POËÈMES SUR LA GENÈSE
Nous possédons deux poèmes de la même époque, c’està-dire du milieu du v° siècle, qui s’occcupent, l’un et l’autre, en vers hexamètres, de l’histoire biblique de l'Ancien Testament, ou plutôt, d’une partie du premier livre de Moïse. Ils se rattachent par conséquent aux œuvres de Juvencus. L'un,
1. L'Épigramme 64 (65), v. 9 sq. indique l'époque du conflit d'Eutichès : Hinc verbum carni insertum carnemque receptans Nec se confundit corpore, nec geminat.
2. Le nombre varie, parce que quelques épigrammes ont été divisées en deux ou même en un plus grand nombre de parties. 3. Nous possédons encore de saint Prosper trois autres épigrammes dont la plus originale : Epitaphium Nestorianae et Pelagianae haereseon, n'est pas sans malice.
intitulé Metrum in Genesim (1) est un tout petit poème de cent quatre-vingt-dix-sept hexamètres ; précédé d'une dédicace de trois distiques, il est adressé au pape Léon. Attribué autrefois à tort à saint Hilaire de Poitiers, et mis, aujourd'hui, sur le compte de saint Hilaire d'Arles, ce poème doit, en tout cas, être l'œuvre d'un Hilaire quelconque. Le sujet principal est la création du monde; le péché orignel et ses suites, qui atteignent la nature elle-même (2), et le déluge, après lequel surgit une race meilleure. Les matières bibliques sont traitées avec la plus grande liberté et l'auteur ne s'attache jamais immédiatement au récit de la Sainte Écriture. Ce poème n'est pas dépourvu d'inspiration el de mouvement ; le poète s'y sert fréquemment de l'apostrophe, surtout lorsqu'il s'adresse à Dieu. Par là nous voyons, en quelque sorte, l'élément lyrique se marier à l'élément épique. — Maints traits du reste laissent facilement reconnaître quelle poète, en composant son poème, avait devant les yeux le premier livre des Métamorphoses d'Ovide, dont la narration répond assez à la sienne.
Le deuxième de ces poèmes, beaucoup plus considérable, offre un tout autre caractère. Ce sont les trois livres : Commentaru in Genesim (3), de CLaunius Marius Vicror. On croit retrouver cet auteur dans « Victorinus, » ou bien, d'après d'autres missels, dans « Victorius », dont parle Gennade, au chapitre 60 de son livre si souvent cité ; Gennade l'appelle Commentateur de la Genèse : à mon avis, cette opinion n’est pas dénuée de fondement (4). D'après cela, notre auteur serait
1. Dans la plupart des éditions des œuvres de saint Hilaire de Poitiers, surtout dans celle de Maffei (v. plus haut, p. 147), et dans celle d'Oberthür, Wurzbourg, 1785, tome IV.
2. V. 174, pensée qui se trouve aussi dans Prudence, v. plus haut p. 295.
3. Dans Opera et fragmenta teterum poetarum latinorum ed. M. Maittarius, Londres, 1713, in-fol., vol. VII. — La lettre (Epistola) se trouve dans les Poetae latini minores de Wernsdorfs, tome III, p. 103 sq.
4. Il est dit, dans le ch. de Gennade : « Victorinus, rhetor Massiliensis, ad filii sui Etherii personam commentatus est in Genesim, i. e., a principio libri usque ad obitum Patriarchae Abrahae tres diversos (d'après deux mss., quattuor versuum ou versu)edidit libros, christiano quidem et pio sensu, sed utpote saeculari litteratura occupatus homo, et nullius magisterio in divinis scripturis exercitatus, levioris ponderis sententiam figuravit. Moritur Theo-
dosio et Valentiniano regnantibus. » Le jugement de Gennade est lui aussi bien concluant.
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un rhéteur de Marseille, mort sous Théodose IL et Valentinien IIT; il aurait dédié son ouvrage à son fils. Il semble ressortir de son poème, qu'il fut laïque et professeur. Quelques additions hardies et profanes trahissent déjà le laïque; on pourrait retrouver le professeur dans cette circonstance que l'ouvrage, ainsi que le dit expressément la préface (1), était d'abord composé pour la jeunesse : avec cela, la dédicace à son fils, dont parle Gennade, cadrerait très bien. Cette préfaco de cent vingt-six hexamètres est une hymne à Dieu : le poète y exalte le Tout-Puissant qui, par sa bonté, a créé le monde dont il n'avait pas lui-même besoin ; un ange (Lucifer) fut l'auteur du mal par suite du libre arbitre, que le poète ne fait pas condamner, parce qu'on en abuse ; Adam lui-même n'est pas davantage condamnable, puisque Jésus-Christ a complètement réparé sa faute: c'est plus, en effet, de vaincre la mort que de ne pas la connaître. Le poète implore ensuite l'assistance divine pour son ouvrage; il demande pardon à Dieu, si la mesure lui a fait commettre des inexactitudes dans la disposition ou l’expression, et s’il n’a pas toujours rencontré le sens de l'Écriture ; puisse sa foi ne pas courir le risque d’être jugée d’après ces défauts. |
Le premier livre, qui comprend cinq cent vingt-trois hexamètres, va jusqu’à l'expulsion d'Adam et Ëve du paradis, et embrasse par. conséquent les trois premiers chapitres de la Genèse; le deuxième se compose de quatre cent soixante hexamètres et va jusqu'au sacrifice de Noé exclusivement ; il comprend les ch. 4-8, v. 19; le troisième enfin, dans sept cent quarante et un hexamètres, va jusqu'à la ruine de Sodome inclusivement, et embrasse ce fragment de la Genèse qui, à partir du ch. 8, v. 20, s'étend jusqu'au ch. 19, v. 29. L'ouvrage s'arrêtait-il là? C'esten vain qu'on y chercherait une conclusion : il serait donc bien possible qu'un quatrième livre, allant jusqu'à la mort d'Abraham, ainsi qu on