‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 34 sur 73 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Prompte décAcleiiee de l*einplff*e «tiédols et dée«deiic« corretipoiidaiite de la Pol€iirue 4 l*avéMeflneii( de Plerre-le-€«rf»itd.

Fragilité de l'empire auédoÏA.

Composé d'Etals trop éparpillés, unis à la Saède par des liens trop récents et que la force seule avait

formés: criiii autre côté, no contrebalançant pas à l'intérieur ce vice de sa composition par un gouvernement fort, régulier, exempt de principes trop républicains, l'empire suédois, quelque puissant qull fût, ne paraissait pas devoir durer longtemps. Pour être plus ass'iré d'une longue existence, il aurail dù atteindre sa complète formation, devenir réellement cet empire du Nord, comprenant tout ce qui touche à la Baltique, cet empire qu'avait cherché à fonder Gustave-Adnlplic et Charles X Gustave, et qui devait être surtout l'empire exclusif et absolu de la Balli(|ue. Au lieu de cela, il ne se composait que de parties détachées ne constituant pas, ne pouvant pas, à raison de leur éloignement les unes des autres, constituer un

tout doi, compacte, bien anondi : c'était an commencernent d'édifice, c'étaient les iHnenrières assises de

l'édifice, ce ii t Uit \ms encore l'édifice; c'était une domination dans le nord, ce n'était pas nn empire du Nord» N'étant pas fort en soi et par lui-même, cet empire avait, de plus, à disputer son existence contre autant et même un plus grand nombre d'ennemis que s'il avail eu cette force intrinsèque et constitutive qnî lui manquait, en un mot que s'il avait été complètement formé. Ces ennemis étaient même d'autant plus pressés à l'attaquer, et à 1 allaqiK i \iveinent, qu outre leurs souvenirs irritants et leurs ressentiments implacables, ils n'ignoraient pas le vice de cottstitatioD de cet empire, et voyaient bien qu'il prétait les flancs de plusieurs côtés, que ce grand vaisseau, lancé sur la Baltique, n'étant pas achevé, laisait eau pour ainsi dire de toutes parts. La solidité que cet empire pouvait avoir, consistait dans la force même de ses fondateurs, force à laquelle les ressoum s d un pays coiiiaie la Suède ne proni( ttaient pas une éteroeiie durée, et qui devait d'ailleurs succomber enfin sous le nombre. C'est le nombre qui avait fiiit échouer tout récemment les Suédois devaut Copeuhague, au moment où ils auraient pu se croire invincibles ; et, sans l'appui de la France, qui sait s'ils n'auraient pas perdu la majeure partie au moins de leurs conquêtes ? Mais cette même France, seule, et d'ailleurs bien éloignée de la Suède, ayant à passer pour y arriver entre deux puissances formidables sur mer et hostiles alors aux Suédois, l'Angleterre et la Hollande, n'était pas un appui snP*

178 LIVBE TB01»lÈyB.

fisant, et bientôt même, à cause des longues guerres de I^iii5 XIY, elle allait n'être plus toujours en mesure de les soutenir efficacement.

ht DuMinaKk to fortifie pu ut» eoastitaUoa plus Hiontrcliiqaa, tMO.

Tous ces côtés faibles de la domination suédoise n^échappaientpasnon plusauDanemardcGomposéde

parties beaucoup mieux et plus anciennement liées ensemble, et siii lotit plus favorablement situéesentre la Baltique et la mer du Nord» entre T Angleterre qui le parait à gauche, les Provincefr-Unies et les États allemands qui Tappuyaient à la base, et toujours enrichi par la ])()ssossion lucrative du Sund, l'empire danois, à la rigueur, pouvait, même seul, tenir tête à la Suède, àplus forte raison, lorsque, dans une Iqtte qui nepou- Tait dans tous les cas se terminer que sur mer, il était assuré du concours d une au moins des deux grandes puissances maritimes dont nous avons parlé. C'est pour cela qu*ayant conscience de leur force, les Danois songeaient à renouveler la guerre qui, dans un de ces moments ou lesdioses biuiiaiiies semblent conduites par une irrésistible fatalité, avait failli pourtant finir si mal pour eux. Pour mettre de leur cètë plus de chances de succès, ils ne voulurent pas que leur gouvernement, av^c un sénat ombrageux et exigeant, avec des diètes tumultueuses, avec un pouvoir électif, continuAt de tant ressembler à la constitution si anarchique de Pologne et fftt même plus

