‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 209 sur 311 · Par le fait, ce n'est que trois ans plus tard · texte numérisé non relu

Par le fait, ce n'est que trois ans plus tard

de la persécution et de la délivrance de la reine veuve avant l'arrivée d'Olhon en Italie v. o40-660). Lauleur raconte d'une manière saisissante comment Bérenger II usurpe le tronc, maltraite Adelheide et la fait enfermer dans une forteresse; mais, avec l'aide de Dieu, elle réussit à s'enfuir par un conduit souterrain qu'ont creusé une servante et un prêtre, ses seuls compagnons dans son infortune ; malgré toutes les poursuites, elle arrive heureusement à Reggio, où l'évêque lui avait préparé un asile. Othon a entendu parler de la grâce de cette reine par des pèlerins qui reviennent de Rome; ils lui ont dit que, après Edith^ elle est la seule femme digne de devenir son épouse, et cela l'engage d'ahord à entreprendre le passage des Alpes 1). Il est bientôt reconnu, à Pavie, comme souverain, etil se marie, dans cette ville, avec Adelheide, à qui il avait député son frère Henri comme premier garçon d'honneur. Entre le beau-frère et la belle-sœur se forme bientôt un lien d'amour fraternel ^v. 734 sq.), et Henri jouit alors de la faveur particulière du roi. Le poète nous parle encore ici du retour de Ludolphe qui eut lieu, d'après ce qu'elle dit(2 , sur l'ordre d'Olhon ; de l'arrivée d'Othon lui-même dans la patrie ; enfin de la soumission de Bérenger, qui, en qualité de vassal, reçoit de nouveau des mains d'Othon le gouvernement de son royaume considérablement amoindri, à la condition de mieux traiter son peuple (v. 780 sq.). Mais il ne tient pas la condition : Olhon est justement irrité; toutefois il ne peut marcher incontinent contre lui, car la ruse du démon bouleverse à nouveau la paix intérieure de rxAllemagne.

Le quatrième chapitre comprend une période de temps de 9o3 à 9o7; mais il ne nous en reste que le début, composé de dix-huit vers, et la fin qui en a quarante-huit : ce sont environ trois cent quatre-vingt-huit vers qui se sont perdus. Le poète

1. Ludolphe le précède. L'auleur, se meltant en contradiction avec les autres sources historiques, représente cette expédition infructueuse de Ludolphe comme un triomphe splendide qui lui valut l'éloge enthousiaste de son père (v. 665 sq.). Cf. Dümmler, Kaiser Otto, p. t92 sq.

2. En contradiction avec Widulcind. V. là-dessus : Dümmler, Kaiser Otto^ p. 200, remarque 1.

[310. I HROTSVITA : Di: (iKSTlS ODDÜMS I .I.So

y racontait d'abord, ainsi que le montre le début, la guerre civile allumée par Ludolphe. Le motif de sa révolte est seul parvenu à notre connaissance : la faveur dont l'oncle Henri jouissait auprès d'Adelheide, tandis que Ludolphe lui-même avait perdu son amour, fit craindre à ce dernier de perdre également la première place dans l'Empire ; les mauvais discours de plusieurs l'égarèrent. — Après cela vient la lacune. Le fragment qui la suit suppose déjà le récit d'une expédiliou victorieuse de Ludolphe encore gracié par le roi, vu que Hrosvita nous y communique une lettre d'Othon dans laquelle il le félicite à ce sujet et lui confère, comme récompense de sa fidélité à toute épreuve, le gouvernement de fempire d'Italie. Cette expédition se fit en Italie. Ludolphe plein de joie se prépare déjà au retour.

Après cela^ signalons une nouvelle lacune d'environ deux cent quatre-vingt-dix vers : elle renfermait le cinquième chapitre, dont il ne nous reste que quatre vers; du moins ces vers nous apprennent-ils que le chapitre se terminait avec le couronnement général d'Othon et d'Adelheide (février (962). Là se clôt le récit proprement dit de Hrosvita. Le sixième chapitre, que nous distinguons encore avec Kopke, n'est qu'un court épilogue (v. 876-912) dans lequel le poète déclare qu'elle n'ose pas décrire ce qu'Othon a accompli comme Auguste : il a vaincu et banni Bérenger ; il a mis sur la chaire de saint Pierre un autre pape, et il a élevé son fils Othon à la dignité impériale. Ces exploits exigent un récit plus noble que celui qu'elle est capable de présenter.

