Ainsi s'exprime Paul, op. c., p. Lv ets
3. Var. I, ép. 45 où l'auteur célèbre avec enthousiasme cette fièvre de traduction qui dévore Boèce.
[466-7.] DE CONSOLATIONE PHILOSOPHIAE 521
où la production de la pensée d’autrui est tout et où l’expression, sèche et prolixe à la fois, n'a pour but que l’enseignement de l’école, l’auteur ne se produit que comme un érudit d’un savoir très étendu; mais, dans la Consolation de la philosophie, nous nous trouvons en face d'un esprit tout particulier, remarquable par sa haute culture esthétique, et chez qui l’étude de la science a produit pour la vie des fruits de sagesse. Cet ouvrage, en cinq livres, revêt également une forme artistique; c’est celle du safyricon alors si en vogue, comme nous l'avons vu; quelques réminiscences de l'ouvrage de Martianus Capella nous prouvent même que c’est ce dernier qui imprima à Boèce l'impulsion vers cette forme. Des poèmes au mètretrès varié, et qui pour l'ordinaire ne sont pas de longue haleine, alternent régulièrement avec la prose; de plus, chaque livre, le dernier excepté, débute et se termine par une pièce de vers. Donnons d’abord une rapide analyse de cet ouvrage célèbre qui a une importance tout à fait immédiate pour plusieurs des littératures du moyen âge.
Dans un beau et saisissant poème élégiaque, il déplore d’abord sa chute; il rend ensuite hommage aux Muses qui l'ont accompagné dans sa prison et qui sont sa consolation unique, tandis que la mort elle-même, sourde à la voix des malheureux, lui refuse son secours. Boëce voit alors apparaître une femme au port élevé, aux traits vénérables ; son regard pénétrant est plein de feu, son teint éclatant de fraîcheur et ses joues brillantes de santé, quoique cependant cette femme soit d'un âge très respectable. Sa taille était de mesure variable; tantôt elle se restreignait à la stature d'un mortel; tantôt sa tête semblait toucher aux cieux, que dis-je, elle pénétrait le ciel lui-même et se dérobait aux regards des humains. Ses vétements étaient d’une étoffe transparente et artistique, que ses mains avaient tissées elles-mêmes. Un II était brodé sur la frange inférieure, tandis qu’un © l'était dans la frange d'en haut; entre ces deux lettres (qui signifient apparemment la philosophie pratique et la philosophie théorique) on voyait comme le dessin des degrés d'une échelle, qui conduisent des éléments inférieurs aux éléments les plus élevés. Noirci par le temps, ce vêtement avait été déchiré par des mains vio-
lentes, qui avaient cherché de leur mieux à s'en approprier quelques lambeaux. Cette femme portait des livres dans la main droite, et un sceptre de la main gauche. Dès qu'elle aperçoit les Muses qui entourent le lit du malade, elle met en fuite ces prostituées, qui, au lieu de guérir les maux, ne font que les entretenir par un doux poison. Elle se lamente, dans un chant, en voyant comment celui qui était autrefois habitué à regarder le ciel et à considérer le cours des astres, est abaissé maintenant, et réduit à tourner ses regards vers la terre où ne réside pas la sagesse ; elle lui essuie alors les paupières, afin qu'il puisse reconnaître celle qui autrefois l'a nourri de son lait. Le brouillard qui couvrait ses yeux s'évanouit : c’est la Philosophie qui est debout devant lui. Boèce lui demande quel est l’objet de sa visite. Elle est venue, ditelle, pour partager avec lui le fardeau qu'il porte à cause d’elle (1). Les anciens philosophes n'ont-ils pas eu, eux aussi, à souffrir ? Elle lui demande de lui découvrir sa douleur. Il lui raconte alors le sortqui l’a frappé ; il expose le motif de sa captivité (pr. 4), et il termine par une complainte dont le sens est que Dieu permet aux méchants de fouler les innocents à leurs pieds. La Philosophie veut guérir son mal; mais, comme il est encore en proie auxafflictions ; comme la douleur, la colère et la désolation égarent encore son esprit, elle emploiera d’abord des moyens doux et calmants; avant tout, il faut connaître l’élat de son esprit ; elle va donc, comme le médecin, lui adresser quelques questions. Elle lui demande d’abord s'il croit que le monde est régi par le hasard ou par quelque raison ? Dans sa réponse, Boèce reconnaît le gouvernement de la Providence divine, mais il dit que ce gouvernement ne s'étend pas jusque sur les hommes. En le pressant de questions, la Philosophie arrive à constater que Boèce ne se connaît pas lui-même ni ne sait la fin des choses. C'est là le motif de sa maladie. Cependant, 1l y a, dans son opinion vraie sur le gouvernement du monde par la Providence, une étincelle de vie et une marque de santé (2).