L EMPIRE DU NORD PAR LA SUÈD
OHAf ITB8 PRBHIBB.
9OTUP ilitJtg wi MuplM €u MmHU
Craadi dOMCins de la Su6dc, dans !n nord et au centre de i'fioiOpttiflO s'appuyant sur i'oppoaitlon religieoae.
Après la conquête de TEsthonie, de l'Ingrie et de la Carélie, qui s* ajoutaient à la Finlande, la âuède enfennait déjà dans ses possessions pr&qae toute la Baltique supérieure. En acquérir toutes les côtes et y doDiiner souveraiiieincnt, élever par la conquête, et non, comme le Danemarck, par une Iragile union fédérative, un vaste empire du Nord, influant et même prédominant sur le reste de T Europe ; donner pour bnso ù cet empire, non rhomogénéité des peuples, ce qui n'était pas possible, mais une même foi lutliérienne, une religion jeune, ardente^ à son âge fana-
15A LlVa£ TEOISIÈMË.
tique, irritée par la persécution, animée pour laTen-
geance, ayant besoin d'un brus fort pour se défendre, pour vaincre, pour écraser soii ennemie, tels furent les grands desseins de la Suède après la paix si avantageuse de Stolbova, tel èet le but que, par la politique et par les armes, ses rois invariablement cherchèrent à atteindre ; c'est par là enfin que les Suédois voulaient rétablir dans le monde la terrible réputation et Tantique puissance des Goths dont ils descendaient. Ceux-ci autrefois s'étaient appuyés, dans Tun et l'autre empire romain, sur l'arianisme, qu'ils avaiev^ emtoMsé el qui partout leur tendait les mains ; Hhnty ûb éenriènt s^afpuyef aassl sur Topposilion religieuse, sur le luthéranisme, sur la réforme en général, jouer pour elle et à leur profit, ici le rôle de défenseurs, là celui de libérateurs, et, par les mêmes moyens, se frayer la route à une même domination. Au moment où des troubles reh'gicux déctiiraient les Étals qui composaient la monarchie républicaine de Pologne, au moment où la guerre de Trente-Ans Allait èmbmser TAliemagne et presque toute rËufope, TAngTeteite sous les Stnarts abandonnait, bien malgré elle, un rôle auquel Élisabelh avait attaché la force, la grandeur, la prépondérance l)olitiqùe de sOn pays, le rôle de cbef et de soutien du inonde protestant; les Suédois devaient 8*emparer de cette place laissée vacanle, en recueillir tous les bénéfices, la remplir d'autant mieux et se faire accepter d*antant plus facilement, qu'ils étaient pli» Yoisins du théâtre de la lutte, et que déjà en Esthonie, en Ingric, en Carélie, les réformés avaient éprouvé ce
L'£MP1KE DL' .NUUU PAU LA Sti iiii. ijj
qne pouvait leur proteclioo. Cette maisoD d* Autrichet d'afflenrs» k cokHne da eathoUcisme allemand, les
États catholiques eux-mêmes, dans un inténM d'équilibre européeD, lui jetaient tous la pierre. La Saède, par cooséqiieot, espérait ne rencoDtrer d'auciuae part de grands obatacles à ses desseins. En fkU
Tant les aiTaiits du pretcstmtismc et les siennes propres» ne semblerait-elie pas travailler aux affaires mêmes de l'Europe?
Les deni rofo dont les paroles et les actes prouvent le plus l' existence réelle de ces projets et qui en poursuivirent le plus activement la pleine exécution» Gustavo-Adolplie et CbarlesX Gustave, élargirent même Tboriion de leurs ambitieuses espérances. Quand le premier, Gustave- Adolphe, intervint, eu IGâO, avec une excellente inianterie et huit escadrons de Gotbs commandés par Éric Soop (1), dans la guerre de Trente-Ans, « il voulait, nous dit « rhistorien Geycr (2) , fonder une grande monar- « chie dont ies points d'appui eussent été, enAUemaf gne, le jeune électeur de Brandebourg Frédéric- «Guillaume et Bernard de Sexe-*Weymar. Le « premier devait épouser sa fdle, la fameuse Chris- * tiuc de Suède, le second sa nièce. Elever un cmt pire prufêêtant^ absolument comme l'ont essayé les i descendants ambitieux de ce même Frédéric-Guil- € laume, Thumble protégé du héros suédois, n'était « pas étranger à ses vues. Il entretenait des rela-
(n Pnfli'îidot n, inirod, à l Ilisl. <jvn. et polit, de l Univ.^ cli. X, de la Suéde, p. 90, \n-l2, it ad. franç.
