‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 185 sur 352 · Dans Glaeser, 699 ; dans Arévalo · texte numérisé non relu

Dans Glaeser, 699 ; dans Arévalo

2. Le poète parle ici en détail des combats des bêtes dans l’amphithéâtre (v. 191 sq.)

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le profane « pour qui la sainte loi de Dieu est cachée » ne doute point de ces actions, spécialement de celle d'Abraham, Dracontius le renvoie aux faits héroïques de l'antiquité classique, aux actions de ceux qui, par d’autres motifs, el principalement par amour de la gloire, se sacrilièrent eux-mêmes ou bien sacrifièrent les leurs (v. 254 sq.); à cette occasion, il signale le suicide comme un crime: C'est ainsi que, dans une peinture qui ne manque pas du sentiment de l'antiquité, le poète fait défiler devant nous Menœceus, fils de Créon, Codrus, Léonidas, les frères Philènes (1}, Brutus l'Ancien, Virginius, Manlius Torquatus, Scévola, Curtius, Régulus, les habitants de Sagonte. Il y a eu même des femmes à qui la passion inspira le courage d'accomplir les actions les plus audacieuses : Judith, Sémiramis, Tomyris, Evadné, Didon, Lucrèce, en sont des exemples. Le poète revient ensuite à la louange d'un Dieu unique, auquel obéit la nature dépourvue d'intelligence, mais dont l’homme, qui sait pourtant ce qui est bien et ce qui est mal, méprise les commandements. « Nous sommes une race scélérate, indigne de pitié ; le plus mauvais, c'est moi, je suis bien pire qu'un pécheur (2) » (v. 565). L'auteur commence ici à s’accuser de chaque péché. Cette exagération ne semble destinée qu'à lui assurer encore davantage le pardon de Dieu. 11 parle de sa position actuelle, el nous voyons que ce poème fut composé pendant qu'il était encore en prison (3); il nous raconte même qu'il se vit abandonné de ses esclaves, de ses clients, comme aussi de ses proches parents. Dieu veuille le prendre en pitié, lui qui se repent de ses fautes, ct lui rendre la faveur de son Scigneur et maitre, et le rétablir dans son ancien état, comme il a fait autrefois aux morts d’après la prophétie d'Ézéchiel (4), miracle que le poète décrit en détail (v. 626 sq.). Puissent le bonheur et l'honneur reparaître pour lui et sa maison, et puisse-t-il un jour être admis dans le para-

. Les Carthaginois ; V. Valer. Maxim. V, c. G. Gens scelerata sumus, nil de pietate merentes, Quorum primus ego, plus quam peccator habendus. « Vincla legant, » v. 597.

. Ezéch., c. 37.

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dis (1). La conclusion de ce livre n’est en partie qu’une reproduction de la conclusion du premier. Mais l’idée de ce livre, idée qui relie le récit au grand ouvrage, est la suivante: la grâce de Dieu exige que nous lui donnions un amour sans réserve, se manifestant dans une foi inébranlable, dans une ferme confiance en lui : ce sont là les arrhes d'un bonheur, terrestre c'est possible, mais immanquablement céleste.

Le poète cherche donc, dans tout son ouvrage, à se consoler de sa position désespérée, et ce n’est que sa personnalité qui donne à l'ouvrage une pleine et entière unité. Le lyrisme mêlé à un récit didactique donnait à ces vers un caractère tout spécial; c’est dans les débuts et les finales des livres, où le poète apostrophe la divinité, que ce lyrisme se manifeste dans toute sa pureté. Mais le gros public de cette époque devait avoir peu d'intelligence et trouver peu d'intérêt pour ce genre d'originalité; on ne saurait nier d'autre part que dans cette poésie on ne perde souvent de vue le fil de la narration qui s'égarc dans des digressions et des épisodes, notamment au livre deuxième; de plus, les doléances, les prières du poète, reproduites parfois presque littéralement, finissent par fatiguer le lecteur. La publication à part de l’histoire de la création du monde et de la chute des premiers parents s'explique par là d'une manière toute naturelle; on y avait joint, il cst vrai, la finale toute subjective, en sorte que cet Hexaméron comprenait le premier livre tout entier, à partir du vers 116. Cette publication avait eu lieu avant l’époque de saint Isidore, qui ne connaît de Dracontius qu’un Hexaëmeron creationis mundh, composé en vers héroïques (2). Sur le désir de Chindaswinth, roi des Visigoths (642-49), Eugène II, évêque de Tolède et littérateur infatigable, comme nous le verrons plus loin, publia, vers l'an 40 du vir: siècle, une nouvelle édition de cet ouvrage qu'il fit suivre de celui qui porte pour titre sats/fac-