DÉCADENCE OK L*£MPiajt SUÉDOIS* 179

désordonné que celui des Suédois, chez qui la royauté, quoique limit(''C, était au inoiii;> licitMlifaire. C'est à ces vices de leur gouvernement qui ne hissait pas à la personne royale assez de liberté d*action et de pouvoir /quMtsattribnaieDt en grande partie les malheurs qui, dans la (Icniierc guerre, avaient mis la monarchie danoise à deux doigts de sa perte* Convaincus de la nécessité d'une réforme dans on sens monarchique, les états-généraux deCopenhague, convoqués. Tannée luéme 16G0, après le départ des troupes suédoises, résolurent de Topérer immédiatement, et cela se lit sans commotion violente, sans effusion de sang, parce que ce n*est pas le pouvoir, mais la nation même, qui en prit rinitialive. Deux Iiommcs qui représentaient les classes les plus hostiles au principe aristocratique alors dominant dans la constitution, Suaue, évéque de Sééland, et Nansen, bourgmestre ou maire de Copenhague, firent cette révolution. Ce sont eux qui même, bon gré mal gré, entraînèrent la noblesse effrayée à leur manière de voir.

Tout le pouvoir législatif aussi bien que le pouvoir exécutif, fut concentré entre les mains du roi et enlevé au sénat. La royauté fut déclarée héréditaire, même pour les femmes, à défaut de toute descendance m41e issue de Frédéric 111, et Tordre de succession, tel qu^il Alt réglé, ne pouvait être changé par aucun roi. Nul ne pouvait non plus loucher à la Confession d'Augsbourg, adoptée comme religion nationale, ni à l'intégrité de la monarchie danoise, qui était déclarée indivisible. Tous ces points furent insérés daiKs une constitution que le roi, en 1660, fut ciiaigé

iSO LIVBË TfiOISlÈME.

de préparer, et qui, sous le nom de loi royale^ abolit

toutes les capitulations antérieures et devint en 1665 la uouveUe charte du Dauemarck. (i).

Lm eao«inii de )ft Suède se réveillent. Paix de Lund ou de Lunden«

en 1670,

• investi d'un tel pouvoir, Frédéric lil, d'ailleurs prince intelligent, se mit à Tceuvre pour réparer tous

les maux de la guerre et remettre les affaires du Danemarck sur uu meilleur pied. La chose marcha si vite, qu*à la vue de cette prospérité qui renaissait avec la restauration du pouvoir, les ennemis du nouvel empire suédois pressèrent le Danemarck de reprendre les armes contre la Suéde, ou au moins de se déclarer pour eux dans ieui^s démêlés avec cette puis* sance. Les plus acbamés étaient le grand-électeur Frédéric-Guillaume, qui brûlait d*avoir la Poméranie dont la succession éventuelle lui avait été promise daus le cours de la guerre de Xreule-Ans, et la maison d* Autriclie allemande, qui en voulait à la fois et à la Suède et à la France, dont Tunion étroite lui iivait fait tant de mal dans cette ni. nie ^neiTe et dans le traité qui la termina. C'était Tépoque où la i rauce, gouvernée par Louis XIY, et par Louis XIV seul, alarmait l'Europe et par la guerre de Flandre et par

(f/ Koch, l. II, pcr. vu. SdiœM, l. XWIV, liv. ru, ch. xt, scci. IV ri y. Eyri»'s. Ifist. du Ihtnemarck, Hegne de Frédéric III, Mailet, Uisl. du Uanemarckf i, lit.

