‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 31 sur 73 · LA BUSSIE ET LA MER BALTIQUE · texte numérisé non relu

LA BUSSIE ET LA MER BALTIQUE

Pologne, alors l'Etat prépoBdéraot daoB le nord, comme autrefois elle avait été sacrifiée au Dane*

marck; et qu'ainsi, avec Si^ismond 111, on s'exposait à perdre tous les fruits des glorieux et pénibles efforts du grand Gustave Wasa , tout ce qui avait coûté à leurs pères tant de sang et de travaux. Et ces appréhensions, que son adroite ambition avait su inspirer et cxi)l()iter, semblaient s'être justiiiécs, pnisqQe Sîgismond III, irrité de rélcction de Charles de Sndmnanie, avait non pas occupé rEstbonîe en son nom en attendant d'avoir tout le reste, mais réuni cette importante proviuce à son royaume de Pologne. La Pologne se portait pour héritière de Tordre des Porte-glaives de livonie, et Sigismond lU, plus Po* lonais que Suédois, soutenait ses prétentions. Ce fut là une nouvelle cause de guerre. Mais Charles de Sudennanie, que nous appellerons Charles IX, triompha de Sigismond et pour le trône de Suède et pour la

possession de FEsthonic, et, assez tranquille du côté de la Pologne, il se tourna contre la Russie pour tâcher de faûre changer la paix désavantageuse de Tensin ou de Narva. Une circonstance favorable à ses vues surgit alors en Russie et le dispensa de se donner beaucoup de peine pour les accomplir. La maison de Godounoff ayant ftni avec Borissowiii en 1605, les Rosses éKrenty wm sans de grandes difficultés, surtout (le la pai t des Romanow, un boyard nommé ChouskoL Celui-ci ne voulcint pas, aux difficultés in* térieures qil entravaient son gouvernement, joindre les embemt d'une guerre extérieure, cherchant même à se faire des amis au dehors, alla jusqu à de-

146 UVBE SKCONDu

mander à Clmrles IX son alliance, Charles IX ne refusa pas; maisse prévalant de la position embarrassée de ce tiar, élu el non héréditaire» il la lui vendit

Paix de Wibofg, eo iW9*

Par le traité de Wiborg, en 1609, Charles IX obtint non-soulcment que Chouskoï renonçât à la Livonie, fort enviée au.\ Polonais par les Suédois, mais encore qu*il cédâl à la Suède Kexholm et la Carélie, et qu*il donnât dessuhsides à cinq millesofdatsque commandait Jacques de la (jardie, fils du célèbre général de ce nom (1 ) . Ainsi la ï\ ussie, livrée, en Tabsencc d*une ttouTelle maison héréditaire, à toutes les Yarialions d^nne politique personnelle, égoïste et rare^ ment nationale, perdait, sans même y èlre contrainte par tes chances de la guerre, la plupart des avantages qu*elle avait conquis par la paix de Tensin. De toutes ses acquisitions il ne lui restait que Tlngrie.

Nonvdle snarcbie «n lliiHie.

Quelque mitsible que fût à ses intérêts cette expérience qu'elfe faisait depuis dix ans du pouvoir électif, la Russie, à la monde Chouskoï, eu 1610, nede-

(t) Geyer, HM, di SwMe» i toK la 4«, Hègne âe €karl0$ IS (PttNiA. MM.). Pqitendorf, iolrod , i. VI, p. iS5 k 901.

LA AUSSlfi ET LA Mfitt RALIIQUE. ih7

vint pas plus sage. Fomenté parliculièremenl par la Pologne, qui aurait voulu propager partout son régime électif et trop aristocratique^ Tesprit de lactioo remporta encore. Le part! de réligibilité, qu*oii pouvail appeler le ])ai U polonais, élut Lzar, non plus un Russe, niais un Polonais même, Wladislas, fils de SigismoDd m et roi de Pologne* La Russie s'ioféodait à la Pologne. Les Polonais venaient s^intrôniser à Moscou, occuper de nouveau Smolensk, siéger au Kremlin, susciter des disputes sanglantes par leur seule présence, et incendier, pour se défendre contre Tantipathîe des Russes, la capitale vénérée de la Moacovie. Pour i)liis de malheur, les Suédois, pendant ce temps, sous le commandement de Jacques de la Gardie, faisaient aux Russes, dans Tingrie, une guerre toujours marquée par des succès.

Av<neBiiiit 4et B«miow en i0l3t

Dans cette confusion extrême, quatre patriotes dont l'histoire a enregistré les noms à eolé de ceux qui, par d'énergiques et promptes mesures, ont sauvé leur pays ou de la ruine dans Tanarchie ou de Tanéantissement dans la conquête, se réunirent pour chasser les étrangers et élever au iroae grand-ducal, non pas, comme précédemment, quelqu'un qui ne représentât que lui-même et mourût tout entier, mais un homme qui représentât un principe, qui fût une dynastie. Ces (juatre grands citoyens, qu'on [)eut comparer aui seigneurs persans qui , dans ime circonstance

ihS LlV&E SECOND.

analogue, élircnt aulreiois Darius lils d'Hystaspe, furent (i) : l' Zacharie Lippenoff, négociant de Nijni- Novogorod et ancien soldat, 2*Tchérémétieff, S* le prince DimitriMichaïlowitz Pokharskoï, /r le prince Serge! Timofewitz Troubctskoï, lis assiégèrent ies Polonais dans le Kremlin, les forcèrent à capituler, et ensuite élirent, en Pabsence de Nikitiscb, son père, alors iiiéliopulilaiii de Rostoff, Michel Féodorowitz Romanow, qui en 1615 fut le fondateur de la grande maison des Romanow.

