VITA BEAT. ABBATUM WIR&MUTHENSIUM
Nous avons un supplément au grand ouvrage historique de Bède ; souvent fort intéressant, il a même de l’importance au point de vue de l’histoire de la civilisation ; c'est un petit livre, composé, en partie, d'après un sermon que Bède faiten l'honneur de saint Céolfrid (1). Ce livre est intitulé : Vita beatorum abbatum Wiremuthensium et Girvensium, Benedicti, Ceolfrid, Easterwini, Sigfridi atque Huetberti. Tels sont les noms des abbés de sa communauté, qui ont été la plupart ses précepteurs et ses maîtres. La plus intéressante de toutes est la vie de , saint Benoît, à laquelle est consacrée la plus grande partie du
‘livre. Benoît, qui s'appelait originairement Biscop et qui descendait d’une noble famille des Angles, était « ministre » du roi Oswy ; à l’âge de vingt-cinq ans environ, il se consacra à la vie ecclésiastique et devint moine de Lérins. Sur l’ordre du pape, il accompagna l’archevèque Théodore, de Rome en Angleterre, et il fonda plus tard les deux monastères sur la Wire. L'activité infatigable de cet homme est vraiment admirable : il fait cinq fois le voyage de Rome tout seul et va même en Gaule chercher des ouvriers pour bâtir des églises. Benoît s’est acquis les plus grands mérites dans l’œuvre de la civilisation de l'Angleterre, et c'est lui qui a rendu possibles les travaux de Bède. A chacun de ses voyages de Rome, en effet, 1l rapportait, nous dit Bède, quantité du livres (2), ainsi que des tableaux pour décorer les églises des couvents; c'est même dans ce but qu'il entreprenait de tels voyages. Tantôt (3) ces tableaux étaient destinés à l’église de Saint-Picrre, dans le monastère de Weremouth, tantôt à l’église de Saint-Paul, dans le monastère de Jarrow, ainsi qu’à ce monastère lui-même.
plus importantes: nous ne saurions cependant décider si c'est là, oui ou non, l’œuvre de Bède lui-même.
1. Ce sermon était prèché par un moine de sen couvent; on le trouve dans Stevenson. c., IT, p. 318 sq. Cf. au reste par rapport à ces vies la page 480.
2. « Innumerabilem librorum omnis generis copiam apportavit. » Opp. ed., L. IV, p. 366; cf. p. 364; ces livres étaient achetés en parlie, et en partie donnés en cadeau; il en acheta aussi dans son voyage en Gaule, notamment à Vienne,
3. Opp..l. c., p. 368, tableaux de la sainte Vierge, des douze apôtres, des visions de l’Apocalypse; il y parle même de la manière de les suspendre.
Dans ce cas, ainsi que l'apprend Bède lui-même, on apportait la plus grande attention à la concordance (concordia) entre l'Ancien et le Nouveau Testament (1). Benoît rapporta en outre de précieuses étoffes de soie «d'un travail incomparable », qu'il échangea avec le roi et ses conseillers pour des parcelles de champs. Il fit venir de la Gaule des verriers pour faire les vitraux des églises, vu que la Bretagne ne connaissait pas encore d'arlisans en ce genre. C'est lui également qui amena en Angleterre le directeur de chant de la chapelle papale, qui, d’abord maître dans son monastère, fut en particulier le maitre de Bède ; de tous les monastères de l’Angleterre, les moines accouraient pour apprendre le chant sous la direction d’un tel professeur. C’est ainsi que Benoît a fait progresser en Angleterre toutes les branches de la civilisation ; Céolfrid ne fit qu'imiter son exemple. Le portrait de ces hommes de mérite est d'autant plus vrai dans l’opuscule de leur élève que l'auteur ne raconte pas d'actions touchant au merveilleux.
Signalons un autre supplément à l’histoire ecclésiastique de Bède, supplément mème auquel il renvoie dans cette dernière, vu qu'il l'avait composé antérieurement; c'est le livre qui a pour titre, De vita et miraculis S. Cuthberti, episcopt Lindisfarnensis. Cet écrit en prose, qu'il entreprit à la prière d'Eadfrid, successeur de Cuthbert et à celle des moines du monastère de Lindisfarn, avait été, depuis quelque temps, précédé d’un poème sur les miracles du saint, De mtraculis S. Cuthberti; çà et là même, il en met à profit certaines expressions dans son écrit en prose. Ce dernier n'est cependant pas une simple version de son poème; c’est un travail vraimentindépendant, ainsi quele montre la préface elle-même. Bède s’est donné toutes les peines possibles, ilnous l’assure, pouratteindre, même dans ce livre, à la fidélité d’un récit véridique ; il le communiqua, après l’avoir écrit, à quelques moines qui, pendant longtemps, avaient approché de près Cuthbert ; il le corrigea
1. Par exemple. « Isaac ligna, quibus immolaretur, porlantem, et Dominum, crucem, in qua pateretur, aeque portantem, proxima super inviceun regione, picture conjunxit. Item serpenti in eremo a Moyse exaltato fillum hominis in cruce exaltatum comparavit. » L. c., p. 376.