CONTRE SYMMAQUE
dose et l’obéissance qu’on leur doit; suivant alors la trace des anciens apologistes, 1} parle de l’origine humaine des dieux, dont la dynastie a été fondée par Saturne, et il atiaque en même . temps leur immoralité. Il expose, d’une manière bien distinguée (v. 197 sq.), comment cette superstition, une fois née, s'est propagée par l'habitude irréfléchie : le nourrisson a déjà sucé l'erreur avec le lait et le jeune homme a appris à la vénérer, dans les coutumes de la vie domestique et dans les fètes de la vie publique. Avec le culte d’Auguste commença aussi l’apothéose des Empereurs : il n’est donc pas élonnant, pense le poète, que l'on continuât à marcher dans la voie où s'était d’abord développée cette religion. Mais les éléments eux-mêmes furent divinisés, ainsi que les astres, et surtout le soleil. Le poète juge nécessaire (et ce point est à noter) (1) d'entreprendre une polémique détaillée contre ce dernier culte (v. 309 sq.) ; il insiste sur le peu de grandeur du soleil, en comparaison du monde et du ciel, ainsi que sur la contrainte de sa course ; ce serviteur de Dieu n'a pas même la liberté de l’homme. En somme, un tel culte est encore supportable ; mais que dire si l’on voit aussi l’abîme infernal et ses ténèbres donner ses dieux à Rome ? Que penser de l’adoration stupide qu'on leur rend, par les jeux inhumains des gladiateurs ? — Le poète fait ensuite intervenir Théodose, vainqueur de l’usurpateur Eugène et, précédemment, de Maxime (2); dans un long discours, il lui fait sommer la ville, entourée encore des ténèbres du paganisme, de se défaire de ces tristes coutumes dignes des barbares, et de vénérer la croix par qui Constantin a déjà vaincu. Il ne fait sans doute que revêtir ici du langage de la poésie le discours fait par Théodose dans le sénat après cette victoire, en 394. C’est seulement par les édits qu'il porta alors, que Rome devint une ville vraiment chrétienne; c’est ce
1. Ce fut le culte de Mithra, qui se conserva le plus longtemps parmi les Jettrés.
2. Dans le « princeps gemini bis victor caede tyranni » (v. 410), il ne peut être question que de Théodose et non de Constantin le Grand; c’est ce qui ressort non seulement du contexte, mais ce que prouve en particulier le v. 506, qui montre, à n’en pas douter, que le discours de l'empereur finit seulement avec le vers précédent.‘
qui fait l’objet d’un développement tout poétique (v. 514 sq.) : à un petit nombre de membres près, le sénat adore maintenant le Christ, de concert avec le peuple, et ce n’est pas la force, mais la raison, qui l'y détermine. Théodose a également récompensé de leurs services terrestres les païens et les chrétiens ; il leur a volontiers accordé les plus grands honneurs : Symmaque en est la preuve (v. 625) ! Prudence termine ce premier livre par un éloge dithyrambique de l’éloquence de Symmaque : malheureusement il ne le dépense que pour une mauvaise cause, et il assure que ce n’est pas pour faire assaut de génie avec lui, mais seulement pour défendre sa foi qu'il a pris la plume.
Le deuxième livre est également précédé d'une préface, en soixante-six vers glyconiens ; le poète, dans son combat contre « l’homme Île plus éloquent de son époque (1), » y implore l'assistance du Christ. C’est le Christ, dit-il, qui vint autrefois ‘ au secours de saint Pierre, lorsque celui-ci luttait contre la mer orageuse de Tibériade : il compare donc cette dernière avec l'éloquence de Symmaque.
Le livre lui-même comprend onze cent trente-deux hexamètres. Le poète veut y réfuter, point par point, la Relation de Symmaque (2) ; et ici 1l se rattache souvent de très près et même immédiatement à la réfutation de saint Ambroise. Tout d'abord, Prudence fait intervenir le jeune Empereur: dans un discours, il lui fait réfuter une des prétentions de Symmaque (le poète fait aussi intervenir ce dernier et lui prête la parole), qui affirmait que la victoire de Rome se rattachait au culte de la Victoire. Il soutient, avec saint Ambroise, qu’elle est plutôt l'ouvrage de la bravoure des soldats romains. Prudence récapitule ensuite(v. 69 sq.) les autres arguments de la Relation de Symmaque et combat en premier lieu le scepticisme que ce