(2] Gcycr, HisL de Suéde, ch. xtii, p. 369
150 Ll VKE Tito 1 Si L M b.
c lions activesavecRagotski, prince de Transylvanie, 4 avec les Tartares de la Grimée, avec la Russie
■ même, poui (léliuiic la iiioiiarchie antricliicnnc « et avec elle l'empire catholique dont la ruine det vait consolider eeiui qu*U rêvaiL » Il parait qae la Pologne en devait faire partie. « Là, c*est encore « Geyer qui pai le, il avait accepté d'être proclamé roi i par les réformés. » De plus, dans le même chapitre, il est dit que le sénat suédois s'attendait chaque jour à recevoir la nouvelle que Gustave-Adolphe avait été élu empereur par les JUemamis protestants. Et cette croisade intéressée en faveur de la réforme en danger, ne limitait pas les desseins ni les désirs de ce jeune conquérant, qui ne pensait pas mourir à râge d'Alexandre sans avoir encore fourni une aussi vaste carrière.
Le patriarche de Gonstantinople Cyrille, d'une main afikiblie par l'âge et tremblante, nutfm senili et tremulâ, écrivait è Oxenstîcm, chanci Ii( r de Gustave-Adolphe : ^ Venez, hâtez-vous de nous se- « courir; venec délivrer les chrétiens grecs de la € domination du Croissant (1) . • C'est pour cela que le même historien suédois dit éloquemraent, que « le Grec lui-même, gémissant sous le despotisme • musulman, que le chrétien priant et pleurant sur « le saint sépulcre, pensant l'un à sa liberté, l'autre « à la délivrance de la Terre-Sainte, plaçaient en lui 4 leurs espérances et leurs vœux. (2) » Déjù, du
(1) Cr*Uection de .\ordin.
(2} Mémo chapitre, p. 360.
l'cupibe ou robd par la sdèdb. 157
reste, Richelieu, au iuuk> de uiarslOSO, par le diplomate français le baron de Ctiamacé^ avait parlé à Gustave-Adolphe de Tempire d*OrîeDt, en lui promettant, à cet ciïot, Tappui do la France, et, par ce nouvel appài olTertàsou ambilioin avait espéré TeD-traîner plus promptement en Allemagne. < Gustave-
• Adolphe^ avait dit l*adroit négodateor, était attent (lu (Il Alloniagnc comme un Messie; le j)cuple t douuerail son cœur poui' nourrir ses soldats; tous
• les avantages et la gloire de la guerre devaient lui « rester. Le roi de France ne voulait que voir son
• ami admire de l'Europe et du monde entier, et Tai- « der à devenir empereur d Orient^ si tel était le but « de son ambition. » £t cette citation est confirmée par les paroles mêmes de Richelieu^ qui dit dans ses Mémoires, « que si Gustave-Adolphe voiil ait penser à â Tempire d'Orient, cela ne lui serait pas diliiciie, « ayant, avec sa vertu et sa réputation, un tel ami < que le roi de France. » Voilà tout ce que paraissait avoir dans la pensée l'Alex andrc du nord (juand il partait pour TAllemagne, se liant à Dieu, disait-il dans sa devise, et à son épée victorieuse, cum Deo et mîricibm armis (i).
Contint de Guttav<>'Ado1p1ie bot la oôt9 niMe do U Dilllqne.
Avant son invasion en Allemagne, i! avait étendu la base de cet empire du Nord sur la côte slave de la
Baltique. Dès Tannée 1C20, pendant que la période
{fi (fCycr, nicuic cliapilrc, l. XVII, p. 335.
LlVftE TBOISIÈMB.
palatine de la (guerre de Trente-Ans rotoiiait clie^ eu& les empereurs autricliiens et les empêchait de mettre obstade à ses entreprises, il avait porté la guerre en Livonie; et comme Si^^isinond lïl, roi de Polo^jne. était mal secondé par une bonne partie de la nation gagnée à la Réforme, il avait conquis non-seulement cette province, mais encore presque toute la Prusse polonaise, la Prusse de Dantzi^, et la trêve d Alimark, conclue avec la Pologne, grâce à k médiation de Rictaelieu, en 1629, Tavait laissé pour sk ans délenleiir des toriloires qu'il avait conquis.
Gusitave-Âdolphc en Allemagne.
En Allemagne, sa trop courte vie ne lui permit pas d'accomplir les desseins dont ses grandes victoires de Leipsig et de Lutsen semblatent assurer le succès; mais les généraux qui s étaient tormés à son école, son plan de campagne contre la maison d'Autriche, qu'il leur léguait, et enfin la nouvelle stratégie qu*il avait créée, tout cela était fait pour mener son œuvre à bonne fln. Une guerre qu'il avait prévue avec le Danemarrk, à qui des craintes jalouses et les instigations de l'Autriche devaient Uit ou tard, en effet, faire prendre les armes contre la Suède, vint un ins* tant, à la yéviié, de 1643 à 1645, distraire les Suédois des alTaires d'Allemagne. Mais, outre que, en Allemagne, les Français, leurs alliés, tenaient les impériaux en échec, cette guerre ne fit qu*avancer la
l'EMPIBE du IfOKD PAB LA SUÉDE. fh9
formatiou de cet empire du Nord qu avait rêvé Uu&tave-àdolpbe.
