‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 265 sur 352 · Antea mons migrat quam tua verba cadant · texte numérisé non relu

Antea mons migrat quam tua verba cadant

par une inspiration plus noble; tel est, par exemple, celui du duc Lupus, l’un des hommes d’État les plus remarquables d'Austrasie ct le plus fidèle partisan de Sigebert. Roman luimême, il aimait à attirer à la cour de son maître ceux desescompatriotes que distinguait leur érudition (1); il est bien possible que ce soit à son intermédiaire qu'il faille attribuer la présence de Fortunat à la cour d’Austrasie. Le poète lui conserva longtemps une amitié toute intime. Si, dans son panégyrique (L VIL, c. 7), Fortunat le compare avec les Romains illustres de l'antiquité, il a soin d'ajouter ici, « sous sa direction, Rome nous revient ici (à la cour germaine) (v. 6); » il a été sa consolation et son espérance. Fortunat a également composé des panégyriques à la louange de Germains illustres, à Gogo (1. VIL, c. 1) entre autres, un des premiers confidents de Sigebert qui l'envoya en Espagne chercher son épouse Brunehaut et qui devint ensuite le père nourricier de son fils Childebert. Lui aussi avait été le protecteur le plus généreux de notre poète, qui célèbre son éloquence. Ces deux derniers poèmes ont vu le jour à la cour deSigebert ; c’est par là que le poète s'acquitte d'une dette de reconnaissance; aussi, malgré une certaine pompe de style, ces panégyriques laissent voir une vérité de sentiment qui ne permet pas de croire à une vaine flatterie (2).

Aces panégyriques et,spécialement, à ceux qui viennent en première ligne et qui ont trait à des ecclésiastiques, s'en rattachent encore d’autres, qui forment une espèce toute particulière : ils ont pour héros des martyrs et des saints. Fortunat en a composé quelques-uns de ce genre. L'un est à l'adresse de saint Médard (1. II, c. 20); tous les miracles du saint sont brièvement racontés, l’un après l’autre, tout comme cela avait lieu dans les vies de Saints en prose à cette époque, et dans celles de Fortunat lui-mème. Sigebert venait de terminer la cathédrale de Soissons qui était dédiée à la mémoire de saint Médard, et ce poème, d'une grande sécheresse, semble avoir

4. Comme Andarchius, parexemple, dont Grégoire de Tours, fait mention Hist. Fr... 1, IV, c. 46

2. Par là également se trouve rehaussée leur vaieur historique. Encore moins doit-on rechercher la flatterie dansle panégyrique d'une vicille femme germaine du nom de Berthilde. L VI, c. G.

été composé comme sur commande, à cette occasion, ainsique cela ressort des derniers vers. C'est avec beaucoup plus d’élan que Fortunat célèbre la mort de saint Saturnin, premier

évèque de Toulouse (1. II, c. 14) (1). On peut rangericilelong .

panégyrique en l'honneur de la vierge Marie (trois cent soixante vers, |. VIII, c. 6). L'héroïine y est célébrée sous toutes les figures possibles (2) et toute la hiérarchie céleste, anges et saints, chante ses louanges. Ce poème ne paraît pas avoir été dans le recueil primitif des œuvres de Fortunat; mais je n'ai pas des doutes sérieux sur son authenticité (3). On peut encore ranger dans cette catégorie un poème passablement long à la louange de la virginité (1. VII, c. 6); composé en l'honneur d'une fête d'Agnès, il peint avec des couleurs peut-être trop sensuelles l’amour des religieuses pour le fiancé céleste, ainsi que la récompense réservée dans le ciel à la chasteté.

Parmi les poèmes que j'ai appelés panégyriques indirects, je comprends ceux dont la composition a été déterminée par une production spéciale ou une création du héros, ct dans lesquels le poète a surtout en vue de glorifier ces travaux. De ce genre sont un grand nombre de poèmes qui célèbrent

1. Cf. aussi le poème qni vient immédiatement après : il a pour nous un intérêt particulier, en ce qu’il célèbre un duc allemand, Launebold et son épouse Berthrude, pour avoir, les premiers, bâti une église à l'endroit même où saint Saturnin avait été attaché à un taureau : « Quos nullus veniens Romana gente fabrivit. Hoc vir barbarica prole peregit opus. »

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