‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 139 sur 352 · V. plus haut, p. 303. Remarque · texte numérisé non relu

V. plus haut, p. 303. Remarque

goût romain ne se montrait nullement défavorable à l'allégorie. C’est là une suite de la prédominance de l'intelligence dans le caractère national, de sorte que la religion elle-même assimilait de pures personnifications aux dieux hellénisés. Et la Victoire, au culte de laquelle se rattachait encore énergiquement le paganisme dans les derniers moments de sa chute, montre bien quelle signification pouvaient avoir de telles divinités. Le goût de l’allégorie se montre toujours plus libre et plus hardi dans l’art et la poésie postérieurs de Rome; c'est ainsi que nous lisons, dans les Métamorphoses d'Apulée (X, c. 31), comme dans la pantomime Le Jugement de Päris on voit apparaître Zerror ct Metus en qualité d'écuyers de Minerve; et, dans son récit Amour de Pysché, qui n'est en entier qu'une allégorie, quoiqu'il soit développé sous la forrae d'un joli conte (V. c. 30), Vénus menace son /ils de vouloir appeler à son secours son ennemie Sobrietas, et une servante de Vénus, Consuetudo, traine la malheureuse Psyché devant la déesse en courroux, qui lui fait donner le fouet par deux autres servantes, So/licitudo et Tristities (VI. c. 8 et 9) Et un contemporain de Prudence, Claudien, le dernier talent poétique remarquable de Rome païenne, aime aussi à sacrifier à l’allégorie quoique néanmoins on la trouve chez lui rarement développée avec détails. Dans son Epithalame consacré à Honorius (v. 76 sq.), on voit apparaître les divinités (numina) dans le palais de Vénus; ce sont : Licentia, Irae, Excubiae, Lacrimae, Pallor, Audacia, Metus, Voluptas, Perjuria, Juventas. Nous le voyons également, dans son panégyrique de Stilichon (De laud. Stil., 1. IE, v. 6. sq.), personnifier comme déesses Clementia et sa sœur Fides ; viennent ensuite Justitia, Patientia, Tempertes, Prudentia, Constantia, déesses qui, dirigeant le héros, mettent en fuite les divinités sorties de l'enfer, et, avant les autres, « la première mère des crimes, » Avartéia, dont la plus fidèle nourrice est Ambitio (v. 413). Dans son poème contre Rufin, antérieur au précédent et que rappelle apparemment le passage cité, l'armée des Erynnies, qui veulent par Rufin perdre le monde, se compose de Discordia, Fames, Senectus, Morbus, Livor, Luctus, Timor, Audacia, Luxus, ce dernier avec sa compagne inséparable Egestas,

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Avariha, et ses enfants qui sont les Soucis (1. I, v. 30 sq.). Faisons ici remarquer d’une manière toute spéciale que Prudence lui aussi représente les vices comme Furies (1) et les caractérise par là comme païens. Cette poésie de Claudien a peut-être exercé sur lui une influence toute directe pour la conception et le développement de ce genre d’allégorie, tandis que, par contre, la pensée exprimée dans le panégyrique de Stilichon, mentionné ci-dessus et qui consiste à faire chasser les vices par les vertus de ce héros {2), montre plutôt combien il était facile à un poète de cette époque de concevoir l’idée d'un tableau allégorique du combat entre les vices et les vertus.

I ne nous reste plus à considérer de Prudence qu'un tout pelit ouvrage, un ouvrage sans valeur littéraire sérieuse, et sur lequel on peut élever des doutes, non au sujet de l’auteur, ainsi qu'on l’a cru, mais à plusieurs autres points de vue (3). C'est un recueil de quarante-neuf tétrastiques en hexamètre,

1. Par l'attribut de leur chevelure de serpents et de fléaux, comme, par exemple aux v. 560 et 685 ; en outre, il les appelle aussi directement Furia ou Erynnis. Cf. v. 46, v. 566.

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