Le Danemarck sous Ghristiaii IV, en i6S5, avait devancé les Su( <I()is en Allemagne. Mais n'étant pas de lorce à lutter contre Tiily, contre Waidstein, GMsiiBn lY éiait rentré dans ses Étals^ fort beufmtt &tn mierrer, par 1» pQl% de Lubeck, 1639^ rentière possession, iuoyiununt sa renonciation à toute intervention ultérieure dans les affaires actuelle» de k GenamiÊeé Le Danemarck était épuisé; et puis, le tyrannie eomnereiale qu^il exerçait dans le Snnd, lui attirait beaucoup d'ennemis, en sorte qu'on ne devait pas manquer d'alliés pour soutenir l'attaque cobM cet État et concourir à ses défaites. Tontefins, une flotte boUandaise de quanuite-bnlt vaisseaux, qui s'était portée dans le Sund, ne voulait ni donner ni se déclarer, et il fallut que le diplomate suédois Louis de Geeri avec sa proaiptitude et sa présence d^esprit ordinaires» s*en allât en Hollande emprunter trente vaisseaux à des particuliers ; encore, ajoute Poffendorify de qui nous tirons ce détail (1), ne pureDt4ls (aire grand'cbose* C'est Tortenson qui» en occupant à main armée le Holstein, le Juthknd, la Scanie, en menaçant le DaiicmaK k d'une ruine complète, emporta une paix avantageuse, la paix^ de Bromsebro, qui couronna dignement cet épisode de la période suédoise de la guerre de Trente-Ans.
(1) Puffendorff, ItUrod. à VBii%, um'tf., t. Y« ch. s, $77.
IGO
UVB£ TBOISIÊME.
Paix de Bromsebro, en 1049.
Conclu SOUS la médiation de la France, que représentait Gaspard €k>ignet de la TliuiUerie, et signé par le comte Gorfitz Ulefëld, grand-ehaneelier du Danemarck, et par Axel Oxenstîern, grand-chancelier de buède, ce traité portait que le Danemarck, eu compensation de tout ce <iue restituait la Suède dans les pays occupés par ses troupes, céderait aux Suédois la province de Jempland ou Jemptie, de Herîedai ou Heriedalie^ qui est située en deçà des mou* tagnes, du côté de la Suède ; qu'il céderait de même rtle de Gothland, avec la ville de Wisby et les petites lies qui en dépendaient, l'île d'Œsel avec la ville d'Arnsbourg et ses dépendances (i). Ainsi la Suède se délivrait peu à peu de la présence des Danois sur le continent suédois, et, par Tacquisitiott d'CBsd, elle allait posséder un poste avancé, parfaitement situé pour défendre ses possessions de 1 autre coté de la Baltique. Mais outre ces agrandissements ter* ritoriaux, eUe obtenait des avantages commerciaux de la plus grande importance. Les rois de Suède, les sujets et les habitants du royaume de Suède, du grand-duché de Finlande, de Tlugrie, de Tiiisliioûic et de la livonie, étaient déclarés, poiur leurs vais-
(1) Schali, i. XXXIU, p. 95 à iOO, el Léonard. Traités de paix, I. IV ; DumoDl, 1. VI.
L'tMililfc DU .NuaU PAR LA SIÊDE. JOl
seaux de gaerre ou leurs yalsseaux marchands, et pour tout ce qu'ils transportaient, exempts de tous droits aux douaiics d'Elsenour sur le Sund et à celles de Nyborg sur le détroil du Beiu Que les Suédois fussent seuls et sur leurs propres vaisseaux, ou qu*ils fussent mêlés avec des étrangers et sur d^autres vaisseaux qtie les leurs, il leur sullirait de présenter aux diverses douanes un certlûcat de uatiooalité, pour qu'ils jouissent de Timmunité, Si des vaisseaux sué* dois étaient chargés uniquement pour le compte des étrangers, les marchandises devaient payer les droits; mais les vaisseaux, les patrons et les Suédois devaient passer sans rien payer. Pour les droits de douane perçus par le gouvernement danois à Gluckstadt, les sujets et habitants de Suède, de Finlande, d'Ingrie, d'Fsthonie et de Livonie, faisant conifiieiTO sur 1 Elbe, en étaient aussi déclarés exempts. Euliu le Danemarck renonçait au péage de Tlle de RUgen, située en Poméranie, à Fembouchure de la Peene, et il pioiiK'llait de ne plus en faire usa2;e à l'avi nir.
