‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 109 sur 311 · Op.c, p · texte numérisé non relu

Op.c, p

' 3. V. vol. II, p. 16 sq.

, 4, Cf. Coussemaker, Op. c, pp. 79 et 82 sq.

5. II me semble qu'il ne faut pas prendre ce mot comme une faute d'orthographe, pour Commentatio ; il pourrait bien avoir été employé dans le sens de Mémoire, en français.

[170-171.] ODON DE CLIINY |g|

L'auteur motive son entreprise, dès le début, on faisant remarquer qu'un beau chant d'église est doublement ai,'^réal)lo à Dieu. Quand nous voyons les musiciens profanes, les cilharèdes et joueurs de flûte (tibicines), les chanteurs et cantatrices faire tout leur possible pour égayer leurs auditeurs, devons-nous exécuter les chants sacrés sans art (1) et d'une manière négligée (2)? Pour nous, ce petit traité a encore l'avantage de contenir des fragments de beaucoup de psaumes et d'antiennes, ainsi que leur composition (3).

Hucbald était de plus un hagiographe très fécond : ses Vies de Saints trouveront place plus loin, dans cet ouvrage, alors que nous étudierons, dans son ensemble, ce genre d'historiographie .

L'importance que le monastère de Saint-Amand a acquise, dans la première moitié de cette période, passe, dans la deuxième moitié, quoique dans un sens restreint, au monastère de Cluny, en France, grâce à son célèbre abbé Odon ; bien que les études classiques, à ce qu'il semble, n'y fussent pas dans un état bien brillant, on y cultivait cependant les études théologiques et musicales, et c'est Odon qui en donna le mouvement par son activité d'écrivain et par la réforme de la discipline qui favorisa une direction sérieuse de l'esprit.

Odon (4) était né près de Tours (879) : issu d'une illustre famille, il était destiné au service de la cour et au métier des armes ; voilà pourquoi , après avoir reçu d'un prêtre les premiers éléments de l'enseignement, il fut élevé dans la maison du comte Fulcon d'Anjou et dans celle du pieux duc d'Aqui-

1. Voici comment Hucbald lui-même indique, au commencement, son but principal : « Porro illos modos, per quos psalmi ad anliphonas modulunlur, in hoc opusculo habeo utcunque edicere ».

2. Hucbald, du reste, dans l'introduction de ses Scholies, motive l'étude de la musique en général dans l'esprit de son époque, en disant que cette étude est nécessaire pour le chant d'église.

3. On trouve cet écrit traduit en français et les notes de Hucbald ramenées au système moderne, dans Coussemaker, OjJ. c, p. 89 sq.

4. S. Odonis abbatis Cliiniac. seciindi opéra omnia, dans Migne. PatvoL lat., Tom. CXXXHI. — Marrier, Bibliotheca Cluniacencis. Paris, 1G14, p. 66 sq. — Mabillon, S. Odonis elogiiim historicum dans : Acta SS. ord. S. Benedlctl saec. v, p. 124 sq. — Histoire littér. de la France, t. VI, p. 229 sq.

laine^ Guillaume,^ auprès duquel son père était en grande faveur. Le père d'Odon était un homme d'une grande culture scientifique : son fils a raconté plus tard qu'il savait par cœur (1) la « Nouvelle » de Justinien, et que de plus il était un arbitre très recherché ; mais il avait avant tout des idées religieuses; iJ avait même d'abord eu en vue pour son fils la carrière ecclésiastique. Il ne dut pas être bien difficile par conséquent à ce dernier d'embrasser cette carrière, vu que les exercices chevaleresques ne lui plaisaient pas et qu'ils ne convenaient pas à sa santé. A l'âge de dix-neuf ans, Odon devint chanoine de Tours, en se consacrant à saint Martin. Là, il s'adonna avec zèle à l'étude, et, en premier lieu, à celle de la grammaire. Ensuite, pour se perfectionner, il se rendit à Paris auprès de l'élève de Heiric, Rémi d'Auxerre (2) dont il reçut surtout des leçons de dialectique et certainement aussi de musique, car Rémi excellait ég-alement en cette science. Revenu à Tours, Odon s'enfonça dans les « Moralia » de saint Grégoire et ce grand ouvrage l'enthousiasma tellement qu'il en fit un abrégé. C'est bien alors sans doute qu'il composa et mit en musique les trois hymnes dédiées à saint Martin; il composa également douze antiennes dont l'amabilité ravit son biographe (3). Sigeberl de Gembioux(4) le qualifie du nom d'« archi-chantre » de Tours.

Le sentiment religieux fit mûrir, chez Odon, la résolution de se consacrer à la vie monastique. Il se rendit, en 909^, au monastère de Balma, en Bourgogne, où, sous la direction de Tabbé Bernon, régnait encore la discipline sévère de Benoît

1. « Pater, inquit (Odo), meus Abbo est vocatus, sed alterius moris esse videbatur et actibus quam nunc homines praesentis temporis esse videnlur. Veterum namque historias, Justiniani Novellam memoriter retinebat ». Joannes, Vita S. Odonis, 1. I, c. 5.

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