COMMENTAIRES DE REMI
sans manquer cependant d'indépendance (1) dans la pensée. Nous possédons de plus, de Rémi, des gloses sur les grammaires de Priscien et de Donat qui, pendant tout le moyen âge, furent beaucoup lues et fort estimées (2). C'est dire déjà quelle portée Rémi dut avoir à son époque, comme maître de sciences profanes. L'année de sa mort ne nous est pas plus connue que celle de sa naissance ; ce que nous savons, toutefois, c'est qu'au commencement du x*^ siècle il enseignait encore à Paris, et que, à cette époque, Odon était son élève.
L'érudition qui se fait jour dans ces commentaires sur l'ouvrage de Gapella et notamment sur le livre de la musique, ne se montre pas moins dans les ouvrages théologiques de Rémi, auxquels ne nuisait pas sa connaissance des sciences profanes,, ce qui se voit déjà dans le style. Cette érudition était chose rare à l'époque. Il composa, du reste, sur les livres bibhques,un certain nombre de commentaires qui me semblent authentiques (3) : la Genèse, le Cantique des cantiques, les Psaumes et les Epîtres de saint Paul. Mais ici, cependant, il ne se restreint pas à l'interprétation allégorique qui sert à l'édification ; il prend aussi à cœur, comme dans les psaumes, d'en faire comprendre la lettre et de donner une explication du contenu. Ce commentaire des psaumes jouit aussi longtemps d'une grande réputation, et Abélard le cite lui-même (4). Il faut dire encore qu'il contient des passages d'une véritable éloquence. Il est à peine besoin de dire pour cette époque que les matériaux de cette explication sont empruntés en grande partie à d'anciens commentaires, principalement à saint Ambroise, à saint Augustin et à Cassiodore.
1. V. Ueberweg-Heinze, Grundriss der Geschichte der Philosophie. 7 Aufl. vol. II, p. 142 sq., et Hauréau, /. c, p. 203 sq.
2. ISotices et Extr. t. XXII, p. 2; pag. 94, rem. 2. — Nouvelles concernant les Mss. de ces gloses, ibidem p. 8 sq. — V. aussi Humer, Veher ein Glossenwerk zum Dichter Sedulius, p. 15 sq. (L'auteur attribue encore à Rémi cet ouvrage de gloses).
3. On lui en a attribué d'autres encore, et ceux dont nous parlons se trouvent en partie sous un autre nom dans les manuscrits. V. là-dessus. Histoire littéraire y l. c.