‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 131 sur 352 · Evangile de St Luc, c. 16, v. 19 sq · texte numérisé non relu

Evangile de St Luc, c. 16, v. 19 sq

S. Op. c., p. 35.

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manière générale, pour les œuvres correspondantes de l’art du moyen âge. L'âme des méchants est plongée dans le «puits » d’un ardent abîime, où brülent, dans les fosses, du plomb liquide et de la poix, et où elle est éternellement tourmentée par des vers dévorants (1). Les esprits purs, au contraire, dégagés du poids des choses de la terre (v. 845 sq.), s'élèvent d’un vol léger vers les astres. Reçus dans le sein d'Abraham, ils respirent les parfums de fleurs éternelles et s’enivrent de la rosée d'ambroisie. Quelque éloignés que ces royau mes soient l’un de l’autre (2), les damnés et les bienheureux peuvent se voir néanmoins et contempler leur état réciproque. C'est ce que le poète cherche à prouver avec plus de détails, et il termine enfin par une prière où 1l demande à Dieu de lui accorder, à sa mort, une légère punition. Il n’a pas le courage de demander une demeure dans la « région des bienheureux ; » il s’estime content, si, éloigné de la vue du prince de l'enfer, il est entouré dans le Tartare d'un feu plus léger (3).

Dans les deux ouvrages que nous venons de parcourir, Prudence appuie, en grande partie, son argumentation sur des ouvrages de Tertullien ; il le fait même en certains passages, d'une manière immédiate: citons, par exemple, les livres contre Marcion, bien entendu, dans la Hamartigenia.

. C'est à eux qu'il doit les idées générales, ainsi que plusieurs

traits particuliers. Mais il est un autre poème de Prudence

f « Praescius inde Pater liventia tartara plumbo Incendit liquido, piceasque bitumine fossas Infernalis aquae furvo suffodit averno, Et Phlegethonteo sub gurgite sanxit edaces Perpetuis scelerum poenis inolescere vermes. » V. 824 sq. Et v. 833 :

« Mersandam (animam) penitus puteo ferventis abyssi. » 2. « Per magne intervalla, polus medio quae -dividit orbe. » V. 865 s. : c'est ainsi qu'est déterminée la situation respective des deux royaumes. 8. « Esto : cavernoso, quia sic pro labe necesse est Corporea, tristis me sorbeat ignis averno ; Saltem mitificos incendia lenta vapores Exbalent aestuque calor languente tenescat. » V. 961 sq. Ce passage est remarquable à plusieurs points de vue. 11 ne faut pas penser ici au purgatoire : il nous rappelle les limbes de Dante, et nous voyons encore ici les deux poètes se rencontrer.

dans lequel le poète au lieu de combattre des hérésies, attaque la religion païenne de l’État: ce sont les deux livres contre Symmaque (Contra Symmachum libri duo), nés et développés sous l'influence des deux lettres de saint Ambroise contre ce rhéteur célèbre, et dont nous avons parlé plus haut (1). Ce fut néanmoins une circonstance spéciale qui vint remettre en cause cette question. Le parti de Symmaque, peu nombreux mais puissant, avait fait auprès des fils de Théodose, surtout auprès d'Honorius, une nouvelle tentative pour obtenir ce que Symmaque demandait dans la célèbre Relation sur laquelle on ne manquait pas de s'appuyer. Eugène avait, il est vrai, accordé ce qu'avait refusé Valentinien IT. C’est ainsi que les partisans de Symmaque espéraient, après la mort de Théodose, un revirement de la politique impériale en leur faveur. Prudence ne crut donc pas inutile d'entreprendre une nouvelle campagne, sous une forme poétique, contre la restitution, moins restreinte, sans doute, de l'antique religion d'Etat, et contre le document ou relation qui tentait de la motiver. Après les édits de Théodose contre le paganisme, le poète avait la partie bien plus facile que son illustre prédécesseur. Outre lasatisfaction personnelle et poétique, Prudence, en composant son ouvrage, avait donc assurément plus en vue d'exercer une pression sur le gros public des païens lettrés que d’influencer la détermination du jeune empereur dont il n'avait problablement jamais douté.

Dans le premier livre composé de six cent cinquante-sept hexamètres, le poète combat, libre de l'influence de saint Ambroise, la religion païenne de l’ancienne Rome en général. Une préface de quatre-vingt-neuf asclépiades raconte, d'après les Actes des Apôtres (c. 27 s.), le débarquement heureux de saint Paul à la suite du naufrage et montre comment sa prière a rendu impuissante la morsure de la vipère ; il voit là le type du Christianisme arrivé au port, après de si violentes tempêtes, et qui a encore, contre toute altente, à supporter une attaque empoisonnée, mais sans danger. Dès le début du poème, Prudence commence par rappeler les ordonnances du sage Théo-

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