LA SUÈDE ET L'EUPiaE DU NOB0. 181

rînvasion des Pays-Bas. On pouvait penser que la France, fort occupée ailleurs, ne pourrait pas trop secourir les Suédois; mais, d*uD autre côté, la Uoilande, ce soutien très-désirable du Danemarck, avait besoin de toutes ses forces, de toutes ses ressources, pour tenir tête a un ennemi ((uî, sur terre, IVcrasait, qui, suriner, pouvait l'égaler, qui, dans tous les cas, avait sur elle la supériorité des gouvemements absolus sur les gouvernements agités des États républicains. En sorte que le Daiu luarck ne pouvait rien espérer des Provinces-Unies, dans le cas où, à cette époque, il serait de nouveau en guerre avec la Suède. 1! ne se laissa donc pas aller à des instigations dangereuses; du moins il hésita encore. Ce n*est qu'en 1675, quand TalTaire entre les liollaudais et la France fut bien engagée et qu'il vit que la France avait sur les bras presque toute TEurope, soulevée contre elle par le stathouder Guillaume, qu'il se dëdda à se déclarer contre la Suède, à attaquer Tune des deux puissances qui menaient r£urope pendant que tant d*États étaient aui prises avec Vautre. Christian Y, successeur et fils de Frédéric 111, prit cette grave détermination. Le Brandebourg le seconda sur terre; c*estmème comme alliédu Brandebourg que ce prince fit la guerre aux Suédois. Il fut constamment heu-*reux. Charles XI, successeur de Charles X Gustave et moins f a[>al)lr (jue lui, fut battu sur mer aux combats d'OEland et de Kidge, el il fut fort heureux pour lui, à la fin de la guerre, en 1679, que la France pût aller le soutenir. Louis XIV, Tannée précédente, avait triomphé de toute l Euroi)e par la paix de Ni-

182 LITBE TBOlSikAi^..

mègue : Û était plus paissant que jamais. Son intervention seule suffit pour conserver aux Suédf^f malgré leurs défaites, toutes leurs possessions telles qu*eUcs existaieutà la mort de Charles X Gustave.

Lapais de Lunden« 1679, obligea le Brandebourg et son allié le Danemarck à laisser la Suède jouir en repos d uu empire qui, s'il rompait l'équilibre dans le nord, servait à le maintenir contre rAutriche et au profit de la France, dans TËurope occidentale et centrale. En un mot, la paix de Lund ne fut que la confirmation de cxîUc de Copenhague.

CdnstitHiion pliu forte en Saède, 1679^1680.

Ainsi l'empire suédois ne se soutenait plus par luimême, et À peine fondé il était en décadence. Son existence était précaire, dépendante, hors de lui et

non en lui, liée a la puissance d'un autre État et paraissant devoir tomber sitôt que cet appui extérieur lui serait retiré. Cette situation fit réfléchir les Suédois, comme une situation analogue, en 1660, avait préoccupé les Danois. A l'exemple de ces derniers, le clerjçé et les classes inlerieures, n aimant d'ailleurs ni les grands, ni le sénat qui n*était qu*une tyrannie collective, et leur imputant les défaites que la Suède venait d^ssuyer, résolurent d'étendre la prérogative royale. Deux diètes lurent successivement convoquées, la première eu 1679, la deuxième en 1680. Dans l'une et Tautre, les classes que nous venons de

LA 8UÈ0E ET L*fillPlEE DU «OBD. 18S

nommer firent la majorité, et, à peu d'exceptions près, elles s'entendirent pour dcrlaroi ([iie le roi «Hait maître absolu et seul dépositaire du pouvoir suprême» qa*U n'était responsable de ses actions à qui que ce fût sur la terre, qu'il avait la faculté de gouverner le royaume selon son bon plaisir, et enfin que le st iiat ne devait pas être un ordre intermédiaire entre le roi et les États, mais simplement un conseil du roi, n^ayant qu'une voix consultative et non une voix délibéra tive (1).

A Rome, quand sa domination se fut démesurément accrue, Tempire d*un seul sauva le monde romain des dangers de son excessive étendue, en se substituant heureusement aux tiraillements dangereux et aux ratip:anles lenteurs du gouverriement de plusieurs. Dans T empire suédois, une révolution analogue détermina un point d*arrét dans sa rapide décroissance et soutint encore Tédifice sur sa base, jusqu a ce que, dans une solennelle et suprême lutte, il fut renversé et obligé de laisser d'autres conquérants, sortis primitivement du sein de la Suéde* comme nous Favons dit ailleurs, mais fondus dans la race slave, monter sur le piédestal violemment arracbédesgiorieuses mains d'un héros malheureux l

(I) Koeh, p. S7, t II.

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