1. Ce passage montre bien que l'ouvrage prenait fin à cet endroit ; 1l ne laisse pas supposer que d’autres livres soient perdus. Il nous rappelle ja conclusion de l'Hamartigenia, avec cette différence toutefois que Prudence est plus humble dans sa demande.

2. De vir illustr., ce. 2h : « Dracontius composuit heroicis versibus Hexaëmeron creationis mundi, et luculenter quod composuit scripsit. »

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to; c'est dans la préface de l'éditeur que nous trouvons ces renseignements (1). Cette édition reproduit les deux ouvrages tronqués, car Eugène lui-même soumit l'élégie à une censure non seulement esthétique, mais mème théologique, peut-être même à une correction conforme à la politique (2), et pourtant elle se répandit seule, à ce qu'il parait, bien plus que ne l'avait fait la première, en sorte que c’est surtout par elle que ces œuvres de Dracontius sont passées aux temps modernes (3). Ce n’est qu'après la découverte du manuscrit du Vatican, qu'Arévalo en a restitué le texte dans une édition nouvelle.

4, Dracontii Hexaëmeron ab Eugenio II, episc. Toletano, emendatum ejusdemque elegia, etc., denuo ed. ac notis illustr. J,B. Carpsov. Helmstadt, 1794. ,

2. C'est ce qu'il indique lui-même dans la préface : « Dracontii cujusdam hbellos, multis videns erroribus involutos... subcorrexi : hoc videlicet moderamine custodito, quo superfiua demerem, semiplena supplerem, fracta constabilirem et crebro repelita mutarem, » etc. Par le terme libellos, il entend à coup sûr l'Hexameron et l'élégie; mais la comparaison qu'on peut en faire avec l'édition d'Arévalo montre, suivant la remarque de ce dernier lui-même, que ces promesses d'Eugène ne se rapportent à peu près qu'à l'élégie : le texte de l’Hexaméronne présente que peu de changements et sans importance ; sans compter qu'il ne commence qu'au v. 116 du livre premier, il ne manque que quatre vers du dernier livre. Dans l’élégie, au contraire, Eugène a omis beaucoup de vers, la plupart sans doute lui paraissant superflui ; mais il en omet quelques-uns aussi par prudence, tels sont ceux qui ont trait aux rois des Vandales, et qu’il omet par des considérations politiques, ainsi que le croit Arévalo, vu que la louange des Vandales ariens n'était pas de nature à plaire au roi catholique des Visigoths contre lesquels ils avaient eu à combattre autrefois ; il est enfin également possible qu'il les ait omis faute de les comprendre. Sa conscience d’évêque lui a fait remanier des passages scabreux et ajouter en retour quelques vers, ainsi que l'a très bien montré Arévalo, à la page 92 et sq. de ses Prolégomènes.

3. C'est sûrement le cas pour l’élégie éditée d’abord par Sirmond. Quant à l’Hexaméron, au contraire, on est encore à se demander si la première édition de Morel, base de toutes celles qui la suivirent jusqu'à Sirmond (v. Arévalo, Prolegg., p. 46), repose sur celle d'Eugène, qui serait en ce cas parvenue dans un manuscrit incomplet, ou bien sur un autre manuscrit.

[376-7.] ALCIMUS ECDIDIUS AVITUS 419

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