iilst-ce là tout? à titre d hypotiicque et de gage pour les franchises et les iii)ertés accordées à la navigation des Suédois, toute la province de Halland, avec ses places, ses forts et ses annexes et dépendances, était remise par le Danemarck au gouvernement suédois, à Christine, fille de Gustave-Adolphe, et cela pour Tespace de trente ans, à Texpiration descpiels celle pro\incc devait resler comme gage à la Suède ou être remplacée par un équivalent dont la Suède pût s^accommodcr, c*estF-à-dire que le Danemarck faisait encore le sacrifice de cette province
162 UVAJE TROISIÈME.
et qu'il ne liû resbiît plus, sur le oontioent ^dois, que la province de Scanie»
Deux jours après, la Suède et les États-généraux ou la Hoîlamlc < oiiclurcnt, pour le maintien de la paix de Bronisebro,le traité de garantie de Soderaekra* Tout cela était Tœuvre de Yw des premiers diplomates de son siècle, Axel Oxenstiem. Aussi la reine Christine, pleine de reconnaissance pour ce vieil ami de son père qui prot^eait de sa haute expérience les débuts de sou rigue, Féleva-t-elle à la dîgnité.de comte «t lui domia une terve coQsidénible à JaquaUe ce titre fut perpétuelleipent attaché.
Traité de WcatpiMlie. Avantages ttSn$ «ux-Suédolii, IHS.
La guerre du Dancmarck ne servit doue» couune nous TavoDS dit, qu*à accélérer raccomplissement des desseins des Suédois. . Le traité de -Westphaiie, .dA
aux efforts combinés et aux succès respectifs de la Suède et de la France, vint encore Tavaucer d'un pas de ptais. Jusqu^alors la domination de la Suède sur la Baltique était concentrée vers les goI(es de Finlande et de Bothnie ; elle allait descendre vers la côte germanique de cette mer, d'oii.elle pourrait serrer de plus près les Danois et ébranler plu^ (açilement leur aupire. Une satisfaction d*amonr-prq>ce s'ajoutait anx joies de ce considérable agrandissement : leDianemarck n avait pu figurer dans cegrand traité. A cause de la dernière guerre, la Suède n'en avait
L^Ë^PiAK OU MOAD FAft LA SUÈDE.
pas voulu pour médiateur. (Ju'obtcnait la Suéde? L'empereur et Tempirc lui cédaieal 1* la Poméranie antérieure avec TUede RUgen; 2Ma |MirUe de la Poméranie postérieure comprenant les villes de Stettin, Garz, Damm, Golnau et Tile de Wollin, jusqu'à rOder ; 3' les emboucluires do TOder, de la Pècre et de la Wine ; &* Wisniar avec les bailliages de Poel, de Neukloster et de Wilshausen ; 5* Tarcbevéché de Brème et Péyèché de Yerden, que le Danemarck avait de loul temps i)rigués h tîtro de biens sécularisés et dp duchés. Tout cela était cédé aux Suédois comme fiels de l!empire et donnant droit de séance et de vote dans les diètes de la Germanie (1).
Le DanemaK k sentit vile le danger qui résultait pour lui de ces nouvelles acquisitions. 11 ne pouvait se disslmnl^ qœ Fempire de la Baltique allait loi échapper pour passer anx Suédois ses anciens sujets; aussi fit-il aussitôt des avances aux Sept-Provinces- Uûies pour les attacher à ses intérêts. En 1650, par l-intermédiaire de Tliabile diplomate Ulefeld, dont nous avons déjà parlé, Frédéric III, qui avait suc* cédé à Christian lY quelques jours avant la signa<ture du traité de \\ eslphalie. conclut avec les Étatsgénéraux une alliance défensive; et, pour intéresser les négociants d'Amsterdam au maintien de- ce traité, il accorda anx Provinces-Unies rezemption des droits du Sund, moyennant 200,000 écus payés immé-
(1) (îever. ch. xti, p. 420. Eyriès (Danemarck, Univ. piU&r.) Règne de ChnsHan IV. Scbœl!., I. XXXIÎÎ, p. 111, et Kœb. TabU dis RévoL, i. Il, p?r. Tir ; I^uffcmlorf, i. V, ch. x.
16& LIVRE TROISIÊttB*
dialeiiK nt rt une n fi ibulum amuu lh» t\o 150,000.
UolJaiide lui aiusi détachée de la 6uède, pour laquelle elle avait paru peocbcr de préférence jusqu'alors. Mais la France resta fidèle aux Suédois, et le clicvalior deTerlon fut envoyé parM.i/;ii in auprès de Charles \ Ciustave, en faveur duquel Chrisiine, par légèreté de caractère autant que par désir de changer de religion, abdiqua en 165&.
