‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 328 sur 352 · DE VITA ET MIRACULIS S. CUTHBERTI · texte numérisé non relu

DE VITA ET MIRACULIS S. CUTHBERTI

d'après leurs indications et il le soumit encore à la crilique d’une assemblée de vieillards et de maîtres du monastère de Lindisfarn, qui n’y trouvèrent rien à changer. L’écrit en prose se distingue de l'écrit en vers, au point de vue dü fond, en ce que le dernier ne rapporte que les miracles (1), tandis que le premier comprend de plus la biographie complète du saint; cette différence est du reste parfaitement indiquée dans le titre des deux ouvrages. Dans la préface du poème, Bède avait déjà promis ce supplément. Il suffit donc, au point de vue du fond, d'étudier la prose seule; nous examinerons plus tard la forme de la poésie. La principale source où Bède ait puisé sa matière était une vie du saint, conservée encore, et écrite par un moine de Lindisfarn.

Malgré toutes les précautions de l’auteur pour atteindre à la vérité historique ; malgré la citation de ses autorités, il faut dire que la Vie de Cuthbert se distingue de la Vie des abbés, comme un roman historique se distingue de l’histoire. Les miracles du saint qui, ici comme dans le poème de Bède, jouent le rôle principal, forment, pour ainsi parler, l’élément romantique du travail; non seulement les faits naturels sont convertis en miracles, mais toutes les extases du saint, qui comme saint Martin, se croyait tenté par le démon et par les anges, sont acceptées comme de pures vérités, sans parler des guérisons qu'il opérait par sympathie (2). Mais, d'autre part, ce livre renferme aussi des faits historiques réels, qui lui donnent une grande valeur : nous y apprenons, par exemple, les efforts que fit Cuthbert, en qualité de supérieur du monastère de Melrose, pour empècher le peuple, pendant une épidémie, de retomber dans la superstition païenne; il parcourut le pays, durant des mois entiers et tout seul (c. 9 sq.), en préchant la parole de Dieu. Ce livre nous raconte encore que Cuthbert, envoyé à Lindisfarn, introduisit une règle plus sévère dans ce monastère si célèbre dans la suite, ou bien encore il nous

4. C'est à peine s'il y fait allusion à l'admission de Cuthbert dans le monastère. .

2. Cuthbert causait volontiers des miracles qu’il opérait, tout comme saint Martin, dans sa vieillesse, et souvent mème il en exagérait la réalité (v. c. 7) en ne disant les choses qu'à demi.

fait un portrait détaillé de la vie érémitique qu il mène, comme un autre Robinson, dans la petite île escarpée de Farne ; 1l nous apprend qu'il ne la quitta que pour ètre appelé dans les conseils politiques les plus décisifs (c. 24) et pour occuper un siège épiscopal (685) : toutefois, après deux ans d'épiscopat, 1l rentra dans sa cellule d’ermite.

De mème que Bède a rattaché cette vie de saint, en prose, à un de ses poèmes, de mème il a écrit, antérieurement, à ce qu'il paraît (1), une courte vie de saint Félix, en prose aussi, en se basant sur le poème de saint Paulin, Nataktia (principalement c. IV, Vet VI) (2); il dit, dans la préface, que sil a mis la main à ce travail, c'est parce que les hexamètres étaient plus accessibles à des lecteurs « métriques » qu'à de simples lecteurs (3). C’est dans l'intérêt de ces derniers, qui forment leur grande majorité, qu'il a exécuté ce travail ; ils imitent, ditil, à cet égard, celui qui a traduit en prose l'hymne de Prudence en l'honneur de Cassien (#4).

Bède a composé encore un ouvrage historique très important pour l’histoire de la littérature; l'influence de cet ouvrage a même été plus considérable encore au moyen âge que ne le fut celle de son histoire ecclésiastique. Basé sur des études strictement scientifiques, il nous prouve que l'érudition de Bède, dans le domaine de la science, était vraiment étonnante pour cette époque. Cet oùvrage, c'est sa Chronique universelle qu'il composa en 725 et 726 (5), et qu'il ratlacha comme partie intégrante (6), à son grand ouvrage chronologique, De

1. Dans la liste de ses ouvrages, il est cité aussi avant la Vie de Cuthbert.

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