Cod. Théod., XVI
2. Lasaulx, La ruine de l'Hellénisme et l'appropriation des biens de ses temples par les empereurs chrétiens, Munich, 1854; Richter, L'Empire romain d'Occident sous les empereurs Gratten, Valentinien IT et Maxime, Berlin, 1865; F. Chr. Baur, L'Église chrétienne depuis le eg nr cemens du 11° jusqu'à la fin du v® siécle, 2 éd., Tubingue,
Occident, la culture hellénico-romaine. Ce procédé d'assimilation forme, dans l'histoire universelle, un point extrêmement important. C'est à la littérature chréticnne-latine qu'en revient l'honneur, en grande parlie; elle contribua puissamment à ce résultat, dont elle retira du reste les plus précieux avantages; c'est par elle, c'est par les ouvrages comme par la vie des auteurs, que nous apprenons à le connaitre sous sa forme la plus intime et la plus large. Il ne pouvait entrer dans mon intention de l'exposer par avance dans cette introduction. Cela ne peut avoir lieu que concurremment avec l'histoire de la littérature elle-même. Je ne veux donc faire ici que quelques remarques générales.
Plus la posilion que prit le christianisme dans l'Élat romain devenait grande, moins il devait repousser la culture intellectuelle païcnne, puisque l État, basé sur elle, restait le même : en lant qu'État, en effet, l'État ne se christianisait pas; le maintien de l'esclavage en est une preuve péremptoire. Les aspirations vers la puissance extérieure et vers l'influence politique, que l'Église développait dans l’épiscopat, ne pouvaient arriver à attcindre leur but, que si le clergé était en possession de la culture traditionnelle. Mais les époques de la tolérance religieuse et de l'égalité entre l'antique culte de l'État et celui de l'Église chrétienne, les vingt ans notamment du règne de Jovien, jusqu'à 382, devaient surtout favoriser ce procédé d'assimilation, et ce fut pendant ce tempsaussi que le christianisme se répandit le plus vite et le plus loin : c'est dans ces relations libres et sociales que devait se faire, constamment ct comme sans y songer, l'échange de la culture chrétienne et de la culture païenne. Le monothéisme, accepté par la masse des lettrés, était le terrain neutre sur lequel s'accomplit le plus aisément cet échange; partout il préparait les voies au christianisme. [l lui amena, il est vrai, une foule de sujets qui n'avaient de chrétien que le nom, et, qui, indifférents au point de vue religieux, ne se laissaient déterminer à accepter le christianisme que pour jouir des avantages que présentait une religion jouissant des faveurs attachées à la religion de l'État; plusieurs même, en embrassant l’état ecclésiastique, ne cherchaient qu'à satisfaire leurs vues ambitieuses. Mais ce fut précisément
parmi ces chrétiens de nom, dont la persécution du paganisme ne pouvait qu'augmenter le nombre, que la culture païenne demeura la plus intacte; à peine prit-elle, avec eux, un vernis chrélien. Remarquons que cet élément de la culture se fortifia chezeux de la force même desmæurs etcoutumes qui régnaient parmi le peuple, force qui agissait avec la puissance irrésistible des lois de la pesanteur. Le christianisme lui-même, c'est chose connue, perdit de sa pureté et de sa vérité quant au dogme, au culte et à la morale dans ce procédé d'assimilation hellénique; mais ce n'est qu’à ce prix qu’il pouvait alors s'élever au rang de religion de l'État. D'autre part, la culture classique n'eut pas moins à souffrir; mais ce n’est qu'au prix d'un tel sacrifice qu'il était possible d'en sauver au moins une partie et de la transmettre au moyen âge.
Ce mouvement intellectuel et général, au milicu duquel le monde des idées chrétiennes s'appropria les formes de la culture païenne, est dans une complète harmonie avec le phénomène suivant : c'est que, précisément dans celte période de la littérature chrétienne-latine, on voit grandir, d'unc tout autre manière que par le passé, le sentiment de la beauté de la forme dont on apprécie mieux le mérite, et que, des deux tendances littéraires dont nous avons parlé dans la période précédente, c'est celle que domine Minucius Félix et qui avait encore récemment dans Lactance un représentant remarquable qui parvient à dominer les esprits. En conséquence, la poésie est cultivée sur une plus grande échelle et prend un développement plus élevé et en partie plus indépendant. Les auteurs chréliens qui avaient du sentiment pour la beauté de la forme et du talent pour la narration ne firent que suivre l'exemple de Lactance : comme lui, ilscherchèrent à donner à ce monde des idées chrétiennes et à l’histoire sainte une expression conforme à la culture traditionnelle et esthétique; ils s'efforcèrent de reproduire la forme des modèles classiques de leurs ancêtres païens; ct, comme Lactance, ils procédaient de la sorte aussi bien pour leur satisfaction personnelle que dans le but de satisfaire le public païen ; bien plus, ils voulaient, par l'attrait de la forme, le gagner à ces idées qui lui étaicnt étrangères et que le mélange de la sagesse orientale lui rendait assez souvent