Noumux progrès de la Suède loittle règne brillant de Charles X Gustave.
Tels étaient, à Tavéncment de Charles X Gustave, les progrès de la Suède vers la réalisation du vaste empire qu'elle ambitionnait; tels étaient aussi les
changements d'alliances que ces mômes progrès avaient occasiotiués. Si la i raiico, qui voulait euq)écher la maison d'Autriche de se relever de sa chute, était disposée à maintenir à la Suède une puissance considérable, si elle lui demandait le secours de sou bras ()our tenir la tôtecourhi i» aux descendants vaincus de liodoiphe de Habsbourg, il n'en était pas de même des États du nord. Chez eux, la Suède rompait réquilibre, comme la l^rance, sous Louis XIY après Mazarin, il llail le rompre dans ri",in'ope occideuiale. Voilà pourquoi la Hollande, parmi les anciens alliés de la Suède, avait été la première à passer dans un camp opposé. Cet exemple, d'autres lilats, après les Hollandais, devaient le suivre sous Cliarles X Gustave. Ce prince, en effet, aspirait à la
L'£MPia£ DU NOHD PAR LA SUâOB* 165
gloire de Gustave-Adolphe, dont il avait la [lardiesse, le coup d*œil, les talents. Sous prétexte que Jean-Casimir, fils et successeur de SigismoBd 111, roi de Pologne, refusait de le reconnaître roi légitime de Suède, il envahit aussitôt la Pologne. A peine a-t-11 paru, que Varsovie, 1655, tombe en son pouvoir; Jean-Casimir fuit eo Silésie, Dantzig est assiégé, la Gourlande est conquise et le duc Jacques fett prisonnier. Frédéric-Guillaume, l'ancien protégé de Gustave-Adolphe, plus connu sous le nom de ^randélecteur, craint pour Téquilibrc du nord, ou plutôt pour la Prusse ducale, dont sa branche a hérité, peut-être pour son Brandebourg, et 11 s^allie avec la Hollande contre la Suède, comme l'a fait naguère le Danemarck. Charles X Gustave l'attaque immédiatement chez lui. L'électeur eifrayé veut traiter; le roi lui fait répondre qu^il ne traitera qu*à Kœnigsberg. En effet, le 17 janvier 1656, par le traité de Kœnigsberg, Fî cdt ric-Guillaunie consentait à tenir la Prusse ducale en ûef de la Suède (i).
Mais les Polonais s'insurgent sans cesse : leur chef, le brave GEamecki, est battu deux fois, la première à Colombo, la deuxième à Varsovie, après uu combat de trois jours, et, pour surcroît de malheur, ils voient le perfide électeur de Brandebourg, duc héréditaire de Prusse^ 8*entendre par le traité de Marienbourg, 15 juin 1656 (2), avec Chaiics-Gustave [xnw le partage de la Pologne, et se faire donner, par un morcellement anticipé, le duché de Posen, que la Prusse, de nos jours, a fini par acquérir. Heureusement Tempe-
(i) Scbœll, U XXXIU, p. m,-^ (2) Ibid, p. 167.
itjô LITRE TROISIÈUE.
reur Léopold P', la Hollande, le roi de Danemarck
irédéric 111 et los Uusses d'Alexis Roinanow s'arment contre le roi de Suède, sacnfiaul à l'intérêt de Téquilibre du nord leur antipathie contre la Pologne; et» de plus, Pirédéric-Guillacme, profitant de cette immense levée de boucliers, oblige Charles X Gustave, son nouveau suzerain, à le rrlovcr de ses serments de vassalité par le traité de Ubau, 20 novembre de la même année 1556 (1), et, bientôt après» se tourne avssi contre lui.
Clinrles X Gustave ncaniuoiii^ ne s oiTraio pas trop. Il épargne ce iâcbe et versatile grand-électcur qu'il méprise, et par une marche rapide et inattendue qui rappelle celles de Gustave-Âdolplie, pendant qu*on le croit se dirigeant sur Dantzig qu'est venu secourir irrédéric 111, il est déjà en Danemarck. Là, deuiL hommes importants passés de son côté, doivent le seconder, c'est d'abord le comte de Holsteln- Goltorp, sou beau-père, qui aspire a posséder tout le duché de Holstein ; c'est ensuite le grand-chancelier de Danemarck, le comte Ulefeld, qui, pour se venger d*ime disgrâce qu'il regarde comme injuste, lui a ofTert ses services. Il attaque le Danemarck par terre, tandis que son amiral, Wrangel, Tattaque par mer, et il espère avoir tout fini avant que les Provinces-Unies, qui sont l'État qu'il redoute le plus à cause de sa marine, aient pu secourir leur allié réduit aux aliois. Déjà, à travers le Holstein, il est arrivé jusqu'au Jutblanil; déjà son amiral, par un des
(t) RchfPlI, t. XXX m, p. 16t.
