Gehle en donne des extraits, p. 93 sq
2. V. sur la vraie orthographe du nom, Will, dans les Histor. polit. Elaettern, vol. LXXVIIIet dans le Jahrbuch der Goerres-Gesellschaft, I.
3. Eine Reliquie des Apostels der Deutschen (poème en partie inédit de saint Boniface). Von Bock. In : Freiburger Dioecesanarchir., vol. LE, Fribourg, 1868 (on y trouve pour la première fois au complet les Aenigmata) ; Lautmann, Ein acrostichisches Gedicht von Windfried-Bonifatius in Sifzungsberichten der Muenchener Acad., 1878; Bonifatis carmina in Poetae latini aevi Carol., ed. Duemmler, t. I, p. 1 sq. ; S. Bonifacii sermones in Martène et Durand, Veterum scriptor. et monument. historic., etc., amplissima collectio, t. IX, Paris, 1733, in-fol. ; Monumenta Moguntina, ed. Jaffé, Berlin, 1866 (contient les lettres de saint Boniface) ; Opera, ed. Giles, London, 1844, 2 vol. ; Rettberg, Xirchengeschichte Deutschlands, 1, p. 309 sq.; Will, Regesten zur Geschichte der Mainzen Erzbischocfe, t. 1, 1877, p. n sq.; Ozanam, op. c., p. 163 sq.
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reliques, il pénétra, en 749, pour la première fois, dans l’Allemagne du centre où il se borna d’abord à sonder le terrain. Il retourna encore une fois chez les Frisons, et il y séjourna deux ans. Alors seulement commence pour lui, dans l’Allemagne, cette aclivité qui fit époque et qui, jusque vers la fin de sa vie, ne fut interrompue que par deux voyages à Rome dans l'intérêt de sa mission. Il n'entre pas dans notre plan, surtout en cet endroit, d'épuiser les délails relatifs à cette remarquable activité du missionnaire. Disons seulement qu’après avoir été sacré évèque à Rome, en 723, Boniface devint archevêque de Mayence, en 745. À un âge très avancé, il reprit sa vie de missionnaire, dans le pays même où il avait débuté, dans la Frise, et c’est là qu'il conquit la palme du martyre. Il fut tué à coups de bâton, en 755, sur les rives de la Borne, près de Dockum.
Nous aurons à étudier, dans le second volume de notre Histoire, la valeur de saint Boniface pour la culture littéraire de l’Allemagne aux siècles suivants; 1l avait acquis cette valeur soit en fondant le monastère de Fulda, en 742, soit en appelant à lui ses compatriotes, et atlirant ainsi en Allemagne des ecclésiastiques savants, des hommes et des femmes lettrés, qu'il mit à la tête de monastères, c’est-à-dire, à la tête de nouvelles maisons d'éducation. Saint Boniface donna luimème le premier l'exemple et enseigna les sciences profanes : c'est ainsi qu’il composa des livres classiques, comme celui que nous possédons encore sous le titre : De octo partibus oratonis, ainsi qu'une prosodie dont il nous reste aussi un fragment : ce ne sont là, à vrai dire, que des compilations d’ouvrages anciens bien connus (1). Sa correspondance elle-même témoigne de l'intérêt qu’il prenait à la métrique et à la poésie, non seulement par le fait de le voir ajouter des vers à ses lettres et jusqu'à une épître qu'il adresse au pape (2), mais
1. V. le premier de ces livres dans A. Muï, Classic. auct., tome VII, et le fragment dans le Rhein museum. AN. K., vol. XXIIT, p. 403 sq. V., pour leurs sources, Bursian, Sitzungsbericht. der Muenchener Acad., 1873, p. 457 sq.
2. Les derniers sont six hexamètres, avec lesquels il termine la lettre 42 (dans Jaffé), adressée au pape Zacharie. Par contre, il termine une lettre,
de voir des religieuses et des moines lui en adresser à luimême et le prier de les corriger. C'est ainsi que, semblable à saint Columban, il sut faire vivre en lui-même et faire passer chez les autres le sentiment de la culture esthétique ; il travailla à obtenir ce résultat, dans la limite de ses forces, quelque circonscrites- qu’elles fussent, et malgré les plus actifs et les plus pénibles travaux de sa mission au milieu d'un peuple dépourvu encore de toute culture.
Considéré aussi à ce point de vue historique, un poème de saint Boniface nous semble mériter notre attention. Ce sont vingt énigmes, Aenigmata, en hexamètres; ces énigmes sont, en même temps, des acrostiches, car les lettres initiales des vers contiennent la solution de l'énigme. Elles forment cependant un tout complet; elles nous représentent, en effet, dix vertus principales et dix vices capitaux, le tout précédé d’une dédicace commune (en vingt hexamètres) adressée à une « sœur; » dans cette dédicace, le saint compare les vertus aux pommes d'or de l'arbre de vie, qui est la croix de Jésus-Christ, et les vices aux pommes amères de l'arbre empesté qui donne la mort et dont Adam mangca autrefois. Les vertus sont rangées dans l'ordre suivant : caritas, fides catholica, spes, justitia, verilas, misericordia, patientia, paz vere christiana, humilitas, vtrginitas; les vices, au contraire, sont : cupiditas, superbta, crapula qulae, ebrietas, luxoria, invidia, ignorantia, vana gloria, neglegentia, iracundia. Le classement a quelque chose de particulier à plusieurs points de vue : c'est ainsi que, comme Bock l’a déjà fait remarquer, l'ignorance, par laquelle il faut entendre ici la non connaissance de Dieu, et l’ébriété à côté de la gourmandise indiquent ici les vices principaux contre lesquels les cfforts de cet Anglo-Saxon (1) se trouvaient dirigés.
déjà composée en 717 et adressée à un jeune homme, Nithard (Ep. 9,1. c.) par un poème au mètre des hymnes ambrosiennes, le dimètre iambique, qui est en partie seulement rythmique et qui offre, par contre, les rimes accouplées. Seulement il faut lire aux vers 13 et 14: « Apostolorum editus — et prophetarum filius » — ce que, chose incroyable, Jaffé n'a pas remarqué. Ce poème renferme également, dans un acrostiche, le nom du desünataire.
