‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 77 sur 352 · SON CARACTÈRE COMME ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

SON CARACTÈRE COMME ÉCRIVAIN

orages de la vie. Et, en effet, Ambroise avait les sentiments des anciens Romains : seulement, ces sentiments avaient été ennoblis par le christianisme. Son éloquence était celle qu'avait eue le peuple romain; des tribunaux, 1l l'avait porté à l’église et c’est bien à elle, à coup sûr, qu'il était redevable de son élection. Si saint Hilaire est un dialecticien, saint Ambroise est avant tout un orateur. Ce n'est pas sans raison qu'on l’a nommé un Cicéron chrétien ; mais il avait un caractère singulièrement supérieur à celui du grand orateur de Rome. Ses ouvrages sont, en majeure partie, des discours, ou du moins ont pour point de départ des discours dont le nombre, très considérable, a lieu d'étonner chez un homme dont la vie fut si occupée.

Au Cicéron chrétien manque aussi l'originalité de la pensée ; il fait fréquemment aux autres l'emprunt de la matière de ses livres, afin de les rendre adroitement accessibles au gros public de son temps et de sa nation. Le secret de l’action si étendue de ses écrits doit aussi être cherché dans le côté moral et populaire de son fécond talent d'écrivain : ce sont là les traits d'une nature éminemment romaine.

La plupart de ses écrits doivent leur origine à son activité comme prédicateur. Ils consistent en homélies qu'il a adressées soit à toute sa paroisse, soit à une partie distincte du troupeau, comme les catéchumènes ou les nouveaux baptisés ; plusieurs d'entre elles ont même gardé, jusque dans le contexte, les formes de l’allocution, quoiqu’elles aient été publiées comme des « livres. » C’est l’explication de la Bible et surtout de l'Ancien-Testament qui, en règle générale, fait la base de ces homélies. L’explication en est très diverse, tantôt parénétique et tantôt allégorique. L'interprétation allégorique et mystique de l’école d'Alexandrie, telle que saint Hilaire l'avait introduite en Occident, n’y devint effectivement générale que par les écrits de saint Ambroise. Ce dernier remonta souvent (1), lui aussi, à la source primitive, à Philon lui-même, et il transmit au moyen âge, qui regardait comme canoniques les œuvres de ce savant Père de l'Église, l'interprétation allé-

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