‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 279 sur 352 · REGULA PASTORALIS. HOMÉLIES. LETTRES · texte numérisé non relu

REGULA PASTORALIS. HOMÉLIES. LETTRES

Si, dans ses ouvrages en prose, il nous rappelle saint Ambroise, on pout dire que, par sa poésie, il se rattache immédiatement à lui. Il ne s’en est pas toujours tenu, il est vrai, à la forme ambrosienne; il a composé deux hymnes dans le mètre de Sapho, ce qui a d'autant plus lieu de nous surprendre que cet homme se détournait de la culture antique. Quoique saint Grégoire s'éloigne, dans ces deux hymnes, de la forme de saint Ambroise, il suit partout l'évêque de Milan dans le traitement « précalif » (1), selon l'expression exacte de Mone, et par une tendance morale bien prononcée ; comme celles de son illustre prédécesseur, ses hymnes sont destinées au culte, et c’est l’intérêt pratique qui certainement leur a donné naissance. Mais elles manquent du charme poétique de la symbolique; elles sont plus sobres et moins imagées que celles de saint Ambroise; néanmoins la langue en est plus élégante que celle de la prose de saint Grégoire, ce qui est la suite des efforts qu'il fait pour imiter le style de son modèle. Nous rencontrons dans ses hymnes les mêmes pensées que nous avons vues dans les homélies ; il fallait s’y attendre, et c’est ce que Mone a démontré (2). Pour le vers lui-même, saint Grégoire reste fidèle à la tradition, en observant exactement la quantité (l'emploi qu'il fait du mètre saphique en est déjà une preuve) (3); mais

encore la septième ; parmi celles que lui attribue Mone au contraire, c’est tout au plus si les n°* 72 et 73 de son recueil peuvent étre l'œuvre de saint Grégoire.

1. Ces mots « traitement précatif » signifient que les hymnes de saint Grégoire ont le caractère’ d'une prière, comme celles de saint Ambroise. (Note des Trad.)

2. Mais la conclusion de Mone, prétendant que partout où a lieu cet accord, l'hymne est bien de saint Grégoire, est une conclusion erronée. D’autres pouvaient plus tard emprunter les pensées de ses homélies. C’est pourquoi Mone n'a fourni aucune preuve pour lPauthenticité des hymnes angéliques .n°* 306 et 308 de son recueil), contre laquelle s'élèvent beaucoup de témoignages.

3. Quand ‘l'euffel (2° éd., $ 485, n° 5) dit : « Hiatus et influence de l'accent comme à l'ordinaire » (sic), il est à remarquer qu’il s’appuie, pour justifier ce jugement, sur une strophe non authentique et sur deux passages des hymnes saphiques dont l’un est, pour sûr, et l'autre, probablement, le résultat d'une leçon fausse. Ce n'est qu'avec la plus grande circonspection de critique qu'on doit se prononcer ici, car on a remanié diversement ces hymnes dans un temps postérieur, alors que l'accent seul régnait dans ce

il paraît avoir fait de l’hiatus un usage plus large que saint Ambroise (1). Par contre, la lutte entre l'accent du mot et l'accent des vers est plus fréquente et la rime moins riche que dans Fortunat et Sédulius ; règle générale, 1] n'admet que la rime accouplée.

Quoique les hymnes de saint Grégoire soient absolument métriques, il faut dire cependant qu’on en trouve d’antérieures, pendant ce mème siècle, qui ont un caractère rythmique; on ne saurait toutefois avec certitude déterminer que pour quelques-unes une époque si reculée. Ce petit nombre est néanmoins suffisant pour montrer que ce genre de poésie avait déjà adopté cette forme tout à fait populaire, qui se dessine de plus en plus avec le temps pour arriver à régner seule. C'est ainsi que, parmi les hymnes citées dans la règle (Regula) d'Aurélien, évêque d'Arles, mort en 555, nous trouvons aussi les suivantes : Rex aeterne Domine et Magna et mirabilia. Bède (De arte metrica, c. 24) cite précisément la première comme modèle d hymne rythmique et donne toute la première strophe. La voici : Rex aeterne Domine —Rerum creator omnium — Qui eras ante saecula — Semper cum patre filius. Le rythme de cette hymne, et aussi de la suivante, est formé comme on le voit, d'après le modèle des hymnes ambrosiennes, ainsi que le fait remarquer Bède lui-même, avec cette différence toutefois que l’ictus remplace les longues, tandis que pour la fhésis, cela va

genre de poésie et que l'hymne rythmique avait fait disparaitre l'hymne métrique ; alors on accommoda la forme de ces hymnes au goût du temps. Un seul exemple doit nous suffire. Dans l'hymne « Audi, benigne conditor » on lit au vers 11 : ad laudem tui noménis au lieu de la leçon correcte qu'offrent des manuscrits plus anciens et plus dignes de foi, ad nominis laudem tui (v. Mone, I,p ..98). Cette dernière leçon observe fidèlement la . quantité, et la lutte entre l'accent du mot et l'accent du vers ; cette dernière lutte disparait dans la première leçon, et une brève prend sous l'arsis la place d’une longue, et cela d’une manière telle que ne l’admettait pas la liberté métrique du vif siècle ; par contre la première leçon nous fait gagner une rime avec le vers suivant, qui se termine par + languidis. » C’est ainsi qu'en faisant disparaître la lutte de l’accent et en introduisant la rime, le vers correspond bien mieux à la poésie hymuique accentuée qui régna seule plus tard.

1. Nous ne pouvons. il est vrai, baser ce jugement que sur l'hymne Primo dierum omnium, quoique l’hiatus n’y fasse son apparition çà et là qu'à le suite d'une correction postérieure.

Page 1