‹ Histoire générale de la littérature du Moyen Age en Occident (volume 2)Chapitre 10 sur 352 · Octav, c · texte numérisé non relu

Octav, c

&. J'ai démontré, dans ma dissertation, que Tertullien a utilisé l’Octavius pour son Apologeticum; mais celui-ci a été écrit vers la fin du ne siècle. De plus, la manière dont l'Octavius fait mention de Fronton (ve. 9 et 31) ne laisse pas supposer que cet écrivain, mort vers 168. fül encore vivant (car noster, c. 9, ne le désigne que comme païen, ainsi que le montre tuus, c. 31); il le présente plutôt comme un personnage généralement connu et d'une grande autorité. Cetle supposition ne pouvait pas avoir heu longtemps après sa mort. L'Octavius révèle, en outre, non seulement par la malière qu'il traite, mais dans l’art de manier l'apologie et dans le ton du discours, une telle parenté avec la Supplicatio pro Christianis d’Athénagore, qu'ils paraissent avoir été écrits tous deux à une seule et même époque. Cette dernière a été écrite en 177 (v. Prolegg. LXXIV, édit. Otto). Il est enfin très probable, pour moi du moins, que M. Félix 8 mis à profit Athénagore (Cf. Læœsche, Rapports de Min. Félix arec Athénagore, dans le Jahrbuch pour la théologie protestante, 1882), ce qui nous conduit vers l’an 80 ou 85 du u° siècle.

la narration, toutes les autres apologies, tant grecques que latines, mais il se distingue encore de la plupart d’entre elles, dans le fond, par une plus grande objectivité d'observation et une plus libre ingénuité de jugement : or ces qualités ne pouvaient mûrir que dans un esprit qui était parvenu aux sommets de la culture intellectuelle de son époque. Un souffle de pure humanité anime tout le livre et lui assure l'intérêt de tous les temps; d'autre part, il a un cachet vraiment romain : il résulte donc de tout cela que le premier ouvrage de la littérature chrétienne-latine est entièrement original, qu'il marque sa place en face de la littérature grecque, et qu’il possède un caractère national des plus prononcés. La circonstance de l’éducation juridique de Minucius ne paraît point être sans importance ; il représente le cercle de ces jurisconsultes distingués, chez qui se trouvaient réunies l'éducation philosophique de la Grèce et la conscience morale de l’ancienne Rome, pour faire naître des sentiments humanitaires, et qui, semblables à un fruit précoce, devançaient leur saison. Eux : seuls avaient encore conservé, à cette date, un sentiment délicat des beautés de la forme. Mais le christianisme n’avait nullement amené, chez Minucius, une rupture avec cette éducation polie du paganisme — et comme chrétien, il ne renonça pas non plus à sa vocation (1); — bien plus, il ne servit qu'à l’élever à un plus haut degré et à l'asseoir sur une base plus solide, en dépouillant, dans cet écrit, toutes les formes dogmatiques, pour ne laisser apparaître que la religion d’une humanité sincère et épurée. Pouvait-il donc trouver un meilleur défenseur devant le Forum des lettrés de l'Occident latin ? — Dans la composition ct dans le style, cet écrit fait suite à la littérature païenne et ne forme aucun contraste avec elle. Voici quelle est la disposition. Dès le début, l’auteur raconte qu'à l’occasion d'une visite de son meilleur ami Octavius, qui était chrétien avant lui, ils ont fait ensemble une excursion de Rome à Ostie. Là, se promenant au bord de la mer, un matin, avec un autre de ses amis, Cæcilius, quis'é-

4. Octav, c. 2 : « Sane ad vindemiam feriæ judiciariam curam relaxaverant. »

tait joint à eux et qui était encore païen, ils viennent à passer devant une statue de Sérapis, que Cæcilius ne manque pas de vénérer. Octavius, indigné, fait des reproches à Minucius de laisser ainsi dans l’aveuglement du peuple ignorant, un homme avec lequel il a les plus intimes relations. Ce discours pique au vif le païen. Il fait la proposition de discuter avec Octavius. Minucius est choisi pour juge. Ils le mettent au milieu d'eux et s’assoient sur le môle du port. Cæcilius, voulant se justifier du reproche d’être resté fidèle à la croyance du peuple et de n'avoir pas embrassé le christianisme, prend le premier la parole (c. 5 et s.) et représentant du scepticisme devant lequel s'inclinait alors la grande majorité des lettrés, il affirme l'impossibilité de reconnaître la vérité; ilnie, en même temps, la providence et le gouvernement de Dieu, en se plaçant au point de vue épicurien, qu'il dit être aussi le sien. La science no pouvant donc aboutir qu'à un résultat négatif, 1l reste attaché à la foi de ses pères, à qui Rome est redevable de sa grandeur. Après tout, comment donc les chrétiens ignorants posséderaient-ils la vérité? Le fond de son discours consiste ensuite à exposer l'immoralité de cette secte secrète, son athéisme et l’absurdité de ses doctrines (c. 8 et s.). Alors Octavius dans une réplique deux fois plus longue (c. 16-38) et où il suit son adversaire pas à pas, réfute en détail le discours de Cæcilius. Quand il a fini, le païen se déclare vaincu.

Cette composition de l’Octavius est, comme je l'ai démontré dans ma dissertation, imitée du De natura deorum de Cicéron, mais avec adresse et d’une façon toute personnelle : la disposition du tout facilite donc la victoire du christianisme qui joue ici, dans la personne d'Octavius, le rôle que jouait le stoïcisme dans Cicéron (1). Tout d'abord, cette indication de parenté entre le stoïcisme et le christianisme ne pouvait échapper au lecteur païen, car quiconque s’intéressait à de telles questions religieuses, devait connaître le livre de Cicéron; elle était fortifiée en outre par des réminiscences nombreuses, empruntées aux écrits de Sénèque et montrant avec évidence que l'auteur chrétien a sacrifié autrefois à la philosophie stoïcienne; elle

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