‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 143 sur 352 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Voici maintenant un poète d’une individualité essentiellement différente : c'est saint Paulin. Il fut le contemporain de Prudence, et il nous offre un intérèt particulier, au point de vue de la littérature et de l’histoire. Il représente, sur le Parnasse chrétien, la Gaule de cette époque, comme Prudence y représente l'Espagne. C'est un point bien digne de remarque de voir comment, dans la différence des deux poètes, s’accuse également, par quelques côtés, la différence qui existera plus tard entre les nationalités espagnole et française. Dans son expression poétique, Prudence a plus de richesse de couleurs et plus de brillant, mais aussi sa palette est plus chargée et plus bigarrée. Si Paulin a plus de grâce et plus de goût, il se distingue, comme poète, par une certaine retenue qui lui fait fuir (double mérite à cette époque) l'exagération et l’enflure, ainsi que par la finesse esthétique et par le tact; mais il est bien inférieur à Prudence quant à la puissance créatrice de l'imagination : quelque faciles et coulants que soient ses vers, son récit peut descendre au niveau de la prose versifiée ; il n’a rien du génie; c'est un talent facile, qui incline naturellement vers le culte de la forme et qui a, très développé, le sens du beau.

Ponrius MeroPius Anicius Pauzinus (1), né à Bordeaux de

4. Pontii Meropii Paulini Molani episcopi. Opera secundum ordinem lemporum nunc primum disposita et ad mss. codd. gallicanos italicos, etc. emendata et aucta (de Lebrun). 2 tom., Paris, 1685, in-4. (En appendice, Vita et dissertationes sur Paulin); Muratori, Anecdota ex Ambrosianae bibliothecae codd., tom. T, Milan, 1697, in-4; Paulini, Carmen adrersus paganos, ed. OEhler, dans son éd. de Minutius Félix (v. plus haut, p. 100. Rem. 1) ; Bursian, Das sogenannte poema ultimum des Paulinus Nolanus, în den Sitsunsber. der Kœnigl. bayer. Acad. der Wiss., 1880 ;

parents chrétiens, en 353, appartenait à une famille sénatoriale, riche et très bien posée, qui possédait non seulement en Gaule, mais encore en Espagne et en Campanie, de grandes propriétés. Son père était préfet du prétoire en Gaule. Paulin reçut une excellente éducation, car Bordeaux florissait alors parmi toutes les écoles de l’Empire romain. Son maître principal fut son compatriote, Ausone, auquel l’attachèrent les liens les plus intimes de la vénération et de l’amitié. Ce dernier, que la faveur de Gratien porta aux plus hautes dignités de l'Empire, protégea aussi dans sa carrière politique son élève, déjà bien recommandé par sa naissance et par sa fortune; aussi, Paulin semble-t-il avoir revêtu le consulat avant 319, c’est-à-dire dès sa première jeunesse (1). Mais il paraît que saint Paulin renonça bientôt à la carrière politique pour laquelle il n’était point fait : après avoir épousé une riche espagnole du nom de Thérasia, il vécut dans ses terres, près de Bordeaux. Cependant cette opulente oisiveté, tout embellie qu'elle püt être par le commerce d’amis pleins d'esprit et par le. dilettantisme poétique (2), n'offrait pas une base sérieuse à la vie de saint Paulin. Lamaladie, lalongue infertilité de son mariage, puis la mort prématurée du fils unique qui avait été si

impatiemment attendu; d'autre part, la connaissance person-

nelle d'hommes éminents et chrétiens, notamment, celle de saint Martin de Tours qui l'avait guéri d’un mal d’yeux et

celle de saint Ambroise (3), l'influence de sa pieuse épouse et celle de Delphin, évèque de Bordeaux, tout contribua simultanément à détacher de plus en plus saint Paulin de la vie du monde. Comme Ausone, il n'avait appris d'abord à aimer le

M. P. l'aulini senatoris et consulis romani, deinde Nol. episc., opera recognovit Muratori. Verona, 1736, in-fol. (se base sur les deux premiers nommés) ; Buse, Paulin von Nola und seine Zeit., 2 vol., Regensburg, 1856 ; Ampère, Histoire littéraire de la France avant Charlemagne, 2° éd., Paris, 1867, tome I ; Abbé Lagrange, Histoire de S. Paulin de Nole, 4 vol., Paris, 1880. .

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