‹ Histoire générale de la guerre de 1870-1871Chapitre 3 sur 26 · L'ARMÉE DU NORD · texte numérisé non relu

L'ARMÉE DU NORD

général Briand à Buchy, et le lendemain il entra à Rouen. Le général Briand se replia sur le Havre, par Pont-Audemer et Honfleur. On mit le Havre en état de défense ; on y réunit 30,000 hommes, et grâce à ces efforts et aux utiles diversions de l'armée du nord, on parvint à empêcher les Prussiens de se rendre maîtres de cette riche ville maritime, objet de leurs convoitises, et dans laquelle ils auraient bien voulu saisir le matériel de guerre venu d'Amérique pour armer nos troupes.

Après l'occupation de Rouen, le général de Manteuffel lança des colonnes mobiles dans toutes les directions : les unes se dirigèrent sur la Rille, où elles refoulèrent nos mobiles à Beaumont et à Serquigny (13 décembre) ; une autre alla s'emparer de Dieppe et y détruisit le matériel de guerre qu'elle y trouva. Le 8e corps tout entier fut chargé d'essayer de prendre le Havre.

Mais pendant ce temps le général Faidherbe, connu par ses brillants succès au Sénégal, était nommé au commandement de l'armée du nord, le 3 décembre, et conservait comme chef d'étatmajor l'habile et dévoué général Farre. Faidherbe, pour empêcher Manteuffel de prendre le Havre, se jeta sur Amiens avec 30,000 hommes et 60 canons l.

1 Pendant ce temps, une division volante, commandée par le général Lecointc, reprenait la ville de Ham aux Prussiens, le 9 décembre, et taisait capituler la prarnison du château, le lendemain.

Manteuffel fut obligé de renoncer à son entreprise et de marcher contre l'armée du nord, à laquelle il livra, le 23 décembre, la bataille de Pont-Noyelles ou de l'Hallue. Il fut battu et nous restâmes maîtres de nos positions. Pour le bien constater, l'armée française bivouaqua sur ses positions de combat, par un froid de 8 degrés, sans bois pour faire du feu et avec du pain gelé pour tout aliment. Mais cette armée, formée, comme toutes les autres, de jeunes soldats, n'avait pas un tempérament militaire assez robuste, pour que l'on pût faire avec elle des opérations de longue haleine, surtout pendant un hiver exceptionnellement rude ; l'armée du nord avait besoin de temps à autre d'être reposée et réorganisée. A cause de cela, le général Faidherbe se replia derrière la Scarpe, entre Arras et Douai, et y reforma ses régiments. Le Havre était sauvé, et on avait tenu tête à l'ennemi, qui profita cependant de notre retraite pour chanter victoire et attaquer Péronne ' .

Aussitôt le général Faidherbe marcha au secours de cette ville. Le corps d'observation chargé de couvrir le siège se porta au-devant de lui ; il était commandé par le général de Gœben, qui venait de remplacer Manteuffel, envoyé dans l'est. Le2jan-

1 Cette ville fut bombardée avec les pièces françaises prises dans la citadelle d'Amiens.

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