RÉTRACTATIONS
Dans cet ouvrage, l’auteur nous donne le catalogue detous ses écrits, par ordre chronologique, depuis sa conversion au christianisme ; il énumère, dans le premier livre, ceux qu'il a composés jusqu'à son épiscopat, et, dans le deuxième, ceux qu'il écrivit ensuite. Le but que l’auteur se propose, en parcourant ainsi ses productions littéraires, est d’abord d'exercer une sévère critique contre lui-même, de relever toutes les inexactitudes qu'il remarquait dans ses livres, d'en faire dis-, paraître les contradictions qui avaient dû lui échapper, dans un si long intervalle et à une époque de sa vie si fertile en prôductions littéraires : la formule de ses idées sur le dogme était en effet devenue peu à peu plus complète et était arrivée alors à sa plus haute expression. Du mème coup, saint Augustin nous y ouvre assez fréquemment de très précieux aperçus sur la cause de ses ouvrages, leur tendance, leur idée mère et leur composition : c'est grâce’ à ces aperçus que souvent nous en pénétrons l'intelligence.
On peut répartir les autres écrits de saint Augustin dans les classes suivantes :
Écrits polémico-dogmatiques. — C'est sous cette rubrique qu'il convient d'en ranger la majeure partie; mais ils s'éloignent tellement du but de notre étude, que nous nous bornerons à quelques courtes remarques. Ils sont écrits, en partie, contre les manichéens, et, en partie, contre les donatistes, les pélagiens et les ariens. Quelques-uns d’entre eux, polémiques par l'origine, ont pourtant un développement indépendant : tel est le plus important de cette classe, le livre sur la Trinité (De Trinitate), entrepris pour combattre l'arianisme ; ou bien encore le Traité de la vraie religion (De vera rehgione), contre les manichéens.
Écrits philosophiques. — A cette classe se rattachent les plus anciens ouvrages qui nous aient été conservés de saint Augustin: les plus importants de cet ordre furent même composés à Cassiciac, pendant l'hiver de 386 à 387, avant son baptème. Ce sont d'abord les trois suivants : trois livres contre les Académiciens (Contra Academucos); un livre sur la Vie bienheureuse (De Vita beata); deux enfin sur l'Ordre (De Ordine). ls sont, tous trois, le résultat des causeries philoso-
phiques de saint Augustin avec le cercle d'élèves et d'amis qui l’entouraient et dont nous avons parlé plus haut : les deux derniers toutefois ont vu complètement le jour pendant la composition du premier, lequel est bien plus considérable. Si nous en considérons l'origine, ils ont été composés tous trois sous forme de dialogue et ils ont réellement pour base des conversations qui, ainsi qu'ils nous l'apprennent, furent esquissées sur-le-champ (1). — C'est avec raison que saint Augustin aborda ces conversations philosophiques par le Premier sujet: il chercha à établir la possibilité d'arriver à la connaissance de la vérité, en réfutant le scepticisme, représenté par l'école des Académiciens. C'est en effet, pense saint Augustin, la possession de la vérité et non pas sa recherche seule qui procure le bonheur de la vie. Cette phrase, qui établit pour l'homme la nécessité de connaître la vérité et qui forme le sujet du premier livre contre les Académiciens, lui donna l’idée du deuxième écrit, ou tout au moins, dans le principe, du dialogue philosophique qui lui sert de base. L'auteur y démontre que le bonheur de la vie consiste dans la connaissance parfaite de Dieu. Cette connaissance nous donne, pour la première fois, une jouissance complète et sans fin. — Le troisième des écrits ci-dessus mentionnés a pour sujet l’ordre divin du monde « l’ordre des choses, » en tant surtout que cet ordre embrasse le bien et le mal. Mais la difficulté que cette dernière question présentait encore pour l'intelligence de ses élèves engagea saint Augustin à ne pas poursuivre ce sujet (1. IL, $, 24) et à leur montrer par contre l'ordre des études à faire, la voie à suivre pour atteindre aux plus hauts sommets de la science. Il expose donc le système des sciences, en expliquant avec brièveté l'idée et l’essence de chaque science : tantôt il approfondit la matière; tantôt il glisse discrètement; mais c’est ainsi qu'il aborde tour à tour la grammaire, la dialectique, la rhétorique, la musique (c'est-à-dire la rythmique en général, et la métrique en par-
1. V. au reste l'analyse rapide, mais aussi exacte que pleine du goût de ces écrits philosophiques et de ceux qui suivent, par Bindemann. Vol. I, p. 295 sq.