D'après le psaume LXV, v. 12, semble-t-il
blanc (1) : c’est le séjour des âmes pieuses, lesquelles n'arriveront au ciel qu'après le jour du jugement dernier, car elles ne sont pas assez parfaites pour pouvoir y entrer de suite (2); le pieux habitant de Northumbrie lui-même ne peut voir de ceciel, dont il est éloigné, qu'une lumière éclatante, et il ne peut entendre que le chant harmonieux des esprits qui l'habitent. Revenu à la vie, le Northumbrien entra dans un monastère, où il fit à un moine confidence de sa vision. Au chapitre 13, Bède nous raconte une autre vision; c’est celle d’un soldat, un favori du roi, qui avait différé de faire pénitence. Voilà que d’abord deux anges lui apparaissent à son lit de mort; or, tandis qu'ils portent un livre minuscule où est écrit le petit nombre de ses bonnes œuvres, vient ensuite toute une armée de démons avec un immense in-folio, qui contient la liste énorme de toutes ses mauvaises actions.
Comme on s'y attend bien, l'ouvrage de Bède a le caractère de la chronique ; ce n’est point une histoire pragmatique ; c’est plutôt, comme celui de saint Grégoire de Tours, un recueil d'histoires particulières, généralement rangées d'après l’ordre chronologique et, détail remarquable, d'après l’ère chrétienne : on y trouve, classés à leur place, les documents les plus importants. Ce procédé est d'autant plus excusable que l'unité politique et même ecclésiastique faisait défaut dans le royaumc des Angles. Bède possédait néanmoins plusieurs des qualités que doit avoir l'historien, et il connaissait parfaitement les ‘ devoirs de l’histoire. Il a recueilli ses matériaux avec une ardeur extrême, transcrit à la lettre les documents les plus importants et fait connaître ses autorités et ses sources, d’une
1. Ce récit rappelle entièrement une des visions consignées dans les Dialogues de saint Grégoire, v. plus haut, p. 584.
2. Ces idées sur un séjour temporaire des âmes dans un lieu autre que le purgatoire offrent de l'intérêt au point de vue de la théologie ; l'ange donne sur le purgatoire l'explication suivante : « Est locus, in quo examinandae et castigandae sunt animae illorum, qui differentes confiteri et emendare scelera, quae fecerunt, in ipso tamen mortis articulo ad poenitentiam confugiunt. et sic de corpore exeunt; qui tamen quia confessionem et poenitentiam vel in morte habuerunt, omnes in die judicii ad regnum coelorum perveniunt. »
manière tant générale que particulière (1). C'est ce qu'il fait, dans la préface adressée au roi Céowulf de Northumbrie, afin d'enlever, dit-il, au lecteur, toute possibilité de douter. Il fut soutenu, dans les différentes parties de son pays, par les ecclésiastiquesles plus célèbres, qui applaudirent à son entreprise : l’un d'eux même lui apporta de Rome des copies de plusieurs documents des archives du pape. Dans toute son œuvre, on peut voir les efforts qu’il fait pour atteindre la vérité et pour rendre fidèlement la tradition, ce qu'il appelle, dans la préface (2), « la loi véritable de l'histoire. » Bède se montre également partout dans cet ouvrage, comme un homme arrivé au plus haut point de la culture de son siècle; personne n'aurait pu lui disputer alors la palme du savoir; il est de taille à connaître el à savoir apprécier ce qui a une véritable importance, quoiqu'il ne soit pas moins épris de la foi aux histoires merveilleuses de son siècle que ne l'était l'historien des Francs, bien moins savant et bien moins cultivé que lui. Quoique, dans son opinion, toujours d’après la préface, l’histoire doive surtout avoir une valeur morale et encourager les hommes à imiter les bonnes actions et à éviter les mauvaises, on voit cependant que son récit lui-même a une tendance moins morale que celui de saint Grégoire de Tours. Il porte, en général, le cachet d'une rare liberté d'esprit et d'une grande objectivité; ces qualités ne se démentent même pas, au point de vue ecclésiastique, dans la question relative à l'Église d'Écosse. Ajoutez à cela le ton modéré et calme de la narration, l'expression claire, naturelle et très pure pour cette époque; et vous reconnaîtrez dans ce livre le meilleur témoignage de la culture intellectuelle que l’auteur a su acquérir par l'étude dos anciens et par celle des meilleurs écrivains ecclésiastiques (3).
1. V. là-dessus Stevenson, Zntroduction, tome I, p. XXIV sq., et cf, Schmid, Gesetse der Angelsachsen, 1° éd., I., p. xuix sq.
2. On y lit à la fin: « Lectoremque suppliciter obsecro ut si qna io his quae scripsimus aliter quam se veritas habet, posita repererit, non hoc nobis imputet, qui, quae vera lex historiae est, simpliciter ea quae fama vulgante collegimus, ad instructionem posteritatis literis mandare studuimus. »
3. Faisons remarquer que, dans plusieurs mss. et éditions, on a ajouté a l'histoire un « epitome » qui récapitule chronologiquement ies dates les