Si nous jetons un coup d'œil d'ensem.ble sur le récit historique de Hrosvita, il nous sera facile de reconnaître, malgré les lacunes qu'il renferme, le bien-fondé de l'opinion qui veut que nous ayons affaire ici à une histoire de famille (1). Dans le premier chapitre, ce qui fait le sujet principal du récit, après que le poète nous a présenté la famille d'Henri P', c'est le premier mariage du héros; dans le deuxième, la querelle et

1. Ainsi que Wuilz le fil remarquer le premier d'une manière décisive : Ueber dasVerhältnhs von Hrotsuits GestaOddonis zu WidukiwL Forschungen zur deutschen Geschichte, vol. IX, p. 336.

Ja réconciliation des deux frères, Olhon et Henri, la mort d'Edith et le mariage de ses enfants; dans le troisième, le deuxième mariage d'Othon ; dans le quatrième, la révolte et la réconciliation du fils ; enfin dans le cinquième, le deuxième mariage reçoit pour ainsi dire sa consécration par l'élévation des époux à la dignité d'empereur et d'impératrice. Celte manière de comprendre l'histoire correspondait entièrement aux idées'd'une femme, et principalement à celles de la religieuse Hrosvita : l'intérêt qu'elle portait aux événements contemporains devait être entièrement déterminé par ses relations et par celles de son couvent avec la famille royale ; mais cette manière de voir ne cadrait pas moins bien avec les idées de l'abbesse Gerberge, qui avait ordonné à Hrosvita de prendre la plume. Ce qu'il faut d'autant plus remarquer qu'on y a à peine pris garde, c'est que cette manière de voir, tout en mettant au premier plan l'intérêt personnel, s'offrait précisément la première pour traiter poétiquement le sujet. Et elle était en état de donner de Tunité au sujet (1) et de la vie au récit.

Le caractère personnel de la narration impose certaines bornes à la vérité historique et lui porte même parfois préjudice ; mais c'est précisément ce caractère qui nous captive, ct^ là même où nous reconnaissons ou du moins où nous soupçonnons la partialité d'un auteur qui n'écrit pas un ouvrage d'esprit mais un ouvrage de cœur (2), nous restons encore sous le charme. Voilà pourquoi cet ouvrage s'élève franchement, comme poème, au-dessus des autres du même genre, par exemple de celui du poète Saxo. Avec cela, il nous offre une narration coulante et facile, un style naturel qui ne sent pas l'école des savants et qui dépasse de beaucoup celui des légendes. Le coloris du récit qui devait, d'après ce que nous avons dit, être jusqu'à un certain point celui d'un panégyrique, était celui-là même qui s'imposait, par la manière dont le su-

1. Comme conséquence nécessaire de ce « traitement », le poète a laissé de côté ou à peine eftleiiré un grand nombre de laits remarquables.

2. Voilà pourquoi il est possible que sa partialité puisse s'étendre en même temps à deux personnes ennemies l'une de l'autre, à Henri et à Ludolphe.

[311-312.] IIKOSVITA : DK PIU.MOUDIIS COKNORII GANI). 337

joL avait été Iraiismis JÏ railleur, llrosvila le tenait vraiscni- Llablemcnt du cercle de la famille royale et de la cour. Quant à rembellissemeiit des discordes domestiques et de la révolte enlre le frère et le lils, elle eu trouvait le motif dans sa façon de comprendre la marche des événements de ce monde et d'attribuer une iniluence directe, à l'enfer comme au ciel, sur les choses d'ici-bas. C'est le démon qui excilc à la révolte et c'est Dieu qui sauve Otbon. Donc, bien que ce poème ne doive être misa profit qu'avec beaucoup de précaution, il n'en est pas moins vrai que, comme source historique, il a luie giande valeur (1) : il n'oiïrc pas seulement des nouvelles parliculièros d'importance, mais il uous aide encore à mieux connaîlre les motifs de quelques résolutions considérables (2).

Le deuxième poème historique de IJrosvitha, qui fut composé après le premier et même, à ce qu'il paraît, seulement après la mort d'OthonI"(3), est intitulé: De priniordm rornobii Gander!>hei)nensis (six cents bexamèlres) (4). Il traite, par conséquent, de l'origine du monastère du poète, et d'abord de sa fondation par Ludolphe, l'ancêtre proprement dit de la dynastie royale saxonne, auquel Louis le Germanique conféra la fonction de duc. Mais ce fut sa femme, Oda, qui l'eng-agea à fonder le monastère. Saint Jean-Baptiste avait annoncé à sa pieuse mère, Aeda, que sa postérité fonderait un monastère de religieuses et recevrait un jour la couronne impériale en récompense (o). C'est ainsi que la légende venait au secours des religieuses pour relever l'importance de leur monastère.

1. Mais ne vouloir juger ce poème qu'à ce seul point de vue, c'est se rendre coupable d'injustice, comme l'ont fait aussi dans d'autres cas seniblat)les les historiens allemands; cet ouvrage n'est qu'un poème, et n'a pas d'autre prétention : c'est à ce point de vue qu'il faut d'abord le juger.

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