‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 317 sur 352 · SAINT COLUMBAN · texte numérisé non relu

SAINT COLUMBAN

tenant les représentants de la littérature universelle; ils prennent en main la direction. Mais leurs voisins celtiques, les Irlandais, sont leurs précurseurs dans leurs produits littéraires el, en partie mème, leurs maîtres.

Saint CocLumBax (1) nous en fournit lui-même un exemple frappant. Malgré son ascétisme austère, il conserva, jusque dans la vieillesse, l’amour dela culture esthétique des anciens, que lui avait inspirée l'étude de la grammaire pendant sa jeunesse. C’est ce qui se voit dans deux poèmes dont il est assurément l’auteur. L'un est un acrostiche, adressé à un certain Hunald; saint Columban s’y fait connaître comme l'auteur, par les lettres initiales. En considération de la caducité de la vie présente, il exhorte son ami à ne songer qu’à l'éternité et à renoncer à tout ce qui est inutile et superflu sur la terre. Tel est aussi le contenu de la longue lettre à Séthum, Epistola ad Sethum. Ici, également, l’ascète exhorte « au mépris des joies de la vie qui ne fait que passer, » au mépris de la richesse surtout : ce qui doit en tenir lieu, ce sont « les dogmes de la loi divine, c'est la-vie chaste des saints Pères ct tout ce qu'ont écrit auparavant les maîtres de la vie spirituelle, ou ce qu'ont chanté, dans leurs poèmes, des poètes savants et pleins d'éloquence (v. 11 sq.). » Saint Columban assigne donc une place, parmi les trésors impérissables, à la littérature et à la poésie, lors même qu'il ne parle ici que de la poésie chrétienne. Il faut penser à la vieillesse, continue-t-il ensuite ; et il fait un portrait si saisissant des infirmités de cet âge, qu'on sent bien qu'il parle d'expérience. Comme l’acrostiche, cette épiître est en hexamètres. Mais en voici une autre, Epistola ad Fedolium, qui est remarquable parle rythme ; si l'on en excepte la fin, où se trouvent six vers hexamètres, elle est en effet écrite en vers adoniques, peut-être à l’imitation du poème VII, 1. E, dans la Consolation de Boèce. Ces vers qui ne semblent qu'un pur jeu de forme (2), sont adressés à un ami de saint Columban et nous fournissent un trait caractéristique pour

4, In : Maxima Bibliotheca veterum patrum et antiquor. scriptor. ecclesiasticor. Ed. Lugduni, t. XII, 4677, in-fol., p. 33 et sq. 2. Saint Columban l'appelle elle-même frivola nostra.

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