MACER FLORIDUS
manifester dans la littéraliire latine du moyeu âge, tout aussi bien que dans la littérature française. Dans d'autres traits, par contre, le récit est décidément tout autre que dans ces épopées, vu que l'imitation de l'épopée antique a été décisive pour le poète latin, qui était un lettré. A cela s'ajoute le style qui est exagéré, boursoufflé (1) et n'a pas la moindre parenté avec celui des chansons de g-este^ surtout avec celui des chansons de la première époque. Enfin , je regarde en général comme une chose inconcevable qu'un savant du x'' siècle ait pu seulement avoir la pensée de « traduire )>, dans une langue exclusivement réservée à la science, une épopée composée en langue vulgaire — et, j'ajoute, à cette occasion, que je ne crois même pas, à cette époque, et en France, à l'existence de cette épopée telle qu'on se la représentait dans les chansons de gestes qui nous ont été conservées. Il pouvait bien cependant puiser ses matériaux dans la tradition populaire, ainsi que l'ont fait Ermoldus Nigellus et encore plus le poète du lied de Walthari.
A la France, et à ce siècle probablement, appartient encore un poème didactique qui acquit une grande autorité. Je veux dire l'ouvrage, comprenant plus de deux mille hexamètres (2), qui a pour litre : De Vnibus herharinn : dans la plupart des manuscrits, et par suite aussi dans les éditions imprimées, l'auteur porte le nom de Macer Floridus (3), sans doute en souvenir de Tami de Virgile et d'Ovide, Jilmilius Macer, qui écrivit très probablement un poème Dp herbis, et qui fut connu, en tout cas, du moyen âge, comme l'auteur de ce poème (4). Deux manuscrits nomment pour auteur un certain Odon de
1. Donnons-en du moins un exennple. Voici comment il décrit la mort de Borel : « Nec mora : haurilur siûmueriH hospes corporis per munimina clipei et per trilicem tnnicaai, siibiniL!.it.que caput », etc.'
2. Dans Tédition de Choulant, il y en a deux mille deux cent-soixanteneuf ; mais, dans plusieurs manuscrits, il manque des vers, et l'ouvrage est certainement interpolé en plusieurs endroits; c'est ainsi que s'expliquent maintes répétitions.
3. Macer Fioridus, De viribus herharum, secundum codd. mss. et veteres edit. recens., etc. Choulant, Leipi.ig-, 1832 (Prolegg.).
4. Principalement par les distiques de Gaton auxquels est emprunté apparemment le Litre de notre poème et spécialement du vers : « Herbarum vires Macer tibi carminé dicet. »
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Meun (Magdunensis) ; dans l'un d'eux même, il est désigné comme médecin (1). Il appartenait à la France, à en juger par l'absence de la rime dans les vers hexamètres : ce n'est, en effet, qu'après le x^ siècle que les vers à rime léonine devinrent peu à peu en faveur dans ce pays (2), par contraste avec TAllemagne notamment, où le vers léonin règne en maître déjà dans cette période. A cause de l'utilité pratique qu'on lui attribua, ce poème eut une grande vogue : on le trouve souvent cité dans le Regimen sanitatis de l'école de médecine de Salerne, ce recueil si connu des préceptes médicaux, qui lui emprunte même des vers entiers (3). A la fin du xv*^ siècle, il était encore commenté en détail par un professeur de médecine ; et, plus tard, Théophraste Paracelse le pourvut aussi de scolies.
On y trouve soixante-dix-sept plantes (4) dont la vertu médicinale est exposée dans autant de chapitres. L'auleur débute par la« mère des herbes », artemma{ii)\ la série n'est point rangée d'après un principe déterminé. En général, chaque plante est efficace pour diverses maladies, mais il est vrai avec une préparation différente. Ce qui a lieu d'étonner, c'est de voir le nombre de ces plantes qui sont recommandées contre une seule et même maladie. La source principale où l'auteur a puisé ses connaissances, c'est Y Histoire naturelle de Pline, notamment le livre vingtième. Mais à côté de cela, il a aussi mis principalement à contribution l'ouvrage de Dioscoride, De materia niedica, déjà traduit en latin et qu'il cite comme Pline (T),. Il parle aussi une fois, au mot « Ligusticum »,
1. D'après ie passage ries vers 549 sq. (n° xiv) : « Anlhemim magnis commendat laudibus auctor — Asclepius, quam Chamaemelum nos vei Chamomillam — Dicirnus », il est difficile de vouloir conclure à la pairie de l'auteur ; je rj'ai pu trouver le moindre renseignement à ce sujet dans le poème.