CHAPITRE XXX
A côté des chroniqueurs que nous venons d'étudier vient se ranger un des écrivains les plus influents de cette époque; il vécut pendant le dernier tiers du vie siècle et pendant le premier tiers du siècle suivant : j'ai nommé saint Isivore de Séville {2). Fils de Sévérian, provincial estimé de Carthagène,
1. A partir de Reccarède, il n’est plus question que de l'Espagne; mais deux années seules comprennent cet espace de temps ; on pourrait en outre trouver là une preuve de ce fait, à savoir qu'en Espagne le byzantinisme était essentiellement soutenu par le catholicisme.
2. S. Isidori Hispalensis episc. opera omnia denuo correcta et aucta recensente F. Arevalo, qui Isidoriana praemisit, variorum praeff., notas, etc., collegit, veteres edd. et codd, mss. roman. contulit. Rom. 1797-1808.
il fut puissamment aidé dans son éducation et dans sa carrière, par Léandre, son frère aîné; Léandre était cet évèque de Séville qui possédait, nous l'avons vu, l'amitié de saint Grégoire le Grand et qui avait préparé la conversion des Goths au catholicisme. Saint Isidore lui succéda, au commencement du vu: siècle, sur le siège épiscopal le plus illustre de l'Espagne. Mais la renommée que lui valut cette position s’accrut encore plus qu'on ne saurait dire, par son érudition extraordinaire et par son éloquence qui le plaçaient très haut aux yeux de ses contemporains. Il présida deux conseils espagnols, et, pendant sa vie même, il fut regardé comme une grande autorité ecclésiastique. Ce fut bien autre chose après sa mort, qui arriva en 636.
Saint Isidore joignait à beaucoup de lectures, une application étonnante, surtout à cette époque, pour assembler des malériaux; parmi ses nombreux écrits toutefois, il n’y a que ceux qui ont trait à l'histoire, qui rentrent directement dans le cadre de notre étude; les autres, en effet, sont ou purement scientifiques ou théologiques (1). Mais ce sont précisément ces ouvrages qui, pour la majeure parlie, ont exercé une influence immense sur la culture générale et sur la littérature du moyen âge, en sorte que, du moins sous ce rapport, nous ne saurions nous abstenir d'en parler ici. Ils nous révèlent, en saint Isidore, un compilateur sans idées à lui et qui s’évertue à réunir, comme dans un travail de mosaïque, des matériaux énormes (soit textuellement copiés, soit reproduits seulement d’après le sens), pour en faire sortir ses ouvrages scientifiques : Saint Isidore est peut être le plus grand compilateur qu'il y ait jamais eu. Ces ouvrages, qui représentent des extraits de bibliothèques tout entières, dans un temps où il y en avait si peu, furent d'autant plus décisifs pour la culture générale, qu'ils se distinguaient davantage par un agencement simple et clair, quoique tout extérieur, il
7 tomes in-4 (2 vol. Prolegg.); —Isidori. De natura rerum recens. G. Becker. Berlin, 1857 (Prolegg.)
1. Parmi les hymnes ou poèmes qu'on lui attribue, pas un ne lui appartient avec certitude et le catalogue de Braulio (v. plus loin) n’en fait pas non plus mention.