‹ Histoire générale de la guerre de 1870-1871Chapitre 13 sur 26 · en or français · texte numérisé non relu

en or français

239,291,875 en argent français,

le reste en billets de banque et en monnaies allemandes, hollandaises, belges et anglaises.

Comme on le voit, le numéraire français sorti ne s'éleva donc qu'à la somme de 512,294,933 francs. C'était un grand résultat obtenu.

Pour y arriver, on acheta pour 4,248,326,374 francs de lettres de change aux grandes maisons de banque de Paris, de Londres, Amsterdam, Bruxelles, Hambourg, Francfort, qui, au nombre de 55, ont pris part à l'opération. Le trésor français rassembla un portefeuille de plus de 120,000 effets de 1000 à 5 millions de francs, d'une valeur de 4 milliards 248 millions de francs, qu'on a remis à l'Allemagne, qui touchait les fonds.

1 Sur le premier emprunt, 1,561,000,000 de francs ont été affectés à l'indemnité ; sur le second, 3,002,000,000.

Cette prodigieuse opération, sans précédent, a été exécutée avec une merveilleuse habileté, sous la haute direction de M. Thiers, par les agents du Trésor transformés tout à coup en banquiers, cambistes, acheteurs et vendeurs de métaux précieux. Le nom de M. Dutilleul, l'un des chefs de la Trésorerie, doit être tout particulièrement cité. Dans cet immense travail , l'administration des Finances s'est montrée à la hauteur de sa tâche, et a mérité les éloges qui lui ont été donnés.

On a pu ainsi transmettre sans crise un capital de 5 milliards et demi de francs en Allemagne, en n'employant à l'opération que 637,294,933 francs de numéraire français, en billets de banque, en or et en argent.

Il est bon de rappeler ici que la France a pu payer 5 milliards et demi sans être ruinée, parce que la richesse d'un pays n'est pas constituée par le numéraire seul, mais par le travail et l'épargne. C'est en effet avec le travail et l'épargne que la France, après le paiement de l'indemnité, a reconstitué sa situation antérieure, modifiée seulement par l'augmentation de sa dette et de son budget. En effet, l'Allemagne payée, reste la dette et l'obligation de payer les intérêts aux porteurs de titres de l'emprunt ou de la dette publique. Or, en 1869, les intérêts de la dette consolidée étaient de 397 millions, et ils sont aujourd'hui de 746 mil-

lions. Voilà un des résultats du second empire.

Une des causes qui ont le plus facilité le paiement de l'indemnité sans faire toucher aux instruments productifs du travail de la France, a été la réalisation des placements étrangers, en d'autres termes la vente des valeurs étrangères que possédait la France. Une autre cause a été l'extrême solidité de la Banque de France, qui lui a permis de porter ses billets à 3 milliards *, dont 2 milliards de coupures de 100 francs et au-dessous, et que, même avec le cours forcé, ses billets faisaient prime. Ajoutons encore, l'énorme développement que prit le travail après la guerre, nos exportations favorisées par les bonnes récoltes des années qui suivirent la guerre, enfin la sagesse d'avoir conservé les monnaies d'or et celles d'argent. Avec la seule monnaie d'or, comme monnaie libératoire, il eût été ou impossible ou bien difficile de venir à bout du paiement.

Il n'est pas moins curieux de savoir ce que notre argent est devenu une fois arrivé en Allemagne. Il va sans dire que les gouvernements seuls se sont partagé la proie. Les populations qui se figuraient niaisement tirer un profit quelconque des milliards français n'ont pas même eu la satisfaction d'une diminution dans les impôts. La plus grande partie

1 31 octobre 1873.

de la somme a été employée à payer des dépenses de guerre faites ou à faire.

760,000,000 pour le fonds des invalides, 670,000,000 pour les dépenses militaires, 270,000,000 pour les forteresses, 231,000,000 pour les chemins de fer, 150,000,000 pour le trésor impérial de guerre, 116,000,000 pour la marine, 166,000,000 pour indemnités, 30,000,000 pour la construction du palais du Reichstag.

L'or que l'Allemagne a reçu a été employé à fabriquer la nouvelle monnaie de l'Empire frappée en pièces de 10 et 20 marcs '.

Tous les Allemands s'étaient imaginé qu'ils allaient tous profiter de la rançon de la France. Ce fut un cri de joie, un affolement général à la nouvelle de l'arrivée des milliards. Le vieux sang germain se crut encore au temps d'Arioviste. Une fièvre de spéculation éclata spontanément partout, sur les valeurs de bourse, sur les terrains, sur les maisons, sur les mines. On créa des usines, des brasseries, 42 banques, 164 sociétés industrielles. Une hausse insensée se fit sur toutes choses, denrées, loyers. Mais, l'accès passé, une crise plus violente éclata à son tour : des faillites, des sinistres vinrent bientôt arrêter l'industrie et le commerce, et engendrer une misère effroyable que la hausse des denrées et des loyers augmentait encore,

1 Le marc vaut 1 fr. 25.

et qui à son touronnap au socialisme un développement inattendu.

En 1878, M. de Benningsen disait au parlement allemand, pendant la discussion de la loi contre le socialisme : « Les Allemands ont eu la gloire de revenir vainqueurs de cette guerre, de terrasser l'Empereur des Français et son armée, d'arracher à la France tous les pays allemands. Mais l'Allemagne doit éprouver un sentiment d'humiliation en songeant à l'effet nuisible et pour ainsi dire destructeur que cette guerre a produit sur notre situation économique. Il est vrai que jamais un capital aussi colossal n'avait passé d'un pays dans un autre. C'est le bouleversement produit par ce déplacement de capital qui a créé une situation favorable à l'agitation socialiste, qui n'aurait pas pris de telles propositions en Allemagne dans une autre circonstance. »

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