‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 186 sur 352 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ALCIMUS ECDIDIUS AVITUS.

Un contemporain immédiat de Dracontius, qui prit aussi diverses parties du premier livre de Moïse pour sujet de ses vers, fut le gaulois Arcimus Ecpinius Avirus (1). Issu d’une famille sénatoriale de l'Auvergne, il occupa, en 490, le siège épiscopal de Vienne, que son père, et peut-être mème son grand-père, avaient déjà occupé avant lui. Il était une des plus fermes colonnes de l'Église catholique, dans l'empire bourguignon : non seulement il la défendit contre les hérésies, avec un zèle tout orthodoxe ; mais il fit, en sa faveur, une propagande couronnée de succès, même en employant des moyens qui jettent surson caractère une lumière douteuse. Il fut un de ceux qui, indirectement du moins, facilitèrent à Clovis la conquête du sud de la Gaule. Il lui adressa, pour célébrer son baptème, une lettre flatteuse, dans laquelle il ne craint pus d'avancer que la divine Providence l'a envoyé pour être, à cette époque, le juge qui doit décider où se trouve la vraie foi chrétienne, et que le catholicisme est redevable, au choix qu'il a fait, de triompher des sectes (2). Saint Avite survécut au roi bourguignon Sigismond, lequel mourut en 523 ; il paraît qu'il était encore en vie en 525 (3).

Parmi les œuvres poétiques de saint Avite, deux seulement

1. Aviti opera cura et studio J. Sirmondi, Paris, 1643. — Parizel, S. Atvite, sa vie et ses écrits, Louvain, 1859. — Cucheval, De S. Aviti operibus commentarius. Paris, 1863. — Guizot, Histoire de la civilisation en France, 18° leçon. — Ampère, op. cit, tom. II, p. 178 sq. — Binding, Geschichte des burgundischen Kænigreiches, Leipzig, 1868, p. 168 sq. — Charaux, Saint Avite, évéque de Vienne, sa vie, ses œuvres (Thèse). Paris, 1876.

2. « Invenit quippe tempori nostro arbitrum quemdam divina provisio. Dum vobis eligitis, omnibus judicatis : vestra fides, nostra victoria est. » Ep. 41,

3. V. Binding, p. 260; il traite en détail la vie, le caractère et la signification politique de saint Avite.

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sont parvenues jusqu'à nous; il est même probable que ce sont les seules qu'il ait éditées (1). La plus reraarquable, comme la première en date, est un poème en hexamètres et en cinq livres, auquel saint Avite, dans une lettre, donne le titre général de De spiritalis historiae gestis (2), tandis que, d'après saint Isidore (3), chaque livre avait le titre suivant : lib. I. De origine mundi; — lib. II. De original peccato; — lib. IIT. De sententia Dei; — lib. IV. De diluvio mundi; — lib. V. De transitu maris rubri. Les trois premiers livres, ainsi que le montrent ces titres, ont entre eux un inlime rapport; ilen est de même des deux derniers, de sorte qu'on pout distinguer deux divisions dans cet ouvrage et que la première offre le caractère d'une œuvre poétique complète. Elle est, en outre, quant à la disposition du moins, l'œuvre poétique la plus considérable entreprise sur la Bible par l'antique poésie chrétienne. Nous nous trouvons ici en face d’une véritable conception poétique et indépendante à laquelle la Bible ne fournit que la matière, laquelle est passée dans une composition marquée au coin de l'unité et très bien disposée. Le paradis perdu en cst effectivement le sujet, le même que traitera, plusieurs siècles plus tard, un plus grand poète en y imprimant quelques traits qui n'avaient pas échappé à saint Avite (4).

1. C'est ce qui résulte de la lecture comparée de la préface des deux ouvrages. On voit par celle du premier que, jusque-là, il n'avait encore rien publié, quoiqu'il eût écrit maiïnts petits poèmes ; ou bien il les avait perdus. ou bien 1l ne les destinait pas au public. La préface du second dit que cet ouvrage vint immédiatement après le premier et ne fut publié que pour un petit cercle de personnes en relation avec le poète. On y lit même, à la fin, que l’auteur abandonne définitivement la versification, qui, depuis longtemps déjà ne se concilie plus avec sa dignité et ne convient plus maintenant à son âge ; 11 faudrait un motif très urgent pour le forcer à composer une épigramme, et une épigramme dans le vrai sens du mot.

2. Ep. 45 : « Scribebatis placuisse vobis libellos, quos .. de spiritalis historiae gestis etiam lege poematis lusi. » Celte épître est antérieure à 507 (cf. Binding, p. 296); le poème n'a donc pas été édité après cette date; il ne l’a pas été non plus longtemps auparavant, vu que l’édition du deuxième poème suivit immédiatement celle du premier, et que la préface de celui-ci (v. remarque précédente) nous indique l'âge de l’auteur. Il avait toutefois été composé longtemps auparavant (v. la préface), et par conséquent dans la dixième décade du v® siècle.

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