DE CORONA, AD SCAPULAM, ETC
ment païen de couronner leur tête. Mis en demeure dé s’expliquer, le soldat avoua ouvertement qu'il étaitchrétien, procédé qui fut désapprouvé par plusieurs et considéré comme une provocation au martyre. Dans cet écrit, Tertullien défend le soldat, célèbre son aveu comme un acte héroïque, et cherche à prouver que cette défense des mœurs chrétiennes est une chose sainte et inviolable. Ce petit ouvrage renferme, à côté de certains passages d’une belle éloquence, quelques passages d'une pure et spirituelle sophistique. — L’autre écrit, composé après la mort de Sévère, est une courte apologie adressée au proconsul de l'Afrique, Scapula, Ad Scapulam, et qui ne compte que cinq chapitres. C'est un avertissement au gouverneur de ne point s’aitirer la colère de Diou en persécutant les chrétiens ; il lui met sous les yeux divers exemples de la justice divine qui a su atteindre ses ennemis. En termes éloquents, il revendique ici encore la tolérance religieuse (1). Ce petit traité, qui se recommande par plusieurs notices historiques importantes, montre une fois de plus que Tertullien ne se faisait point scrupule de se copier lui-mème, car le deuxième chapitre est presque intégralement extrait de l’Apologeticum. — Les deux autres écrits, de moindre intérêt pour nous, sont des œuvres polémiques en faveur du montanisme. Ils se relient, sous certains rapports, au livre De corona en tant qu'ils célèbrent le mérite attaché au martyre. L'un : « Scorpiace » (contrepoison contre la morsure du scorpion, formé de quinze chapitres), est contre les gnostiques qui niaient ce mérite ; l'autre, sur la fuite dans la persécution, De fuga in persecutione, comprend quatorze chapitres et bat en brèche l’opinion, alors répandue dans l’Église, d'après laquelle il était permis de fuir pour échapper à la mort du martyre.
Parmi les écrits de la seconde classe, que nous allons examiner maintenant, celui qui, sans contredit, offre, avec le plus d’attrait, un caractère plus universel, une marche plus philo-
1. « Humani juris et naturalis potestatis est unicuique, quod putaverit, colere, nec alii obest aut prodest alterius religio. Sed nec religionis est cogerce religionem, » etc. C. 2.
sophique, est le livre : De Ja Patience, De patientia, en seize chapitres. Il nous fournit en même temps sur l’auteur des traits saillants d’une valeur toute spéciale. Tertullien dissertant de la patience nous produit l'effet d'un aveugle qui écrirait sur les couleurs! L'auteur, dès le début, reconnait ce contraste avec une aimable franchise : « Au nom du Seigneur Dieu, dit-il, je reconnais que c’est de ma part une audace téméraire, sinon impudente, d'écrire sur la patience, moi qui suis si peu en état de la mettre en pratique. Je reconnais qu'il est nécessaire de savoir accomplir soi-même une chose qu’on entreprend de prouver et de recommander ; je sais qu'il faut prècher par l'autorité de l'exemple, pour n'avoir pas, en parlant, à rougir de ses actions. » Mais cette honte doit précisément lui apprendre à faire lui-mème ce quil conseille aux autres. Pour parvenir à un si grand résultat, il est vrai, la grâce de Dieu est nécessaire. Cependant, c'est déjà une consolation de parler de ce qu'on ne possède pas, à la manière des malades qui parlent des bienfaits de la santé. « Ainsi misérable que je suis, toujours malade de la fièvre do l’impatience, il me faut toujours soupirer après la santé de la patience, la demander à grands cris et, hélas! ne pas l'obtenir. Il me faut considérer, à la vue de ma propre faiblesse, qu'on n'obtient pas facilement la santé de la foi et de la discipline chrétienne, à moins de s'appliquer à pratiquer la patience.» Aussi les païens l’honorent-ils comme la plus grande vertu : divisés sur d’autres points, les philosophes de toutes les écoles sont ici d'accord et empruntent d'elle toute ostentation de sagesse. — Cette introduction se distingue par la fraîcheur, la vie et la chaleur personnelle de la narration. Tertullien sait, en général, attacher par ses Introductions très souvent pleines d'originalité; ici la comparaison du malade, très habilement choisie, a une saveur toute particulière.
Le développement du récit est le suivant. L'exemple de Dieu, en tant que Père et Fils, nous recommande cette vertu qui lui est essentielle. Il faut obéir à Dieu, et nous lui obéissons en pratiquant cette vertu. L’obéissance et la patience se tiennent : pas d'obéissance possible si l’on n’est patient. C'en serait assez pour recommander cette veriu; mais, dans les choses