Bibit ossibus ignem
feux. Qui aurait pu penser que l'Espagne enverrait une maitresse à la Germanie ! Ce ne peut être là que l’œuvre de la Providence. Fortunat parle ensuite de la race, de la richesse, de la puissance d'Athanagilde ; il termine ce poème par l'hommage de ses propres vœux. Il peut bien, sans doute, y avoir çà et là, dans cet épithalame, une expression ornée ou même exagérée, mais reconnaissons néanmoins qu'il se distingue très avantageusement de plusieurs de son espèce, de ceux de Sidoine, par exemple. Nous n'y trouvons pas cette pompe exagérée de figures mythologiques et étrangères que n'auraient pas comprises les Germains plus ou moins pénétrés de la culture romaine, et que, du reste, Fortunat semble avoir peu goûtées, ainsi que le prouvent ses panégyriques euxmêmes. C'est là, si je ne m'abuse, un signe du temps : l’intérêt esthétique pour l’'Olympe païen s’évanouit devant la puissante influence du germanisme, et devant celle du christianisme qui pénètre de plus en plus profondément le monde roman; et ce résultat se produit malgré les écoles traditionnelles des grammairiens qui ont longtemps fait bonne garde, mais qui s’éclipsent enfin maintenant devant les écoles ecclésiastiques. |
Les épitaphes, qui seules remplissent tout le livre quatrième, font un pendant aux panégyriques. Ce sont des poèmes courts pour la plupart; mais, il y en a aussi de longs; l'un d'eux comprend même cent soixante vers. Ils ont été destinés en pärtie à servir d'inscription pour des tombeaux, ainsi que quelques-uns d’entre eux le donnent directement à entendre (4). D’autres sont faits sur commande, tels que ceux du livre IV (c. 12 et 18), et mème au nom d'autres personnes (2). La plus grande partie de ces poèmes sont dédiés à des évêques et à des abbés ; quelques-uns à de hauts fonctionnaires; deux à
4. Le livre IV, c. 20, débute ainsi : « Quisquis in hoc tumulo cineres vis nosse sepulti, » phrase qui se rencontre également dans d'autres passages.
2. Ceci peut se supposer pour le ch. 18, I. IV, mais est expressément dit au ch. 9 du même livre. On y lit à la fin : « Haec tibi parva nimis cum tu merearis opima — Carmina Theodosius praebet amore tuus. » Seule, une étude superficielle de ces poèmes pouvait faire naitre l’opinion ridicule qui prétend que Fortunat s'appelait Théodose et que c'est de ce nom qu'il a signé ici.
d’autres personnes pieuses, hommes et femmes. Ils ont tous sans doute un intérêt multiple pour l’histoire de la civilisation; mais ils fonten général l'effet d’un travail poétique purement artificiel, où le cœur du poète n'a point de part. Le plus remarquable de tous est aussi le plus long (1. IV, c. 26); il est consacré à une illustre Germaine, à Vilithuta, femme de Dagaulf, laquelle mourut en couches, à l'âge de dix-sept ans, elle et son enfant. Elle était « d'origine barbare, et c'est sa culture qui avait fait d’elle une romaine ; » sa jeunesse, sa beauté, sa culture intellectuelle, sa bienfaisance, le bonheur de son mariage, la triste fin de sa vie, « la mère et l'enfant s'étant donnés mutuellement la mort, » forment autant de points de vue que le poète sait admirablement mettre en relief, Le bien qu’elle faisait aux pauvres, lui a gagné le ciel. Le poète fait ensuite le tableau du bonheur qui lui est réservé dans le paradis. Ah! que le jugement dernier est différent pour les bons et pour les méchants; la clarté du feu ne fait que nourrir les premiers, dit le poète, qui termine par des paroles de consolation pour l'époux. Ce poème a déjà tout à fait le caractère d’une lettre de consolation ; sous ce rapport, il ressemble au poème que Saint Fortunat adressa à Chilpéric et Frédégonde, à l’occasion de la mort de leurs enfants Clodobert et Dagobert(l. IX, c. 2). Ce dernier n'offre, au surplus, qu'une longue et fastidieuse versification, sans autre intérèt historique que celui que lui donnent les personnages auxquels il s'adresse. Pour ces deux enfants aussi, notre poète composa des inscriptions tumulaires (4).
Saint Fortunat écrivit encore des épigrammes qui n'étaient pas destinées à des pierres sépulcrales; quelques-unes sont de simples inscriptions (2), et ni les unes, ni les autres n'offrent une valeur particulière. D'autres, parmi ces épigrammes,
1. L. IX, ce. 4 (où Clodobert, jeune homme de quinze ans, est appelé cpu orbis!) et c. 5. Cf. au reste Grégoire de Tours, Histor. Fr., 1. V, c. 34.
2. Parex., 1. VIF, c. 24 sur une clé d’argent ; au ch. 25, il s'agissait bien apparemment d’une inscription pour une salle à manger. On y trouve également des épigrammes qui ne sont écrites que comme souvenir; par exemple, L. VII, c. 27; toutes, en effet, sont des poèmes d'occasion.