Cf. Wattenbach, 0^3. c, p. 244, rem
4. Ainsi intitulée par Regino lui-même. Le mot est au singulier féminin, car l'auteur dit, dans la dédicace : « Chronicam quam de nostris et antecessorum nostrorum temporibus litleris comprehendi. »
j 227-228.] CHRONIQUE UNIVERSELLE DE REGIINO 243
se compose de deux livres : chacun de ces livres a un caractère essentiellement différent, ainsi que le montrent déjà les titres particuliers. Le premier livre a en effet pour titre : De tempoinbiis dominicae mcarnaiionis, tandis que le deuxième est intitulé : Ee gestis regura Francorum. Le premier, suivant le procédé de la chronique de Bède, que Regino met fortement à profit, coordonne les faits d'après les règnes des empereurs romains; mais, au lieu de compter d'après les années du monde, comme le fait Bède, il compte en même temps d'après les années de l'ère chrétienne; il va jusqu'à la mort de Charles Martel. L'auteur n'y parle presque que de faits concernant l'église chrétienne ou les peuples germains, vu que, vers la fin seulement, sous Charles Martel, les Francs occupent le premier plan de la scène, et que même l'auteur donne en même temps les dates d'après les années de son règne. Telle est la transition entre le premier et le deuxième livre, qui, ainsi que l'indique le titre, est consacré avant tout à l'histoire des Francs. L'auteur se propose d'y exposer d'une manière toute annalistique les événements de chaque année, à partir de 741, qui correspond à l'avènement de Pépin le Bref, jusqu'à l'année 906 : mais on trouve, en quelques endroits de grandes lacunes, même des lacunes de plusieurs années. Malgré cela, le livre deuxième est deux fois et demie plus considérahle que le premier.
La diversité des deux parties et la disposition de l'ouvrage s'expliquent, si nous considérons le but que poursuivait l'auteur en le composant. La dédicace nous fournit là-dessus tous les renseignements désirables, a II m'a semblé indigne », dit Regino, « que, tandis que les historiens des Hébreux, des Grecs, des Romains et d'autres peuples nous font connaître par leurs écrits les faits qui ont eu lieu de leur temps, on garde le silence sur notre époque, quoiqu'elle soit bien moins importante », comme si rien de mémorable ne se passait ou que personne ne fût en état de rien relater. « Pour ce motif, je n'ai pas voulu souffrir que les temps de nos pères et les nôtres s'écoulassent complètement sous silence », etc. Regino a donc les mêmes intentions que saint Grégoire de Tours autrefois, et les citations que nous venons de faire nous font souvenir
aussi de cet historien des Francs (1); il veut écrire Thistoire franque et principalement celle de son temps; seulement cette dernière expression doit être prise dans un sens large. Voilà pourquoi c'est le deuxième livre qui forme l'ouvrage proprement dit; le premier donne Thistoire antérieure et considère l'histoire de l'Eglise chrétienne comme faisant partie intégrante de l'histoire des Francs : La chronologie des Francs ne dale-t-elle pas également de l'ère chrétienne (2)? L'ouvrage tout entier est donc pour ainsi dire une chronique universelle christiano-franque : certes, depuis Charlemagne, l'empire des Francs est aussi l'empire universel. Ce point de vue universel juslifie seul le motif de l'entreprise de l'auteur (3).
Le développement des chapitres est très divers ou très inégal, au gré de l'auteur et selon les sources qu'il a à sa disposition. Dans le premier livre, l'histoire des peuples Germains est traitée fort en détail, d'après les Gesta regiim Francorum, VHistoire des Longobards, de Paul Diacre et les Gestes de Dagobert. L'auteur prend grand soin de nous parler des martyrs chrétiens, en s'appuyant principalement sur Je Martyrologe d'Adon ; il n'oublie pas non plus les Pères de l'Eglise ni les autres auteurs, et il exploite en particulier la Chronique universelle de Bède. Il nous donne un catalogue complet des papes de cette période d'après les Gesta pontificinn Romanorum (4). Dans le deuxième livre, Regino suit d'abord les grandes Annales de Lorsch jusqu'à l'année 813, en n'y ajoutant que très peu de choses empruntées à la tradition orale (o) ; mais, à partir de là, c'est cette tradition qui forme sa source principale, sauf à y ajouter plus tard les données de