L*EMPIAB OU irOBO PAR LA SUÈDE.
plus beaux faits d'armes de la marine suédoise» a pris Frédéricia» à rentrée du Petit-Beit, malgré les mille Danois de la garnison; déjà Frédéric HT, proinplomont de retour de Dantzij:, a concentré ses forces dans Fionie et dans Scéland ; mais déjà ces deox bouleyards de la monarchie danoise sont attaqués, car les deux Belts, malgré la rapidité du courant, sont par exli aoïdinaîre entièrement glac(^s. et ringénieur DaUjerg déclare qu une armée de treule mille bommes, avec canons, armes et bagages, peut les traTcrser sans danger. Aussitôt Charles X Gustave, mal^^ré l'avis contraire deWrangel etd*Ulefeld, a ordonné le passage à ses troupes, et le passage du Petit-Belt s*est heureusement effectué, et Odeosée, avec soixante canons, a été prise, et Nyborg a subi le même sort ; puis, après le passage, plus long et plus dangereux, du Grand-Belt, les Suédois, enivrés, enflammés par le succès de toutes leurs hardiesses, ont foulé la terre de Sééland, emporté Wordingborg le iâ février 1658, et campé enfin devant Copenhague!
€ Ah ! s'écrie le jeune ficros, si j'obtiens celte belle « liancée qui mérite bien le sacrifice d'une danse « sanglante, je recevrai en dot la-Norwège et le Da- «nerôarck, c'est-à-dire la couronne du Nord! Je « raserai Copenhague, disait-il au chevalier de Ter- « Ion, qui était toujours auprès de sa personne et qui « a consigné tous les détails de cette brillante cam- « pagne dans ses intéressants Hémoires (i ) , et je n'y
(I) Mémint â» éhevalier i$ Terion, imbastadenr en Suéde, iSSê à IMl.
168 LITBE TAOISIÊUF.
« laisserai qu'un tort pour protéger le port et la Qotte.
• EoBuile je traosporterai les privilèges de cette t ville à Malmo oo à Landscrona en Scaoie, et je < ferai ma résidence dans celte province, qui devien- « dra le centre de F État Je me rendrai, après cette i conquête, maître absolu de la Baltique, et j*aurai « pour cela ime flotte de cent vaisseaux de guerre, « quatre-vingt mille hommes de pied et quarante « mille de cavalerie. La coïKiuéte de la Nor^'ège et « de ses dépendances sera la suite et la conséquence t de celle du Danemarck. Je lèverai des troupes t dans chacun de ces royaumes, et je les réglerai à fia manière des Suédois. » — Puis i! lui anivnii quelquefois, dit toujours le c1h\ aller de Terlou, d'ajouter : « Gelte conquête une fois achevée, tous « les princes et tous les États me laisseront tran- « quille, lis ne songeront guère à donner du secours « au roi de Dauemarck pour le rétablir, tous occu- « pés qu'ils seront, à Tenvi les uns des autres, de « traiter avec moi et à mon grand profit pour le ré- « lablisscment de leur commerce. Ces traités feront u plus que m'assurer de gros bénéfices : par eux et « par les alliances que je ferai, j'unirai et j'affermis « rai si bien cette conquête à la Suède, qa*eUe se « fera craindre alors de tous ses voisins et même des
• princes les plus éloignés. Enfin, disait-il encore et « souvent, maître du nord, je veux aller en Italie « avec une puissante année de terre et de mer,
• comme un second Âlaric, pour remettre enqore «une fois la ville de Rome sous le pouvoir des « Goihsl » liit ces espérances exorbitantes, que Ton
L KMPIEE DU ffOBO PAft LA SUÈDE* 169
preudrail pour uue amhitioa de jeuae homme, si elles ne se basaient sur des succès obtenus et sur d'incontestables talents, se seraient peot-ètre léali-
sées; car les ])anois étaient encore senls pour lai tenir téte, et Copenhague, mai iortiiiée d'ailleurs, offrant peu d^enteote entre la noblesse et les bomv geois, n^avait pas plos de devi mille hommes de troupes exercées pour la défendre. Mais il ne fallait pai> s'arrêter eu bon chemin, surtout quand F Angleterre et la UoUande venaient, le Si mai i059, de former, en vue du nord, le premier concert de La Haye; il ne fallait pas non plus accepter d'accommodement avant d'avoir pris la ville; il laliail eiiliii se délier d Llefeld, que Ton soupçonna plus tard d'avoir favorisé les Dands (i). Ce ministre, en effet, après avoir exigé des plénipotentiaires envoyés à Charles-Gusiave. des conditions intolérables, se relâcha sur les deux points les plus déplaisants pour les Danois, la cession de doue de leurs meilleurs vaisseaux de guerre et Thiterdiction de rentrée du Snnd a toute lloLle élranfrère, ce que ne pou vidt souffrir le Hollandais Yan Beuningen, et il persuada au roi de Suède d'accoter le traité de Roskhild, 9 mars 1658, moyennant l'abandon de la Scanie et d'autres provinces. Ce traité fut fondu deux ans plus tard dans le traité déinitif de Copenhague.