La Russie allait donc rentrer dans son état nor* mal. Mais après (luiiizc ans d'anarchie clic ne pouvait pas immédiatement retrouver une forte assiette. Il fallut du temps pour que le calme intérieur se nt sentir sur les événements du dehors. Aussi Jacques de la (iardic, même sous le règne plus Iranquille du nouveau tzar, ne cessa-l-il pas d'être heureux contre les Russes. 11 les défit à Brônitz , à Staraia-Russia, et un nouvel auxiliaire, le valeureux fils de Charles 1\, Gusiavo-A(l(>l|)he, roi de Suède depuis IGll, venant montrer en Russie ses précoces talents militaires, assiégea la grande ville de Pscoff. Les Suédois étaient maîtres de tonte Tlngrie, la seule province qui restât aux Russes, et de plusieurs villes faisant partie du grand-duché de Moscovie. Panni celles-ci se trouvait la ville même de Novogorod-la-Grande, qui en 1614, plutôt que de reconuailre pour tzar W ladislas, un Polonais, avait mieux aimé se donner ausL Suédois. Michel Romanow

(1) Lévcsquc, 1. 111, qui v a jusqu'à Tannce ICI 3, et Puilendorf, ÎDtrod., etc., t. VI, p. 230.

LA BDSSIB ET tA MER BALTIQUE, l^U

avait assezà faire pouraflcrnnrladynasfiiMlMfii il dt \ail être le Ibndatcur : il désirait doue la paix. Tour Tobteoir, il sollicita la médiatioo de deux puissances de l*occidenl« la Grande-Bretagne, alors gouvernée par Jacques I" Stuart, et les Scpt-Provinros-Unies, qui avaient pour stathouder Maurice d'Orauge ou dc^ Nassau. Ces deux États voulant rendre service à la Russie en vue du commerce de la mer Blanche où (iodounoir avait fondé Archaugel, envoyèrent à Guslavc-Adolpho, \)our le disposer à la paix, l'un, le chevalier Jean Meriek, Tautre» le Hollandais Jean Wolpert baron de Brederode.

YllL

Paii (le Stolbovft, en 1617, avec la Suède, ot pais de Viazma, en 1618,

avec la Pologne.

C'est grâce aux actives démarches de ces deux médiateurs que Gustave-Adolphe consentit à la paix« Elle fut signée à Stolbova, près du lac Ladoga, en 1617, et elle en porte le iioiu. 1" Les Suédois rendirent aux Russes leurs conquêtes sur le territoire du grandduché deMoscovie, c'est-à-dire Novogorod, Staraia*- Rttssa, Porkhoff, Ladoga et Gdoff; ^ le tzar Michel lioiiianow leur céda, en retour, toute rin^nie, c'est-à-dire lis villes de Ivangorod, lamliourg, Koporie et Notebourg» avec leurs dépendances; 3* il s*engagea à payer aux Suédois 30,000 roubles ; 4° il confirma la cession de Kexholm et de la Carélic, déjà Taite par le traité de Wibourg, en 1G09, aux mêmes Suédois.

150 LiVa£ SECOND.

L'année suivante, 1G18, le même tzar, toujours dans le but de s*occuper plus librement de ses afiaires intérieures et personiielleSt coDclut avec la Pologne la trêve de DiwUina, qui, en i68fU devint la paix de Viazma. Par cette paix, les Russes cédaient aux Polonais Smolcnsk, déjà occupé par la Pologne pendant que sous Wladislas elle régnait à Moscou même, et, de plus, Tcbemigoff, Norogorod, Severskol et leurs dépendances, eu un mot, toute la Sévérie (1).

Ainn tout était, pour les Russes, à recommencer. Du côté de la Baltique, du côté du Niémen on de la

Lilluianic, les mêmes barrières s'étaient relevées. La Pologne vers le sud, la Suède vers le nord, les défendaient ; la Poli^ne, Ëtat vieilli de bonne heure par les dissensions civiles qui sont les maladies intérieures du corps social et T usent vite, maïs encore puissante dans sa décadence; la Suède, au contraire, État jeune encore, fierdes'apparteuir à lui-même et brûlant du désir de compta pour quelque chose dans le monde européen : mais ces deux États étaient rivaux pour les possessions de la Baltique, et Fou \()yait bien que la Suède aspirait à dominer non-seulement dans le nord Scandinave aux dépens des Danois, ses anciens maîtres, mais encore dans le monde slave à la place de la Pologne détrouée. Les liomanow, tout occupés de s'aflermir et de relever le pouvoir, contempleront quelque temps ces divisions, en attendant

(I) Sehœll, t. XXII, cb. xiit. LëTesfiue, t« IV. Domont, Con» dtplom., I. VI.

Page 1