, suzerain de (>otliard et possesseur de la Livonie? Il s'allia avec le Danemarck; il aM>uya Magnus, il le maria avec sa nièce, et il lui donna dos soldats pour lui lornier un royaume en Li vonie. En cliet, xMagnus s'établit en Livonie et y prit le litre de roi (1). Sigismond-Auguste, occupé dans ses Etats de la question protestante, ne fit rien contre lui. L*extinction des Jaghellons, à la mort de ce prince, en 1552, vint favoriser encore plus Ivan iV et son protégé. La couronne redevint tout à fait élective en Pologne ; chacun, an dehors et an dedans, put en vouloir et y prétendre. Ivan IV se mit sur les ranp;s pour Tobtenir. Mais les Polonais, en voyant la maison d'Autriche donner la main à la Rusne, par une politique analogue se tournèrent vers la France, ennemie de cette maison, tl i!s préférèrent à Ivau IV Henri d'Anjou, frère du roi de France Charles IX. Gela traîna jusqu'en 157â; mais à peine le nouveau roi était-il installé à Cracovie, que la mort de Charles IX, en 1574, lui flt précipitamment quitter le trône de Pologne, et il partît, laissant là les Polonais et leur royauté trop limitée. Tous ces embarras arrangèrent parfaitement les affaires d*Ivan IV en Livonie. Mais, après le départ ou plutôt la fuite d'Henn d'Anjou,

(1) Schttll, t. XXII; I. XXI, Ht. ti, ch. m, Riusie, «iFm 4f ' Ponee éê lo Gordfe, en lalin, par Claud. CErnhielin, p. ai à 153.

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