L'ARMÉE DU NORD ET LES OPÉRATIONS DANS LA NORMANDIE
L'armée du nord commença à s'organiser pendant les mois d'octobre et de novembre, sous la direction du général Bourbaki. Elle reçut un assez grand nombre d'officiers, de sous-officiers et de soldats échappés de Sedan et de Metz, qui lui donnèrent de bons cadres et assez de solidité. Elle se composa d'abord du 22e corps, qui comptait environ 25,000 hommes *.
On remarque dans les premières opérations de l'armée du nord le combat de Formerie 2, livré le 28 octobre et dans lequel le comte de Lippe fut battu. Après sa défaite, le comte de Lippe se retira sur
1 M. Gambetta remplaça, le 18 novembre, le général Bourbaki par le général Farre et le rappela à Tours, après une manifestation, faite à Douai contre Bourbaki, à propos de la capitulation de Metz.
2 Entre Rouen et Amiens.
L'ARMÉE DU NORD Beauvais, qui était à ce moment, ainsi que Gisors, le centre des forces allemandes opposées aux troupes que nous avions dans le nord de la France. Le 3 novembre, une brigade de la 5e division de cavalerie allemande fut battue à Illiers-au-Bois et à Bonnières, et obligée d'évacuer Mantes. Ces combats, et de nombreux engagements n'étaient que le prélude d'opérations plus sérieuses, qui allaient bientôt s'engager.
En effet, les Prussiens opposèrent dès la fin de novembre à l'armée du nord, la première armée, rassemblée sur l'Oise, à Noyon et à Compiègne, placée sous le commandement du général de Manteuffel et composée du 1er corps bavarois, du 8e corps prussien et de la 3° division de cavalerie. Son effectif était d'environ 42,000 hommes et 108 canons. Le général de Manteuffel devait occuper les riches provinces du nord de la France situées entre la Seine et la Belgique, et les grandes villes d'Amiens, de Rouen et du Havre.
Manteuffel marcha d'abord sur Amiens par les deux routes de Noyon et de Compiègne. Le général Farre, qui ne disposait que du 22e corps, voulut cependant empêcher qu'Amiens ne fût pris par l'ennemi : il lui livra, le 24 novembre, le combat de Mézières *, où il refoula les Bavarois ; mais il fut
1 Sur la route de Roye à Amiens.
défait à la bataille de Villers-Bretonneux ou d'Amiens (27 novembre) et obligé de se replier sur les places du nord *. Amiens fut occupé par le général de Manteuffel le 28 ; la citadelle capitula, sans s'être défendue, le 30. Aussitôt, les Prussiens se préparèrent à marcher sur Rouen, que le général Briand était chargé de défendre avec une vingtaine de mille hommes.
Une colonne allemande, composée de cavalerie et commandée par le comte de Lippe, occupait Gisors, et de là rançonnait cruellement le Vexin, et depuis longtemps. Pour faire cesser ses ravages, le général Briand 2 résolut de la chasser de Gisors ; il battit le comte de Lippe, le 29 novembre, à Etrépagny 3, et, apprenant la marche de Manteuffel sur Rouen, il se porta à sa rencontre. Manteuffel se dirigeait d'Amiens sur Rouen par les deux routes de Poix et de Gournay ; le 4 décembre, il surprit et culbuta le
1 La perte des Prussiens fut de 1400 hommes ; celle des Français de 2700 hommes tués, hlessés ou prisonniers.
8 Le général Briand commandait la division militaire de Rouen, et le capitaine de vaisseau Mouchez, la subdivision de Rouen. Vers le 15 décembre, le général Briand fut nommé au commandement du 19e corps, en formation à Carentan, et remit le commandement de la division au commandant Mouchez. Vers le 25 décembre, le lieutenant-colonel de gendarmerie Peletingeas (général de brigade au titre auxiliaire) fut mis à la tête des forces actives destinées à la défense du Havre ; il y resta jusque vers le 10 janvier, époque à laquelle le général Loysel (avec le titre provisoire de général de division) prit le commandement du Havre, ayant sous ses ordres les généraux Peletingeas et Berthe.
3 Quelques jours après, les Allemands revinrent à Etrépagny et l'incendièrent.