‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 112 sur 352 · Royaume millénaire du Christ. (Note des Traducteurs · texte numérisé non relu

Royaume millénaire du Christ. (Note des Traducteurs

tercession des Saints, etc. — Enfin le dernier livre traite de la félicité de la cité de Dieu, félicité qui est sa fin dernière et qui lui aété promise par Dieu lui-mème. Saint Augustin commence ici par défendre chaleureusement la doctrine de la résurrection des morts. Il renvoie les païens à la résurrection et à l'ascension du Christ : elle est attestée par les Apôtres, témoins oculaires, dont les miracles sont les lettres de créance. Si les païens refu sent d'y croire, c’est encore un assez grand miracle que le monde ait pu croire à la résurrection du Christ sans aucune espèce de miracle (c. 5). Pour prévenir l’objection, que de tels miracles n'ont plus lieu à l'époque actuelle, saint Augustin raconte les guérisons merveilleuses qui ont eu lieu de son temps et même sous ses yeux (c. 8). Après avoir abordé la question du corps des ressuscités, traité de son importance au point de vue de la béatitude et dit, à cette occasion, que tous ressusciteront avec l'âge qu'avait le Christ à sa mort (c. 45), il parle, en terminant, de l’état des bienheureux et surtout de la vision de Dieu, terme dernier de la béatitude.

Tel est, en ses traits principaux, le sujet de ce remarquable travail : autant la marche des parties, même des livres, semble indécise et inégalement conduite (nous l’avons fait remarquer plus haut), autant la composition de l’ensemble est-elle sûre et bien menée. Mais cette particularité, qui fait que certaines parties, voire des chapitres, ont le caractère d'articles indépendants, devait efficacement contribuer elle-même à la diffusion de l'ouvrage, attendu qu'on pouvait également bien le lire dans sa totalité ou fragment par fragment. Quant à la cause de cette particularité, il est assez clair qu'il faut la voir dans le long espace du temps, pendant lequel l'auteur a travaillé son ouvrage pièce par pièce. Le nombre de ceux qui auraient su embrasser ce travail dans son entier et qui le méditaient du commencement à la fin devait être bien peu considérable ; au contraire, le nombre des lecteurs qui s’édifiaient à la lecture de chapitres spéciaux et qui y prenaient plaisir n'en était que plus grand : il trouvaient, ici, une nourriture abondante pour la pensée et pour l'imagination; là, les émotions les plus vives. Il ne serait pas possible de dire combien fut

grande l'influence qu’exerca ce livre sur le moyen âge, tant par la richesse des idées, que par l'abondance et la variété de la matière. Toutes les branches de la littérature médiévale en témoignent. Pendant longtemps surtout il servit de règle pour juger l'antiquité classique et ses rapports avec le christianisme, et, en général, pour l'étude de toute l'histoire universelle des temps passés. Et, d’autre part, un ouvrage où l'auteur excellait à enflammer les imaginations et à captiver les intelligences, ne contribuait pas moins à préciser les idées sur les choses futures.

Sous le rapport du style en général, il mérite d’être placé audessus des Confessions ; la narration en est plus claire ; et l'allure du récit, plus simple, est plus légère et plus libre. L'auteur n’y a pas renoncé, il est vrai, à divers artifices de la rhétorique, tels que l’antithèse et les jeux de mots; mais il en fait, il faut l'avouer, un usage plus approprié et plus spirituel. L'ironic que saint Augustin manie avec finesse communique au style plus de charme. Là où le sujet l'exige, le sentiment se fait jour aussi dans toute sa vivacité; l'on y trouve des passages d'une éloquence élevée où se révèle une véritable inspiration, et d’autres où le récit est tout pénétré de la chaleur de la vie de l’âme chrétienne : témoin la peinture en l'honneur de la Paix (L. XIX, c. 12) où l'auteur nous représente les natures les plus sauvages et les plus grossières avides de cette paix et soupirant après cile. À tout prendre, les premiers livres et les derniers sont ceux dont la narration est la meilleure.

Les deux ouvrages que nous venons d'étudier méritent, parmi les travaux de saint Augustin, une place à part, non seulement vu leur haute importance au point de vue de l'histoire de la littérature générale, mais aussi vu la parlicularité de leur forme qui ne permet de les ranger complètement dans aucune classe déterminée de ses écrits. Cette dernière remarque s'applique également à un troisième ouvrage, qui offre aussi un réel intérêt historique et littéraire, et qui sert de complément à une grande partie de ses œuvres. Ce sont les deux livres des Rétractations (Retractationes), qu'il composa en 427, époque où il avait atteint, par l'achèvement de la Cité de Dieu, le plus haut degré de son activité littéraire.

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