1. Saint Boniface trouva dans son propre peuple, lout comme chez les Allemands, l'ivrognerie passée à l'état de vice national. Il écrit, dans une
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Les vertus et les vices sont personnifiés, ils se caractérisent eux-mêmes tout comme les animaux et aussi les objets, dans les anciennes énigmes; mais leur description n'offre rien de remarquable; le développement est dur, lourd, ce qu'on peut voir déjà dans le retour fréquent des mêmes mots au commencement des vers, pour former l'acrostiche, par exemple : aureus, nisus, ruricola, tetricus, vitres; dans huit achrostiches au moins, le premier vers débute par aurum ! Et cependant, saint Boniface avait facilité sa tâche en ne restreignant pas toujours au seul nom l'acrostiche, mais en ajoutant parfois, pour élargir son poème, des termes tels que att, dicit, et d'autres de ce genre; quelquefois mème, il admet un certain nombre de vers, qui ne sont pas acrostiques (1) et dans lesquels son discours marche avec une plus grande liberté. Son poème complet comprend trois cent quatre-vingt-huit hexamètres. La forme poétique seule donne à ce poème une certaine valeur pour l’histoire de la littérature. Elle confirme une fois de plus la prédilection nationale des Anglo-Saxons pour les énigmes, vu surtout qu'Aldhelme avait déjà trouvé deux successeurs dans ce genre de littérature et dans le même siècle : l'un, dans l’archevèque de Cantorbéry, Tatwine (+ 734), et l'autre, dansun certain Eusèbe (2), qui d’ailleurs nous est complètement inconnu. Le poème de saint Boniface nous montre de plus comment l’acrosliche, que nous trouvons déjà dans les dédicaces d'Aldhelme et même une fois dans Tatwine, était devenu à la mode; c’est apparemment l'allitération qui avait amené les Anglo-Saxons à la culture de l’acrostiche. Du reste, l’allitération se trouve bien moins développée dans les énigmes
lettre (70), adressée à Cuthbert, archevêque de Cantorbery : « Hoc (ebrietas) enim malum speciale est paganorum et nostrae gentis : Hoc nec Franci, nec Galli, nec Longobardi, nec Romani, nec Graeci faciunt.» Dans Jaffé, op. c., p. 210. :-
1. Et cependant ces vers ne sont point interpolés, comme le montre du moins l’'Enigme Cupiditas.
2. V.Ebert, Ueber die Raetselpoesie der Angelsachsen insbesondere die aenigmata des Tatwine und Eusebius,in den : Sitsungsber. der Koenigl. saechsischen Gesellschaft der Wissenschaften, 1877. Dans ce travail j'ai donné, le premier, une édition critique des énigmes (4enigmata) de ces deux Anglo-Saxons.
de saint Boniface et y est bien moins frappante que dans Aldhelme. D’après les recherches de Bock, cette poésie paraît avoir été composée en 745 et dédiée à Lioba, abbesse de Bischofsheim; c’est peut-être grâce à ce nom que la première énigme, Caritas, nous offre un double acrostiche tout à fait original (1).
Parmi les écrits en prose qui nous sont parvenus, sous le nom de saint Boniface, on compte, outre les épîtres, quinze Sermons sur l'authenticité desquels Rettberg ne trouve rien à redire. Je ne vois rien non plus qui la combatte, mais plutôt bien des faits qui l’appuient. Ces sermons ont été prèchés devant des auditeurs déjà convertis, mais baplisés depuis peu, à ce qu'il paraîl. En certains passages, l’orateur s'élève encore énergiquement contre le paganisme ; les descriptions qu'il fait des vices qu'il attaque montrent les traits du peuple germain, quoiqu'on y en reconnaisse également plusieurs que ce dernier partageait avec le peuple celte. Ce qui nous montre néanmoins que saint Boniface parlait spécialement devant un auditoire composé de Germains, ce sont les combats qu'il livre à plusieurs reprises contre l'ivrognerie (ebrietas), surtout si l’on rapproche ce qu'il dit ici de ce qu'il a dit dans le passage que nous avons cité plus haut, à la page 686, rem. 1 (2). Les Sermons sont écrits dans un style simple, clair et généralement correct; mais le contenu n'offre que peu d'importance.
Les épîtres ont une toute autre valeur et elles forment, comme on le sait, une source historique de première importance (3). Elles ont un caractère soit officiel, soit particulier ;
4. Deux caritas sont entrelacées l’une dans l’autre, en sorte que, sans compter les trois derniers vers dont les lettres initiales forment ait, les lettres initiales de l'énigme elle-mème sont: csaartiitraasc.
2. On lit, dans le sermon 11 : « Ebrietatem velut inferni foveam fugite; » dans le sermon 9, nous voyons l'ivrognerie citée parmi les péchés capitaux. Rapprochés des énigmes, ces passages parlent en faveur de l'authenticité des sermons. Rettberg (op. c., 1, p. 408) fait encore remarquer que, dans les sermons, saint Boniface combat, presque avec les mêmes expressions qu'il emploie dans les synodes, les restes du paganisme qui pullulent encore parmi le peuple.
3. V. Sayous, De epistolis site S. Bonifacii sive ad S. Bonifacium. Paris, 1866 (Dissertation).