‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 153 sur 352 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Nous possédons encore de l’époque de Paulin et de Prudence trois autres poèmes du genre palémico-apologétique ; deux d'entre eux sont purement polémiques, tandis que le troisième n’est qu'apologétique (2). La personnalité de l'inveclive donne

4. Parmi ces destinataires citons les noms connus de Romanianus, Licentius, Pammachius, Ruffin, Alypius.

2. Mentionnons brièvement à cette place un autre poème (en hexamètres) polémico-apologétique de cette période, qu’on avait attribué auparavant sans fondement à Tertullien; il a pour titre : Adversus Marcionem, libri V. Il fut d'abord découvert par G. Fabricius et publié dans son ouvrage Poetar. veter. ecclesiat. opera, 1564: OEhler l'a publié après, dans son éd. de Tertullien (v. plus haut p. 42. Rem. I), tome II. Le contenu en étant purement dogmatique et le poème n'offrant d’ailleurs aucun intérêt au point de vue historique, littéraire ou esthétique, je m'abstiens de m'y arrêter plus longtemps. Remarquons toutefois qu'il n’a pas plus de rapports avec l'écrit de Tertullien contre Marion (v.plus haut p.66, rem. 2) qu'avec l'Hamartigenia de Prudence (v. plus haut p. 328). Il contient toutefois quelques données assez importantes pour le théologien. V. Hueckstaedt, Ueber das pseudoter-

même aux deux premiers un caractère essentiellement mordant. L'un de ces deux poèmes a été complètement publié, il n'y a pas encore longtemps, d’après le Codex parisien de Prudence, fonds latin 8084 (1). C'est un vrai chant de triomphe et de raillerie amère sur la chute rapide de la magnificence païenne, qui, après l'usurpation d’ Eugène, avait reparu à Rome, et surtout sur la chute du principal représentant du paganisme, da préfet Flavien lequel, marchant au secours d'Eugène contre Théodose, fut battu et succomba, en 394, avant la défaite même de l’usurpateur. C’est très probablement dans cette même année que fut écrit le poème. Le parti des sénateurs païens, dont Flavius était le chef, comptant fermement sur la victoire d'Eugène et sur les concessions quil leur avait faites, tout chrétien qu'il était, avait fièrement relevé la tête dans Rome et remis en scène, avec une pompe officielle, les cérémonies et les rites de l’ancienne religion d'État; Flavien, en qui l'auteur voit l’incarnation du paganisme, sacrifia ensuile avec une égale passion au culte secret d'Isis et de la grande Mère. Il cherchait en outre (ce dont le poète lui fait un crime spécial) à faire partager ses idées aux chrétiens, en leur distribuant des présents et des honneurs. C'est à l'occasion de sa chute et de la défaite de son parti, qui était en même temps la défaite de la religion païenne, que notre poète fait entendre un chant de triomphe; sur ce « petit tombeau » de Fiavien, qui avait conçu de si grandes espérances, il demande d'un ton railleur aux sacrati, aux proceres, (l'aristocratie païenne) : A quoi donc a servi toute la piété des païens ? Il se trahit dans ce poème quelque chose du manque de noblesse d'esprit de Firmicus Maternus, mais il ne faut pas oublier que les chrétiens de Rome et d'Italie avaient été

tulianische Gedicht Adversus Marcionem. Leipzig, 1875(Dissert.)L'auteur montre que le poème est plutôt écrit contre les Marcionites que contre Marcion lui-même et il en fixe la composition entre 360 et 370.

1. Mommsen, Carmen codicis Parisini 8084 dans le : Hermes, vol. IV, 1870. — Morel, Recherches sur un poëme lutin du IVe siècle, dans la lev. archéolog., Paris, 1868. — Riese, Anthologin latine (v. plus haut, p. 109, rem. 2). Pars I, Fasc. |, M. 4. — Dobbelstein, De carmine christiano cod. Paris, 8084, Louvain 1879. — Baehrens, Poetae latini minores, Vol. IT, Leipzig, 1881.

violemment provoqués par les menaces des fanatiques réactionnaires (1). Le poème comprend cent vingt-deux hexamètres et il est en partie très défectueux sous le rapport de la langue et du mètre.

L'autre poème polémique accuse un caractère encore plus personnel, vu que le destinataire contre qui il est écrit n’est pas même désigné par l’auteur comme étant le représentant du paganisme. On l'avait précédemment et tout à fait à tort attribué à saint Cyprien ; il comprend quatre-vingt-cinq hexamètres et a pour titre : Ad Senatorem ex christiana religione ad tdolorum servitium conversum (2). Avec une ironie fine et qui ne manque pas d'esprit, l’auteur flagelle ce renégat et il le fait en vers, parce que ce dernier a toujours aimé la poésie. Un fait digne de remarque, c'est que le retour au paganisme de cet homme éminent, qui avaitété consul, consiste aussi dans l’initiation au culte secret de la Grande Mère et d’Isis ; le premier de ces cultes est stigmatisé ici comme étant d’une immoralilé monstrueuse. Ce poème nous montre, dans le sénateur, une de ces natures malheureuses qui, mécontentes du scepticisme d'alors, cherchaient Dieu en vain sous toutes les formes, et pour qui le christianisme lui-même n'était autre chose qu'un mystère nouveau. Voilà pourquoi le poète lui dit (v. 46) : « En adorant tout, tu n'adores rien! » Le christianisme luimême ne l’a pas satisfait, « ce philosophe, » et il a cherché son salut dans les cultes secrets; mais une trop grande quantité de nourriture nuit à la santé, même dans la sagesse. En terminant, le poète lui montre le châtiment terrible qui ne peut manquer d'atteindre le renégat, et il espère que, parvenu à l'âge mûr, il rentrera dans le bon chemin (3).

Le troisième poème, qui a une tendance purement apologétique et qui, par elle seule, est rangé dans le cycle de la poésie chrétienne, offre un caractère tout différent des deux autres dont nous venons de parler. C'est un poème bucolique entrente-

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