‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 75 sur 352 · COMMENTAIRES SUR LA BIBLE · texte numérisé non relu

COMMENTAIRES SUR LA BIBLE

des mots, se cache un sens plus profond qui peut seulement être compris par l’« intelligence céleste (1). » C’est donc cette dernière qu'elle a pour but de faire saisir. Elle est tout entière dans lé sens partout prophétique de l’Écriture sainte. Les événements qu'elle raconte de mème que l'expression dont elle se sert, se rapportent constamment à l'avenir, sous une forme figurée : c’est là, comme disent les Pères, sa raison typique (typica ratio). Cette manière de voir procède du développement des efforts tentés pour mettre dans une complète harmonie l'Ancien et le Nouveau-Testament. Philon avait poursuivi un but semblable et cherché à rattacher sonsystème philosophique à l'Ancien-Testament. Ainsi que l'avaient fait ses prédécesseurs juifs, il suivit lui-même les traces des philosophes païens, surtout des stoïciens (2), qui interprétaient ainsi les mythes ; le premier, il appliqua d’une manière plus large et plus systématique cette explication allégorique aux écrits de l’ancienne Alliance. Les exégètes chrétiens ne firent que généraliser les passages qui se rapportaient au Christ, en qualité de Messie, et qu'on trouvait dans les prophètes : tout, dans l’Ancien-Testament, devait, effectivement et littéralement, pouvoir s'appliquer au Christ.

C'est d’après cette seule méthode que saint Hilaire composa le commentaire sur saint Mathieu (3), qui, parait-il, lui est propre. Celui qu'il fit sur les psaumes contient, en même temps, des points de vue de linguistique, d'histoire et principalement de morale : il se rattache à celui de l’école d'Alexandrie qui

4. « Cœlestis intelligentia, » Comment, in Matth., c. 20, $ 2.

2. V. Zeller, Philosophie des Grecs, III, 2, p. 224 et s. et 300 ets.,et notamment Siegfried, Philon d'Alexandrie, commentateur de l'Ancien- Testament, Iéna, 1875. |

3. Citons comme exemple le c. 1, $ 5 : « Stellæ autem ortus a magis intellectus indicat mox gentes in Christum credituras et homines professionis longe a scientia divinæ cognitionis aversæ, lumen quod statim in ortu ejus extitit cognituros. Denique oblatio munerum intelligentiam in eo totius qualitatis expressit : in auro regem, in thure Deum, in myrrha hominem confitendo. Atque ita per venerationem eorum sacramenti omnis est consummata cognilio : in homine mortis, in Deo resurrectionis. in rege judicii. Quod vero repetere iter, atque ad Herodem in Judæa redire prohibentur, nihil a Judæa petere scientiæ ag nitionisque permittimur, sed in Christo salutem omnem et spem locantes, admonemur prioris vitæ itinere abstinere. »

porte le nom d'Origène ; il est composé, toutefois avec une grande indépendance. Du reste, il n’est pas douteux que, même dans ses autres commentaires, saint Hilaire n'ait pris cette explication allégorique à l’école d'Alexandrie, bien qu'il ne se soit pas appuyé immédiatement sur un ouvrage spécial de cette école. Son commentaire du livre de Job ne nous est pas parvenu.

L'écrit contre Constance n'appartient pas au domaine de la littérature générale. Il forme néanmoins une source extrèmement précieuse, pour caraclériser cet empereur : il est composé avec une rare énergie et l'éloquence entraînante d'une sainte colère. Ici le récit se meut à l'aise dans une phrase souvent courte, concluante et nourrie d’antithèses. Et ce n’est pas seulement l’orthodoxe plein de zèle et dont le parti est persécuté par l'empereur qui fait ici entendre sa voix ; c’est l'homme convaincu, épris d’une haute idée, qui parle en face d’un diplomate astucieux. Or, rien n’est sacré pour ce diplomate, quand il s’agit d'atteindre son but; d’accord avec luimême il emploie, pour cela, avec autant de plaisir que d'adresse, la corruption morale. « Elles étaient bien préférables, dit saint Hilaire, les ptrsécutions sanglantes du passé. Maintenant, nous avons à combattre contre un persécuteur qui trompe, contre un ennemi qui flatte, contre Constance, l’Antéchrist : il ne flagelle pas les reins, mais il chatouille la poitrine ; il ne proscrit pas pour donner la vie, il enrichit pour causer la mort; il ne jette pas dans le cachot qui procure la liberté, mais il invite avec honneur dans son palais pour réduire en servitude; ce ne sont point les flancs qu'il fait battre, c’est le cœur dont il s'empare; il ne frappe pas le chef avec le glaive, mais il tue l'âme avec l'or; il ne menace point publiquement de l'exil, mais il allume en particulier le feu de l'enfer. Pour ne pas être vaincu, il ne livre aucun combat, mais il flatte afin de régner. Il confesse le Christ, mais pour être à même de le renier ; il aspire à la concorde pour que la paix ne règne point, 1l opprime les erreurs, afin qu'il n'y ait plus de chrétiens ; il honore les prêtres afin qu'ils ne soient point évêques ; il bâtit des maisons à l’Église, pour détruire la foi. Il te porte sur ses lèvres, il t’a toujours à la bouche et, en

tout temps, O Dieu, il fait tous ses actes afin que tu ne sois pas reconnu comme Père (1). » Constance est plus cruel que Néron et que Dèce; c’est le plus ignoble de tous les mortels ; il « tempère » les souffrances de la persécution, de manière à priver de martyre les confesseurs de la foi (2). Saint Hilaire décrit ensuite en détail tous les crimes de ce « loup vètu de la peau de brebis », qui s’acharne contre l’Église orthodoxe.

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