‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 84 sur 352 · De off., I, c · texte numérisé non relu

De off., I, c

3. Il cite rarement le Nouveau-Testament, ou la légende ; quant à cette dernière, il donne sainte Agnès et saint Laurent comme modèles de la force (Fortitudo); I, c. 41 ; il mentionne le dernier encore une fois, IL, c. 28.

pour remplacer ceux que Cicéron avait pris de l’histoire grecque et de l'histoire romaine, comme si les juifs étaient les ancêtres des chrétiens (1) : c'était là une tendance funeste, capable de ternir la pureté de la morale chrétienne. Ainsi, il croit que les principes vrais de la morale païenne sont pris de l’Ancien-Testament et surtout des Prophètes (2).

Cicéron consacre les deux premiers chapitres de son second livre à la justification de son étude philosophique ; saint Ambroise, au contraire, traite, dans les cinq premiers, de la béatitude. Mais ce début a un rapport si peu direct avec ce qui suit, qu’au sixième chapitre il sent le besoin de tout recommencer de nouveau, pour suivre, quoique avec beaucoup plus de liberté que précédemment, l'ouvrage de Cicéron. Celui-ci s'occupe, en effet, dans ce livre, de l’utile, de tout ce qui contribue pourainsi dire au bonheur extérieur. Comment gagnonsnous à notre cause nos semblables, nos citoyens (car c’est l’homme lui-même qui nuit surtout à l'homme ou lui est utile)? telle est la question principale à laquelle veut répondre ici Cicéron. Il écrit donc ce livre, en se plaçant strictement au point de vue de l’homme d’État. La fin dernière est la gloire, gloria, et celle-ci a son fondement’dans l’amour, la confiance et l'admiration de la foule. Saint-Ambroise recherche ici également ce qui peut bien nous placer dans l'estime de nos semblables (ad commendationem nostri, c. 8) et ce que nous avons à faire pour gagner leur amour (caritas), leur confiance (/ides) et leur admiration (admuratio) ; mais il le fait spécialement pour les ecclésiastiques. Tout en s'inspirant souvent encore de Cicéron, il donne maints conseils tout à fait chrétiens et pleins d'opportunité. Comme lui, il se préoccupe des besoins de son époque, et ce soin donne une fois de plus à son livre un intérêt particulier pour l’histoire de la civilisation ; c’est ainsi qu'en recommandant la générosité (c. 15), il fait un devoir de racheter les prisonniers aux mains des barbares, de soutenir

1. Il leur donne même cette qualification en termes exprès : « paires nostri » III, c. 17, $ 99.

2. C’est ce qu'il dit nettement I, c. 21, 8 92. Tout ce qu'avait de bon la philosophie païenne devait venir de cette source, ainsi que l’admettaient également les plus anciens auteurs chrétiens.

les débiteurs, de protéger les orphelins, de pratiquer l'hospitalité envers les étrangers ; c'est ainsi encore que saint Ambroise exige qu'on n'aspire que dans une intention pure et par le mérite de ses bonnes actions, à des places d'honneur, surtout à des postes ecclésiastiques. Lorsque, s’élevant contre l’ambition et contre l’avarice, dans le clergé (c. 24 et s.), 1l entreprend un magnifique éloge de la compassion, il nous fait, du même coup, mieux connaître son siècle et mieux apprécier son caractère personnel.

Cicéron, dans le troisième livre de son ouvrage, traite de l'utile, dans ses conflits avec l’honnètc. En réalité, cette opposition ne saurait exister. L’honnête seul, dit-il, est vraiment l'utile : le bien suprême est, en effet, la vertu. C’est là aussi l'opinion de saint Ambroise ; à son point de vue, cela seul est utile qui sert à la félicité éternelle. L'opposition ne peut donc d'après Cicéron, être qu’apparente. L’utilité qui se produit aux dépens d'autrui est une injustice; elle est, continue le philosophe, une atteinte portée à la société humaine et contre nature : l'utilité de tous est aussi la nôtre. Saint Ambroise a déjà précédemment exposé (II, c. 6) l'identité de ce qui est vraiment utile avec ce qui est juste. Non seulement il s'attache ici à la doctrine de Cicéron, mais il fait même un pas de plus. Il faut, selon lui, chercher l'avantage d'autrui et non le sien propre (1), ainsi qu'il est dit dans la 4° Épiître aux Corinthiens (c. X, v. 24) : « Que nul ne recherche ce qui est à lui, mais ce qui est aux autres. » Saint Ambroise renvoie, à ce sujet, à l'exemple remarquable du Christ. Après cela, et en s'appuyant toujours sur Cicéron, il aborde différents cas particuliers où cette opposition apparente semble se révéler ; mais les exemples qui jouent un grand rôle dans ce livre, sont autres que ceux de Cicéron, car ils sont empruntés à l'Ancien- Testament.

La composition de l'ouvrage est très défectueuse. Le Traité de Cicéron lui-même laisse assez souvent à désirer pour la sûreté de la marche du récit et la clarté des détails ; cela n’est pas coulé d'un seul jet. [Un ouvrage de Panætius forme,

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