‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 193 sur 352 · Cum vis verborum, vita virtute coruscans · texte numérisé non relu

Cum vis verborum, vita virtute coruscans

Perderet ingenitum metro mollita vigorem.

Tout le contexte de ce passage montre qu'il ne s'agit pas ici de la prose en général, mais de celle de Sévère en particulier.

4, Voici un exemple de son procédé. Sévère (Vita Martini, c. 2} dit de son héros : « Frugalitatem in eo laudari non est necesse, qua ita usus est, ut jam illo tempore non miles, sed monachus putaretur ; » et un peu plus loin il le vante d’avoir su nourrir les pauvres « alere egentes. » Voici maintenant la traduction de Paulin (I, v. 26 sq.) :

Tum sumendorum districtio quanta ciborum, Ne distenta'citum vitiarent viscera sensum, Nec premeret vigilem membrorum sarcina mentem,

lières exagératiuns, et déployer mème de grands efforts pour faire ressortir le merveilleux de ses exploits. Il s'entend néanmoins à la peinture des détails, et il les traite avec art et sentiment: le récit de la guérison d’une jeune fille muette (V, v. 17 sq.) nous en fournit un exemple. Sulpice Sévère a consacré seize lignes de son second dialogue (c. 2) à ce récit; Paulin l’élargira jusqu’à lui faire occuper quatre-vingt-deux vers. Disons enfin que l’auteur étend encore son cadre par de longues exclamations et par des apostrophes où 1l épanche la sensibilité de son cœur: par exemple, lorsqu'il donne libre cours à sôn admiration en face des vertus du saint évêque, ou lorsqu'il laisse éclater sa colère contre le démon, dont les attaques contre son héros sont sans trève ni répit. La mauvaise conservation du texte ne nous permet pas de ‘porter un jugement certain sur le style : nous pouvons dire, du moins, qu'il est simple, ordinairement aisé à comprendre dans les récits, mais marqué d’une certaine raideur dans les débuts des livres.

Nous possédons en outre deux petits poèmes du même auteur, et tous deux ont un certain rapport à la vie de saint Martin : l'un a pour titre Versus Paulini de visitatione nepotuli sui, et célèbre, en quatre-vingts hexamètres, un miracle accompli, quoique d’une manière tout à fait indirecte, par saint Martin : il s’agit de la guérison d’un petit-fils du poète ; lui et sa fiancée, par l'application de l'écrit de Perpétuus, avaient recouvré la santé. L'autre, de moindre étendue, est une inscription de vingt-cinq hexamètres, composée à la prière de Perpétuus (1) et destinée à la nouvelle basilique que cet évêque avait, de 470 à 473 (2), fait construire en l'honneur du saint.

Ut divisa inopi praeberet copia partem, Quseque unum obrueret, melius refoveret utrumque : Nam sic supplicibus diviserat omnia egenis, Ut sola exesis superessent tegmina membris, Sulpice Sévère ne dit rien naturellement de ces « membra exesa, » et nous avons là un exemple de l’exagération de Paulin. 1. D'après Tillemont, Hist. eeclés., X, 2.

2. Paulin lui envoya les deux poèmes en même temps. L'écrit qui annonce cet envoi nous montre que le poème consacré à saint Martin avait engagé l'évêque à demander à Paulin cette inscription. Or, dans le sixième hvre de

Sidoine Apollinaire avait aussi été chargé de composer une semblable inscription, et, comme Paulin, il accéda au désir de

l'évêque (1).

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