Par exemple : Aula dei, ornatus paradisi, gloria regni
Hospitium vitae, pons penetrande polos.
Arca nitens et theca potens gladii bis acuti, Ara dei assurgens, luminis alta pharos.
3. V. la remarque a de Luchi, p. 287. Le style est le même que celui de saint Fortunat. On y retrouve Dieu désigné sous le titre de « figulus ; » saint Fortunat aimait cette figure (v. par ex., I. IX, ce. 2 et 1. X, c. 6) : « Figmentum figuli, super omnia vasa decorum, » c'est ainsi qu’il appelle la Sainte Vierge, v. 217. En faveur de Ja paternité de saint Fortunat, il faut mentionner aussi l'harmonie qui règne entre ce poème et celui qui traite du même sujet et dont nous avons parlé plus haut. Ici, il parle également de la hiérarchie céleste; voici l'ordre : Patriarches, Prophètes, Apôtres, Martyrs, Vierges (v. 11 sq.) Ratramnus lui-même donne ce poème comme l’œuvre de saint Fortunat et il en cite un passage dans son livre intitulé De nalivilate Christi, c. 10.
l'achèvement ou la consécration d'églises, de monuments pour la plupart construits par les mêmes évêques à qui l'auteur a consacré un panégyrique particulier. De ce nombre sont Léontius (1. I, c. 8 sq.) et Félix. Quelques-uns de ces poèmes sont très courts et ont été composés pour servir d’'inscription (2) ; saint Fortunat a composé, en effet, de telles inscriptions pour des églises ; aussi l'on en trouve une (1. I, c. 5) sur la cellule où saint Martin recouvrit un pauvre de sa tunique. Les panégyriques, dans le vrai sens du mot, ont, au point de vue de l’histoire, une valeur multiple, car ils nous font connaître des faits relatifs à la vie des personnages les plus remarquables de la Gaule à cette époque ; les portraits qu'ils nous font et les caractères qu'ils nous dépeignent nous laissent voir, mêmes sous les plus apparentes couleurs de la flatterie, le vrai motif quia porté le poète à les tracer. Les panégyriques improprement dits ont, par contre, un grand intérêt au point de vue de l’archéologie chrétienne : tel est, entre autres, celui qui nous fait la description de l'église bâtie, à Nantes, par saint Félix (1. ILE, c. 7), etsa consécration (ib., c. 6); ou bien celui qui nous énumère les tableaux qui se trouvaient dans l’église que Grégoire fit rebâtir à Tours en l’honneur de saint Martin (L. X, cc. 6) (1). Un autre poème de cette classe est encore digne de remarque (1. LIFE, c. 10); il célèbre l'achèvement d’une entreprise profane et nous montre bien la grande part d'intérêt que les évêques prenaient alors, dans le royaume des Francs, au bonheur public : c’est la rectification du lit d’unerivière, travail qui avait pour résullat de s’enrichir d’un nouveau terrain plein de fertilité. Cette entreprise était grandiose, à en juger d’après le récit de saint Fortunat; elle nous montre bien qu’alors la tradition de l'architecture antico-romaine vivait encore en Gaule : elle était l’œuvre de l'évèque Félix, cet homme dont nous avons si souvent parlé.
1. Parex., L. I, ce. 11, où nous trouvons un poème qui débute ainsi : Qui cupis egregii structorem noscere templi Tam pia non patiar vota latere tibi.
Fundavitque piam hkanc Papa Leontius aulam.
Cf. aussi 1. I, c. 12où il parle de tableaux représentant des animaux et placés dans une église,
Voici un autre genre de puésie qui se rattache aux panégyriques par les liens de la parenté la plus étroite : ce sont les épithalames, sorte de panégyrique pour ainsi dire, tels que nous les avons vus dans Claudien et dans Sidoine. Fortunat a, lui aussi, cultivé ce domaine de la poésie ainsi que le montre son poème sur le mariage de Sigebert et de Brunehaut (1. VI, c. 2). A l'inverse de ses autres poèmes d'occasion, lesquels sont en distiques, celui-ci est écrit en hexamètres comme le sont ceux de ses prédécesseurs que nous venons de citer.
Sur cent dix-neuf vers qu'il renferme, il n’y a que les vingtquatre vers de la préface (1), qui soient élégiaques. Cette dernière nous offre une courte, mais charmante description du printemps : le feuillage commence à éclore, la vigne bourgeonne, l'abeille fait son miel et l'oiseau bâtit son nid; la saison est favorable pour le mariage royal, pour lequel tous les grands du royaume se sont rendus à la cour. Dès le début de l’épithalame lui-même, le poète donne des éloges à Sigebert, pour avoir reconnu la valeur morale de l'union conjugale, laquelle réprime les ardeurs de la jeunesse. Cupidon, dont la mer elle-même ne saurait méconnaître la puissance, a vaincu Sigebert; « il a déjà bu de sa flamme (2), » et, déjà, il embrasse en esprit la fiancée dont l’amour lui fait le tableau. Fier de sa victoire, Cupidon appelle Vénus pour orner de fleurs la couche nuptiale : ils font ensuite à qui mieux mieux l'éloge du jeune couple, lui, de Sigebert, elle, de Brunehaut. C’est ainsi que le poète met l'éloge du couple dans la bouche de ces dieux, tout comme l’a déjà fait Sidoine, dans son épithalame de Ruricius (3). Du côté de Sigebert, il y a la naissance, les exploits militaires, surtout la victoire sur les Thuringiens, la maturité précoce de l'intelligence, et la douceur enfin qui font le sujet de sa louange : du côté de Brunehaut, c’est la beauté; les roses se mêlent aux lis sur son visage; c'est une perle d'un genre nouveau, produite par la terre espagnole, et, devant cette perle, tous les diamants voient pâlir leurs
1. C'est bien comme préface, apparemment, que nous devons considérer le début au ec. I, 1. VI.