PREFACE
Dans le premier livre du présentvolume;, j'ai abordé, d'une manière supplémentaire, l'Iiistoire des littératures nationales des deux périodes précédentes, et, dans les deux livres qui suivent, j'en traite simultanément avec la littérature latine : c est ainsi que le caractère (1) de l'ouvrage tout entier se manifestera aux regards les moins pénétrants ; c'est ainsi qu'on pourra enfin comprendre que l'ouvrage n'était point destiné seulement à étudier la littérature latine du moyen âge dans son développement historique et comme étant un rayonnement de l'antiquité classique, ainsi que se le figuraient certains critiques. Je me suis au contraire proposé un autre but : j'ai voulu étudier la littérature latine en tant que messagère et compagne des littératures nationales de l'Occident ; c'est ce but que j'avais exposé déjà dans la préface du premier volume.
Dans celui-ci, j'ai du reste suivi les mêmes principes pour l'histoire des littératures nationales que, dans les autres, pour la littérature latine. Gela s'applique parti-
1. Malgré le titre et les préfaces, ce caractère a été complètement méconnu de quelques critiques, notamment parmi les philologues classiques.
cMiliùnMiKMil aux <l()iiiir'es iMbliognipliiqucs, pour losq.M.llrs, ici encore, j'ai fait un triage et n'ai voulu admettrez ([ue les plus importantes et les plus nécessaires. Pour les compléter, le lecteur ne manquera certes i)oint de renseignements sérieux en ce qui concerne la littérature allemande et la littérature romane ; il suffit de nommer, sous ce rapport, l'ouvrage de Godeke : <^ Grundriss zur Geschichte der deutschen Diciitung » et les bibliographies du Jahrbuch et de la Zi'itschriß fur romanische Philologie. Quant à la littérature anglo-saxonne, qui a dû être traitée presque tout entière dans ce volume, la partie bibliographicpie criti(iue a été exposée dans Texcellent ouvrage de llichard Wiilker, qui a paru pendant la composition du présent volume : Grundriss zur Geschichte der anfjelsarh.sischeu LiUeratur, Leipzig, 1885). C'est à cet ouvrage <[ue j'ai renvoyé le lecteur, partout où cela était nécessaire, [)Our tous les détails bibliographiques de la Httérature anglo-saxonne. 11 m'a été très utile à moiméfne, surtout à partir du livre septième. J'ai en outre les plus grandes obligations envers l'auteur , mon r()llèi;u(» à l'Université de Lei[)zig, pour plusieurs renscigiirments personnels. Je me fais également un devoir d«' remercier ici d'autres amis, pour les bons conseils qu'ils m'ont doiuiés et pour l'appui qu'ils m'ont prêté, jMMidaiit rinipressiun de ce volume.
Leipzi/j', mai 1887.
A. Ehekt.
LES LITTÉRATURES NATIONALES DE L'OCCIDENT DEPUIS LEUR ORIGINE JUSQU'A LA MORT DE CHARLES LE CHAUVE.
LES LITTÉRATURES NATIONALES DE L'OCCIDENT DEPUIS LEUR ORIGINE JUSQU'A LA. MORT DE CHARLES LE CHAUVE.
Nous avons vu que, parmi tous les peuples germains, les Anglo-Saxons furent les premiers à jouer un rôle dans la littérature latine. Mais il y a plus : à l'époque même où ils s'adonnent à cette littérature, c'est-à-dire dans la deuxième moitié du vu® siècle, nous avons vu qu'ils en prennent la direction et qu'ils comptent déjà dans leurs rangs, au commencement du siècle suivant, un des écrivains latins les plus considérables de la première période du moyen âge (1). Et cependant leur conversion au christianisme n^avait commencé qu'à la fin du vi*" siècle : mais il faut rapprocher de la rapidité avec laquelle se fit cette conversion^ laquelle eut lieu en partie dans l'espace d'un demi-siècle, la rapidité avec laquelle ce peuple s'appropria, d'autre part, la culture intellectuelle chrétienne -latine ; soignée sérieusement et avec une rare habileté dans les écoles des évêques et dans celles des couvents, celle-ci trouva un excellent accueil parmi les laïques des classes supérieures et même parmi les femmes. Ajoutons que cette éducation littéraire et l'éducation nationale s'assimilèrent tout aussi rapidement.
Cet accueil empressé et l'assimilation tacite de la culture