‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 9 sur 352 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

En face de la position hostile du paganisme à l'égard du christianisme, telle que nous venons de la dessiner, les chrétiens durent, de bonne heure, sentir le besoin d'éclairer les lettrés et le gouvernementsur la véritable essence de leur religion; ils durent chercher à leur montrer, du moins, l'inanité de tant d'accusations et de préjugés. C’est ainsi que prirent naissance les Apologies, qui devinrent aussi plus ou moins des moyens d'attaque, parce qu'elles pouvaient servir à la fois d'armes offensives et d'armes défensives. Ce genre, particulier à la littérature chrétienne, apparaît à l'époque de la littérature épistolaire, née immédiatement après:les livres canoniques, avec la lettre à Diognet (1); il arrive à son entier développement dans les 4 pologies de St Justin, martyr(+ 166), et il forme alors la littérature principale des chrétiens, au n° siècle. C'est aussi avec ce genre que débute la littérature chrétienne-latine; dans sa première période, 1l est, en Occident, le plus beau spécimen de toute la littérature chrétienne, ainsi que nous l'entendons; il l’est d'autant plus que ses produits s'adressent au public tout entier, aux païens comme aux chrétiens. Il domine cette période de lutte et d'assaut qui offre aussi, assez souvent, un caractère apologétique, même dans les autres genres de littérature. C'est bien là un critérium de son intérêt universel et littéraire.

À la tète des apologistes latins, disons plus, à la tête des écrivains chrétiens-latins en général, nous trouvons Mnucius

{. Si l'on place sa composition avant Justin, comme on le fait habituellement. Cette opinion a été récemment combattue par Overbeck, dans le programme pour la fête du recteur de l’Université de Bâle, 1872; il regarde même cette lettre comme une fiction du siècle de Constantin, avis que je ne puis me résoudre à parlager.

Férix (1), avec son dialogue Octavius, Tout ce que nous connaissons de cet auteur nous est fourni par son livre. Saint Jérôme l'appelle un avocat remarquable du Forum romain (2). Mioucius lui-même nous donne à entendre, dans son ouvrage, qu'il était jurisconsulte, qu'il vivait à Rome, et que ce fut seulement vers la fin de sa vie qu’il embrassa le christianisme contre lequel il avait d'abord partagé tous lès préjugés des païens (3). Quoiqu'on ne puisse pas déterminer, avec sûreté et d'une manière précise, l’époque où vécut Minucius, j'ai néanmoins tout lieu de croire qu'il écrivit son Octavius au commencement du règne de Commode (4).

Ce petit ouvrage nous introduit, d’une manière très digne, dans la littérature chrétienne-latine. Non seulement il surpasse, dans la forme, par l’art de la disposition et la grâce de

1. M. Minucii Felicis Octavius ad fid. cod. regti et Bruxellensis red. E. de Huralt. Zürich, 1836 (Prolegg.). M. Minuc..Fel. Octavius, Jul. Firmici.Materni liber de e:rore profanarum religionum, rec. et commentar. erit. instr. C. Halm (Corpus scriptor. ecclesiastic. latinor edit. concilin etimpensis Academizæ litterar. cæxar. Vindobon. vol. 11), Vienne, 1867, J.-D. ab Hoven, Epistola historico-critica de vera ætate dignitate et patria Min. Felicrs. dans son Campensia, Campis, 1766, in-4 ; A. Ebert, Rapport de Tertullien à Min. Félix, avec un appendice sur le Carnen apologeticum dg Commodirn 1868) Dans le vol. V des Dissertations de la Sor. Roy. de Saxe pour la philol. historique; De Felice, Etude sur l'Octatius de Minucius Félix, thèse présen'ée à la Faculié de théologie de Montauban, B'ois. 1880.

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