Trois jours après, invité à une entrevue avec Frédéric III et sa femme, l'adroite et gracieuse reine
(I) Scbœll, i. XXXIil, p. 206.
LITBB TROISIÈME.
Sophie-Amélie, au château de Frédéricsborg (i), Charles X Gustave s'aperçut bien, par tout ce qu'il
vit ou entendit, qu'il s'était trompé, qu'il avait eu grand tort de ne pas mieux profiter de sa victoire, de se borner à quelques nouveaux démembrements de la monarchie danoise sur le continent suédois, de se contenter, en un mot, d'un demi-succès. Après un voyage en Scanie, dans la province iioii\< lleuieiit acquise, voyage qui était encore du temps perdu. Char* les X Gustave, pour quelques démêlés au sujet d'un établissement suédois dans la Guinée, revint bien prendre le commandement des troupes encore cauipées dans Sééland et attaquer de nouveau Copenhague ; mais il avait manqué l'occasion. La ville se défendit, la reine elle-même paya de sa personne et se trouva au feu ; et, pour surcroît de mallieur, les quarante vaisseaux de Wrangel ne purent, malgré une action des plus vives près de Cronoborg, empêcher trente-cinq vaisseaux hoUandais, commandés par ramiral Opdam, de passer le Sund et de pénétrer dans Copeubague que les Suédois dès lors ne purent prendre. La monarchie danmse, l'équilibre du nord, étaient sauvés. D'un autre c6té, dans le JutUand, les Impériaux, les Polonais, les Brandebourgeois, venaient à la liàle prendre à dos les Suédois. Un corps de troupes suédoises, attaqué à Nyborg et par terre et par mer, fut obligé de capituler, livrant aux ennemis cent pièces de canon, onze régiments de cavalerie, et ayant à déplorer la perte de six mille hommes tués ou
(I) Mém, du cAtfv. 4e TtrUm.
L'LMPliiË DU »UUO PAR LA SUÈU£. 171
pris^ tandis qae lesDenois n*en avaient perdu qnednq
cents. La monarchie danoise était plus que sauvée : grâce aux armes étrangères, ses ennemis, au moment de tout couronner par un suprême succès, étaient obligés, par la faute de leur chef et comme par nne sorte de fatalité, de s*arrèter, de se retirer même liumiliés cl Naiucus. Charles X Gustave n'y survécut pas : un mal intérieur l'enleva devant Copenhague, en 1660, à Tàge de trente^sept ans, à peu près à Tâge de GostaTe-Adolpbe, avec la même gloire que loi et avec la douleur, non de ne pas avoir assez vécu pour atteindre à son but, mais de Tavoir manqué. Heureusement la France fut là pour exiger que le traité de Boskhild restât la iNise de celui de Gopenliague. Et puis (1) un ancien ministre danois <[ue les Suédois aimaient, Annibal Sebested, sorlUdesa retraite et précba aux deux peuples rivaux des sentiments rédproqnesde générosité et Tabjuration de leurs vieilles haines.
VU
Tnilé de Copenbague, lôM.
Un bon traité fut donc conclu le 6 juin 1660 sous la médiation de 1* Angleterre et de la France : Algernon Sidney représentait l'une, de Terlou Tautre.
1* La cession du bailliage de Bohuset des provinces de Scanie, de Blekingie et de Halland, les plus belles du continent suédois, et de leurs appartenances et
(t) Schœll| 1. XXXlii, p. 23S.
LIVBB TBOlSiÈME.
dépendances, et noauDémeut de TUe d'Hweeii, fnt pleiàement oonfirmée, oomme dans le traité de
lloskhild.
2* Le roi de Danemarck donna an roi de Suède, en échange de Bomholm, di)L-sept terres nobles situéesen Scanie, qu'il avait acquises de leurs possesseurs pour une somme de trois millions de riirdalers.
3" Pour répondre aux instances des média leurs et par im désir siucère de la paix, le roi de Suède céda tous les droits que Tartide 6 de la paix de Roskhild lui avait donnés sur le bailliage de Dronthelm.
4* II renonça pareillement à toutes les conquêtes, faites sur le Danemarck, et nommément dans les iles de Sééland» Laaland, Falster et Mon (i),
Traité d'OUf».
