Voy. Vita Mart., c
2. «Nonnuli ex episcopis, impie repugnabant, dicentes scilicet, contemptibilem esse personam, indignum esse episcopatu bominem vullu despicabilem, veste sordidum, crine deformem. » Vita Mart., c. 9 et cf. là-dessus c, 27, 3.
païens. Le reste du livre est rempli par l’histoire de ses guérisons prodigieuses, de son commerce avec les anges, et de ses luttes contre le démon qui lui apparaît tantôt sous la forme du . Christ (ainsi qu'on le rapporte également de moines d'Égypte), et tantôt sous la forme de divinités romaines, Mercure, Vénus ou Minerve. En terminant l'auteur parle de ses rapports personnels avec le Saint et il fait de son héros un portrait concis, mais caractéristique.
Même dans cet ouvrage, dont le style est rempli de réminiscences classiques (1), Sévère ne renie nullement sa culture classique, malgré qu'il s'en excuse, avec beaucoup de coquetterie littéraire, dans la-préface qu’il adresse à son frère. La différence entre cet héroïsme chrétien et celui du paganisme, ainsi que entre leurs biographes respectifs, est d'autant plus tranchée que cette culture se montre davantage dans le style de l’auteur chrétien : Sévère le fait remarquer dans l’introduction. Quand, à une époque où les sceptiques n'étaient point rares (2), on voit un homme d'une si haute éducation intellectuelle, homme qui avait, dans sa Chronique, fait preuve de sens historique et promis, à diverses reprises, de ne dire que la vérité, relater sans critique des miracles qui, d'après son propre récit, apparaissent bientôt après comme des faits naturels (3), on ne peut pas ne pas constater à nouveau la puissance que
1. Ainsi qu'il dit des vertus des saints : « Non si ipse, ut aiunt, ab inferis Homerus emergeret, pogset exponere. » C. 26.
2. C'est ainsi que nous le rapporte Postumien, au Dialogue I, c. 26 : on accusait même Sévère d’avoir inventé plus d'un trait, dans le Vie de saint Martin («te in illo libro plura mentitum »). Voici cette remontrance remarquable que fait Postumien : « Non est hominis vox ista, sed diaboli, nec Marino in hac parte detrahitur, sed fides erangelica derogatur. Nam cum Dominus ipse testatus sit istiusmodi opera, quae Martinus implevit, ab omnibus fidelibus esse facienda, qui Martinum non credit ista fecisse, non credit Christum ista dixisse. »
3. Il faut y rapporter une grande partie des guérisons miraculeuses du Saint qui, il est facile de le voir, possédait des connaissances médicales et qui semble notamment avoir été un habile oculiste (voir la guérison de Paulin, c. 19, où saint Martin se sert d'un pinceau), 11 va sans dire que saint Martin rapportait ses guérisons à la grâce de Dieu et ne se mettait à l'œuvre qu'en comptant sur l'assistance divine : c'est ce que faisait aussi un Jung-Stilling ; le mot : « la foi rend fort » s’accomplissait en eux, = Cf, ici, du reste, Dial. I, c. 3.
l’ascétisme avait prise sur l'imagination el sur les esprits. C’est cette force qui créa un nouveau cycle de légendes chrétiennes et qui, chez les nations romanisées, chassa la légende païenne ou se fondit avec elle. — Ce livre de Sévère fut écrit du vivant de saint Martin et avant la Chronique (1), mais 1l ne fut livré au public qu'après sa mort (400). Comme supplément à cet ouvrage, il faut compter trois lettres dont la deuxième et la troisième se rapportent à la mort du Saint. Celle de la fin, qui est adressée à la belle-mère de Sévère, fait un récit complet de cette mort.
Sévère composa dans la suite (2) un supplément plus considérable à la Vie de saint Martin : il est formé de deux dialogues (3) dont le dernier (je le démontrerai plus tard) n'a dû être publié que quelque temps après le premier. On remarque également ici les efforts que fait l’auteur pour attacher à l'aide de la forme. Demême que, dans la Vie de saint Martin, pour éviter l'ennui (fastidium), Sévère n’a pas raconté toutes les guérisons merveilleuses du Saint (4), de même a-t-il, pour un motif semblable, choisi maintenant la forme du dialogue (5). Mais, en admetttant ici ce qu'il a omis là avec préméditation, 1l tombe, malgré le charme de la forme, dans la faute qu'il voulait précisément éviter. Cette critique n’atteint pas néanmoins le livre tout entier ; elle ne concerne pas surtout la première partie du premier dialogue, à laquelle saint Martin reste étranger, ce qui explique la division déjà ancienne de ce dialogue en deux parlies. Dès le début, Sévère raconte qu’il se trouvait
dansla société d’un autre moine, élève de saint Martin, un Celte,
appelé par conséquent Gallus, lorsqu'il fut surpris par la visite
inattendue d'un ami, Postumianus, lequel, après trois ans
1. V. la préface de la Vie : « Et si quid ex his studiis olim (avant lu conversion) fortasse libassem, totum id desuetudine tanti temporis perdidissem. »
2. La première lettre est aussi antérieure aux Dialogues ; elle est en effet citée dans le premier ; ; Ib, c. 9.
3. Dans les imprimés on a divisé en deux le premier dialogue, non seulement contre l'indication des meilleurs missels, mais contre la donnée précise de Gennade; Halm 8 conservé cette division en comptant les chapitres; je dislinguerai done les deux divisions du premier dialogue par Ia ct Ib.
&. V. Vita Mart., c. 19 fin.