‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 175 sur 311 · LA GENÈSE MODEHNE · texte numérisé non relu

LA GENÈSE MODEHNE

leur nudité avec les feuilles d'un fig-uier [Gen., c. 3, v. G). Le sujet consiste donc dans la chute seule de Thomme. Mais, par la manière singulière de la moliver avec des documents apocriphes(l) et par le récit détaillé de la contrition des coupables, il a été tellement élarg-i que ce fragment ne comprend pas moins de six cent seize lignes longues. Au point de vue du fond comme sous celui de la forme, il nous offre un intérêt particulier. Il se distingue par une grande liberté et, en partie aussi, par une véritable originalité dans la façon de traiter le texte biblique, qui, en certains endroits, est remarquable au point de vue poétique. Il est en même temps plein d'intérêt par ses relations avec les autres littératures.

Nous allons donc en étudier exactement le contenu. Après la défense, le poète peint, en peu de vers, mais d'une manière bien belle, la vie tranquille do nos premiers parents dans l'état d'innocence ; une seule inquiétude remplissait leur âme , à savoir, la difficulté d'accomplir le plus longtemps possible la volonté de Dieu. Mais voilà que l'enfer se soulève pour anéantir cette bonne intention. Le poète raconte, comme s'il s'appuyait sur l'introduction de l'ancienne Genèse, la révolte de Lucifer et sa chute, tout comme cela a lieu dans cette ancienne Genèse (2), mais avec plus de détails. Le Tout-Puissant avait créé dix espèces d'anges ; mais, à un de ces anges, il avait donné une force supérieure et une très grande beauté : il était le premier, après Dieu lui-même, dans le royaume des cieux ; il brillait comme les étoiles du firmament. Or, voilà que, plein d'ingratitude, il se révolta contre son Seigneur : il se prévalut de sa force et de sa beauté, qu'il croyait supérieures à celles de Dieu lui-même. Il voulut fonder pour lui-même un siège plus élevé, à l'ouest et au nord (3). De puissanis compagnons, ditil, l'ont choisi pour maître : aussi, ne veut-il plus servir ni

1. C'est ce qu'avait voulu faire déjà le poète de l'ancienne Genèse.

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