Ce traité de Gopentiague compléta celui d'Oliva, conclu la même année» le 3 mai, entre la Suède, la Pologne et la Prusse, également sous la médiation de la France qui y fut représentée par M. Ariioiue deLouibres, Ton des plus habiles négociateurs de son temps. Magnus-Gabriel de la Gardie était le principal des plénipotentiaires suédois ; Jean de Lesaio et Christophe Pac, grand-chancelier de Lithuanic, étaient à la téte de la légation polonaise ; Jean de Hoverbecke, Laurent-Christophe de Somnits et Albert d'Ostau, Jurisconsulte distingué, étaient les plénipolenthiires
(t) Schttll,t.XXXlll, p. 230.
L'ivMFlfilk DU mOhD PAfi LA SUÉDE. 173
de réledeur de Brandebourg. L*empereur d*Alle«
magne Léopold I", comme allié de la Pologne, y était représenté, entre autres luinislres, par le baron de Uflola; mm le roi de Suède Charles XI ne voolut jamais admettre au congrès d*01iva les ministres
du Dauemarck.
1* Jean-Casimir, roi de Suède, renonça pour lui, ses héritiers et successeurs, au royaume de Suède et
au grand-duché de 1 iulaiule, ainsi qu'à ses biens paternels, et il déclara qu'il retiauctierail les armes de la Suède du sceau du roi et de la républiqpie de Pologne.
2* Le roi et les Etats du royaume de Pologne et du grand-duché de Liilmanie cédèrent à la Suède toute la livonie transdunienne, ainsi que File de Rtigen.
^•Mais la Lh ouie méridionale en dec^adc la Duua, et nommément DUnalK)urg, Rositen, Lutzen et Marienhausen, restaient à la Pologne.
li" Vun et l'autre roi pouvait prendre le titre de duc de Livonie.
5* Le duc Jacques de Courlande recouvrait sa liberté ainsi que son duché.
6"* Tout lien vassalitique était rompu en ti*c le Brandelx>urg et la Suède; chaque Élat rentrait, en Allemagne, dans les limites de sespossessions.
T Enfui, comme la Suède soutenait partout le parti de la réforme tandis que la Pologiie appuyait le catliolidsme, il fut dit que dans les pays rendus ou cédés on userait réciproquement d'une complète tolé^ rance, et qu'aucun habitant, pour sa religion, ne
17^ LIVRE TiOlSlàMB.
serait persécuté dans sa personne ni dans ses biens ; en un mot^ qu'il y aurait pour tons une entière ann.
ûistie (1).
C'est sous ce rapport que les traités réunis de Copenba^e et d'Oliva sont, pour le nord, le pendant des traités de Munster et d'Osnabruck ou du traité
de \\ cstphaUe. Un autre trait de ressemblance, c'est que ce qui avait elé obtenu en ir)^i8 par la France, dans r Europe occidentale, par ses armes et à la fa- Tenr des troubles religieux, je veux dire la prépondérance sur la maison d'Autriche, la Suède Tobtenait en 1660, par les mcm^^s moyens, dans le nord, sur le royaume de Pologne jusqu alors prépondérant. Tout ce qu'avaient rêvé les Gustave-Adolphe et les Charles X Gustave, n'était pas, tant s'en faut, réalisé; la Baltique n'était pas tout à l'ait un lac suédois, puisque le ûanemarck était encore debout ; mais la suprématie de la Suède dans le nord et même son importance dans l'Europe centrale étaient assurées.
Traîlé de Kardis, 1661.
Le traité de lUrdis, qui fut conclu en 1661, le 1" juillet, entre le roi de Suède Charles XI et le czar
Alexis Bomanow, en achevant la pacification du nord, ne dérangea pas cet édifice de puissance que la 6uède venait de s'élever.
1* Le czar restituait à la Suède toutes les places
{l,Sthœll U XXXin,p.2.52a3U3,eiPuflcndorfr,c. x,p.80ji82.
l'empirb du nobo par la suèob. 175
qu'il occu])ait en IJvonie, même Marienhôur g, qu'il devait rendre quinze jours après l'échange des ratificattoDS.
2* Les négocîaDts suédois pouvaient commercer
librement en Russie, et raôme y exercer leur culte, sans pouvoir toutefois y construife de nouvelles églises.
5* Les Basses conservaient aussi, de leur rôté,
leur église à Revel (1).
Ainsi Tacquisition de la Livonîe septentrionale était consommée. Mais la Suède ne déploiera pas longtemps sans contestation sa force nouvelle et sa préppndérance dans le nord, car voilà le czar Pierre I** qui va paraître, et, avec lui, les Russes, reprenant leurs vieux projets, dépouilleront les Suédois des provinces acquises, de toits les fondements de leur grandeur, et forceront ainsi les portes mêmes d« TEurope.
(1) Scbœli, i. \XXU1, p. 312.