‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 313 sur 352 · GESTA REGNUM FRANCORUM · texte numérisé non relu

GESTA REGNUM FRANCORUM

comme l'ouvrage d’un philosophe de l’Istrie, qui s’y donne à lui-même le nom d'Éthicus, expression qui ne semble signifier ici que philosophe. Cette cosmographie ne s'offre point à nous comme une œuvre originale ; mais seulement comme la traduction d’un ouvrage que saint Jérôme aurait composé. Or, cette dernière affirmation n’est qu'un mensonge naïf, ainsi que le montre, dès le début, une citation du poème d'Alcimus Avitus, Liv. IT (v. p.421); c'en est assez pour nous faire juger du caractère de l'ouvrage. C’est un pendant chrétien à ces duperies païennes, telles que les histoires fabuleuses de la guerre de Troie, de Dictys et de Darès ; ce n'étaient aussi, disaient ces derniers (4), que des traductions du grec, et la dernière des deux nomme l'auteur latin bien connu, Cornélius Népos, comme son traducteur. De même que Dictys et Darès veulent rapporter des faits qu’ils ont vus de leurs yeux, de même Éthicus prétend avoir parcouru les pays fabuleux qu'il décrit. C'est ici, dans le domaine de la géographie, le même charlatanisme que là, dans le domaine de l’histoire. Le contenu de ce livre est une compilation désordonnée de plusieurs ouvrages ; la deuxième partie surtout est prise des Étymologies de saint Isidore; mais l’auteur, qui n’a pas les moindres notions de la situation des pays, agrémente partout les emprunts qu'il fait d'articles souvent insensés ; ajoutez à cela des compositions, sorties de son imagination, relatives aux pays et aux peuples et mêlées ensuite, dans un tableau emprunté en partie aux mœurs el coutumes d’autres nations connues. Dans ces passages, ce livre ressemble au Voyage à la lune, de Lucien, et encore plus aux Voyages de Gulliver, de Swift, avec la satire et lesel en moins, bien entendu. Le fond est donc un mélange de mensonge et de vérité, d'éléments propres et d'éléments étrangers ; de mème, la forme offre une sorte de bigarrure ; au milieu de ce langage qui jure avec la grammaire, tout comme celui de Frédégaire, on trouve des mots rares, anciens, voire même grecs, empruntés à des Gloses, ou bien.

saint Jérôme etc. Paris, 1852, in-4; Recentionen von KÆ.L. Roth in den Heideilberger Iahrbuchern. Jahrg. 47 und 48.

1. C'était vrai pour la première, v. Koerting, Dictys und Dares, Halle,

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encore des néologismes hybrides destinés à passer un vernis d’érudition sur ce style d'ignorantin. Je renonce à donner l’analyse de-ce livre, car, en dépit de sa diffusion, il resta sans influence. Je me contenterai de faire remarquer l'importance qu'il prète déjà aux Turcs, lesquels jouent ici le premier rôle parmi les peuples de Gog et Magog, et sont appelés à exercer les plus grands ravages à l'époque de l’Antechrist. Les légendes et les allusions qui s'y rapportent sont intéressantes pour l'histoire de la littérature du moyen âge, par exemple, celle d'Alexandre Île Grand, qui semble avoir été le héros favori de l’auteur, et celle de la descendance des Francs des Troyens (1).

__ L'autre cosmographie, écrite en vers (2), est remarquable surtout au point de vue de la forme. Ce n'est, en général, que la versification d’un extrait du livre XIV (c.3 sq.) des Étymologies de saint Isidore et de quelques passages du livre IX, avec les termes même de l’évêque de Séville, autant que faire se peut. Outre quelques petites additions, l’auteur ne fait qu'une exception en faveur de la partie qui regarde la Gaule: là, il paraît être original et il appuie davantage sur les faits : c'est avec orgueil qu'il y parle ‘des terres (vi//ae) royales, des princes beaux et guerriers, de ces hommes « de la Gaule Belgique, » terribles dans le combat; enfin de la « gloire incommensurable » des Burgondes. On serait tenté de le prendre lui-même pour un de ces derniers; il est certain, en tout cas, qu'il appartenait à l'empire des Francs. Quant à la forme de l'opuscule, il est écrit dans ce tétramètre catalectique trochaique rythmique dont nous avons parlé plus haut (p. 592) comme d’un mètre des hymnes. L’'ictus y règne seul; l'élision ne s'y trouve que par exception, c’est-à-dire là où elle avait certaine-

1, Roth pense que le passage (ce. 26 init.) : « Dein insulas Brittanicas et Tylen navigavit, quas ille Brutanicas appellavit », se rapporte à la légende de Brutus; c’est ce que nous ne voulons pas décider.

2. Fertz, Ueber eine fraenkische Kosmograjhie des siebenten Jahrhunderts, in Philol., und histor. Abhandlungen der Akademie der Wiss. zu Berlin, aus dem J. 1845, Berlin, 18#7, in-4. Dans les manuscrits publiés par celte étude, l'opuscule a pour titre: Versus de Asia et de unitersimundi rota.

ment lieu alors dans la langue de la conversation et dans los cercles où elle était encore parlée (par exemple : conjuncte’st); mais toutefois l'ictus entre cà et là en lutte avec l’accent du mot (1). Partout trois vers se réunissent pour former une strophe, comme dans les hymnes de Prudence et de Fortunat, qui ont le même mètre; c’est apparemment sur elles qu'il a pris modèle. La rime est assez fréquente, soit qu’elle rapproche les trois vers de la strophe, soit qu’elle n’en réunisse que deux (2). La langue présente les mêmes défauts que chez Frédégaire et chez Éthicus, surtout dans la syntaxe des prépositions (3). Le poème comprend cent vingt-neuf vers (4).

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