V. Tome I, p. 582, 585 et sq
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chrélienne-latine (1) ne s'expliquent pas seulernent par la ..rande intelligence de ce peuple germanique; ils supposent en même temps et par surcroît un degré élevé de culture nationale Certes, celle-ci ne pouvait pas être dune nature scientifique ; ce n'était qu'une culture du caractère, du cœur et de l'imagination : la religion, la société, dans le sens large du mot, la poésie, dans son union étroite avec la musique, en faisaient la base. La religion des anciens Germains, que les Anglo-Saxons avaient apportée de leur patrie, avait déjà subi une réforme en passant sur un sol étr^ger, conquis à la pointe de Tépée. Elle avait pris un caractère plus monothéiste. Woden, le premier des dieux, qui présidait à la guerre et à la victoire, s'était élevé de lui-même à la première place; les labb'S "-énéalogiques des familles royales en feront plus tard l'ancêtre des rois ; d'autre part, et par suite de l'éloignement de la terre natale, le polythéisme était privé des racines de sa force vitale, car le culte se rattachait à des localités sanctifiées par une tradition antique. Par contre, le destin [gesceap), cette puissance sombre et abstraite que le paganisme était incapable d'apaiser, devait paraître d'autant plus importante à ces guerriers que mille dangers entouraient sur terre et sur mer. C'est alors que la doctrine de la divine Providence pouvait faire opportunément son apparition. C'est chose assez naturelle d'ailleurs, que les rapprochements divers avec les chrétiens de la Bietagne et du continent n'aient pas été sans exercer leur intluence sur la réforme des idées religieuses. Il va sans dire aussi que cette réforme devait s'opérer plus vite, au sein des hautes classes et dans les natures réfléchies, que parmi le peuple ; ce dernier se créa même des superstitions nouvelles. La sage politique ecclésiastique de saint Grégoire-le-Grand le réconcilia avec le christianisme ; il lui laissa ses vieilles fêtes qu'il aimait tant et se contenta de donner à ces solennités une teinte chrétienne.
Les relations politiques des Anglo-Saxons éprouvèrent, elles aussi, par suite de la conquête et de la prise de posses-
1. Cette assimilation se manifeste très vile par de savantes productions en langue latine.
sion du pays, une Iransformation qui devait essentiellement favoriser la culture intellectuelle. C'est d'abord en Angleterre que se développa la royauté : la puissance militaire des tribus isolées avait besoin, dans un pays ennemi, d'un point de contact plus stable et plus ferme ; elle y devint même, peu de temps après, héréditaire; tout au moins, ne sortit-elle point de la famille. Avec la royauté, ceux qui composaient la suite du roi arrivèrent à grandir au point de jouer le premier rôle dans l'Etat, et à créer en même temps à la cour royale la vie de société. Cette naissance de la royauté et cette floraison de la suite royale eurent déjà un effet moral et civilisateur. En la personne du roi, élu par le peuple dans les lignées les plus nobles, devait nécessairement s'incorporer l'idéal de la tribu, et l'hommage qu'on lui rendait devait être un tribut payé à la nationalité elle-même. Les titres royaux anglo-saxons sont formés de termes qui désignent soit le peuple, soit la race (1). C'est ainsi que le sentiment national fut relevé par la royauté, et que des têtes couronnées donnèrent un exemple vivant et éclatant des vertus nationales. L'exemple du roi était donc de la plus grande importance, ainsi que le montre encore surtout l'introduction ducbristianisme. Dans la suite royale, on cultiva la vertu de fidélité qui consistait à se sacriher, même jusqu'à la mori, pour le « Seigneur » [dryhten), tandis que celui-ci illustrait la vertu de reconnaissance par une libéralité remarquable envers ses « serviteurs » [pegen). L'épanouissement de ces vertus, en relevant la morale, devait donc préparer le terrain au christianisme : sur le sacrifice de soi-même, fait à un maître mortel, pouvait facilement se greffer le sacrifice de soi-même, fait à un maître immortel.
Le développement de la suite royale, en jetant les fondements d'une noblesse d'épée, conduisit du même coup au développement de la cour et d'une société antique. Les premières charges furent conférées à des personnages qui, admis à la table et au foyer daroi {beôdgeiiedtas, heo?'dgenedtas),
1. Peôden, âe peôd, peuple; cynlng, de cyn, race. Cyning signifie, comme le fait justement remdirquer WdiWz {Vervassimgsgesch. , Vol. I,p. 326), « celui dont la position et la dignité reposent sur la race, »
étaient les plus intimes de sa suite. Ces employés devinrent, plus tard, le camérier, le maréchal, le séneschal [dapifer), l'échanson ; au vnf siècle, les deux derniers sont déjà nommés dans des documents (1). Un banquet solennel, où coulait l'hydromel, réunissait aussi la suite royale autour de son seigneur. On y abrégeait le temps, la coupe à la main, en se livrant au jeu, en proposant des énigmes, en racontant des histoires empruntées au temps des ancêtres et en faisant le récit de ses propres exploits. Mais, de tous les passe-temps, le meilleur était celui que leur offrait le chantre [scop), en faisant entendre un poème épique qu'il récitait sur la harpe ; un des héros jouait lui-même et chantait un lied {2). Si les femmes n'assistaient point à la réunion, on y voyait pourtant l'épouse du roi, la « femme », au sens le plus élevé du mot [cwen), c'est-à-dire la représentante du sexe féminin dans l'Etat oii elle était fréquemment appelée à jouer un rôle politique. Sa présence, comme aussi l'autorité du roi, devait contribuer, dans ces réunions, au développement des manières polies et de certaines règles de bon ton.
Les Anglo-Saxons possédaient donc, avant d'être en contact avec la culture chrétienne-latine, une poésie populaire : traditionnelle et non pas écrite, improvisée même en partie (3), elle ne s'était pas encore détachée de la musique. Cette poésie était épico-lyrique, ou épique, autant que nous permettent d'en juger des renseignements postérieurs et certains fragments qui, à la vérité, ont été retouchés; le sujet en était impersonnel, tout en portant l'empreinte des sentiments du poète ; car l'âme richement douée des Germains (4) ne s'y démentait jamais. C'est dans cette poésie populaire que se développa, avec le vers national, la diction poétique, non sans s'influencer réciproquement.
Le vers est la ligne longue antico-germaine, coordonnée