‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 197 sur 352 · DE CHRISTI JESU BENEFICIIS · texte numérisé non relu

DE CHRISTI JESU BENEFICIIS

négyrique en l’honneur du fils de Dieu. L'expression en est élégante pour cetle époque; mais elle est parfois si recherchée, qu'il faut fréquemment s'y reprendre à deux fois pour en deviner le sens. À la suite d’une introduction, qui célèbre les louanges du tout-puissant créateur des choses, unique rejeton de Dieu très grand, le poète demaride à Jésus-Christ de vouloir bien diriger son cœur, de le purifier « de la lèpre des vices » et de lui pardonner ses fautes. Puisse-t-il daigner accepter l’offrande de ce cantique et lui tenir compte seulement de sa bonne volonté, car le don de la poésie lui est étranger (1). Ce n’est qu’ensuite que débute le chant de gloire en l'honneur du Christ (v. 50) : le poète y passe rapidement en revue sa naissance miraculeuse, l’adoration des mages, ses miracles, ses guérisons (2) notamment, et les résurrections qu'il opère. Non content d’avoir doté l’homme du monde et de ses merveilles, il a encore voulu le racheter de la mort au prix de son propre sang. Îl nous fait voir, en terminant, la félicité éternelle que le Christ nous a ainsi reconquise.

On attribue également à cet Elpidius ving-quatre tristiques en hexamètres) qui ont pour sujet des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il est fort douteux toutefois qu’il en soit l'auteur, vu surtout que les expressions de ces tristiques ne ressemblent en rien à celles du Carmen, et n'offrent pas la moindre trace de son élégance relative. Des vingt-quatre tristiques, huit seulement se rapportent à l'Ancien Testament ; ils correspondent à huit autres sur le Nouveau Testament. Cette correspondance est remarquable ; en voici le contenu : 1. Tentation d'Éve; 2. Apparition de l'Ange à Marie ; 3. Expulsion d'Adam et d'Éve du jardin de délices ; 4. Introduction du bon larron dans le paradis ; 5. Arche de Noé; 6. Vision de saint

1. Le poète y laisse entendre qu'il s'est essayé autrefois dans la poésie profane, ce qu'il déplore avec douleur.

2. Pour caractériser son style, nous donnons ici les vers qu'il consacre à la guérison des aveugles :

Tu tenui tactu tenebrosae frontis inanes Jussisti lucere sinus ruptisque latebris.

Conceptos gaudere dies, ac nocte fugata Monstrifici vultus, fecisti lumina caeco. V, 90 sq.

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Pierre (Actes des Ap., c. 11), les animaux servent de terme de comparaison; 7. La tour de Babel; 8. Le don des langues accordé aux apôtres; 9. Joseph est vendu par ses frères ; 10. Le Christ l'est par Judas; 14. Sacrifice d’Isaac ; 12. Crucifiement de Jésus-Christ; 13. La manne et les cailles tombent dans le désert; 14. Jésus-Christ nourfit, avec sept pains, quatre mille hommes (S. Matth., c. 15); 15. Moïse sur le Sinaï; 16. Jésus-Christ sur la montagne des Oliviers. Les huit autres n'ont rapport qu'au Nouveau Testament. Les voici dans l’ordre des éditions : 17. Marthe et Marie; 48. Centurio ad Christum (l'officier de Capharnaüm); 19. Le changement de l’eau en vin, 20. Guérison d'une femme par le Christ (était-ce la bellemère de saint Pierre?...); 21. Guérison de l'hémorrhoïsse: 22. Résurrection du fils de la veuve ; 23. Vocation de Zachée (S. Luc, c. 19); 24. Résurrection de Lazare. Nous voyons encore ici les tristiques 21 et 24 servir de pendant aux tristitiques 20 et 22. D'après le genre de composition, d’après les titres eux-mêmes, comme aussi d’après tout le contenu de quelques-uns d’entre eux, il résulte avec certitude (1) que ces Tristiques n'étaient que des inscriptions jointes à des tableaux qu’elles expliquaient, tout comme nous l'avons vu pour les Tétrastiques de Prudence. Cette circonstance leur donne un intérêt tout particulier. C’est là ce qui nous explique le peu d'importance de certains de ces tristiques, sous le rapport de la matière ;.cette dernière a souvent besoin, pour être comprise, d’une explication qu'on ne trouve que dans les passages

1. Là, comme dans Prudence, nous retrouvons la formule Hüc (ici): « ic conjurati germanum vendere fratres Cogit livor, etc, » cf. 5, 9, 13 ; « Haec mulier tactu vestis furata salutem est, » 21. — L'inscription 15 indique ellemême un tableau; elle est ainsi conçue : « Moses ascendit in montem, » alors que, dans l'Epigramme, il n’est nullement question de montagne; elle débute ainsi :« Veridicae Moses pandit penetralia legis. » Le tristique 48 ne contient que le discours du centurion (St-Luc, c. 7, v. 6 et s8.), de là l'inscription Centurio ad Christum. Le tristique 23 montre que, parfois, le contenu luimême a besoin d'être suppléé par le tableau : « Ad majora dehinc ramis descende relictie. » Nulle part il n'est dit que Zachée est sur un arbre ; le tableau seul l'indiquait. Par rapport à la correspondance des tableaux, cf. Beda. Vita beat. abbat, opp. ed. Giles, t. IV, p. 376. Je reviendrai plus loin sur ce passage.

[399.ÿ FLAVIUS MEROBAUDES 445

correspondants de la Bible : le tableau lui-mème servait à expliquer la légende.

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