‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 252 sur 311 · CONTINUATION DE LA CHUONIQUE DE REGINO · texte numérisé non relu

CONTINUATION DE LA CHUONIQUE DE REGINO

de Ilersfcld, jusqu'en 994(1) ; ce n'est qu'à partir de celte date qu'on trouve des documents originaux contemporains, lesquels vont jusqu'à 1040.

Au-dessous de toutes ces annales allemandes s'élève considérablement, surtout au point de vue littéraire, une continuation de la chronique universelle de Regino(2), entreprise vers (960) (3) ; elle est devenue ici, comme déjà dans sa deuxième partie, une chronique purement impériale ; ce n'est point complètement à tort, vu que l'empire est devenu le facteur principal de Fhistoire universelle. — Il est question surtout de la Lorraine^ de la Franconie et de la Souabe^ comme aussi des événements survenus dans la famille royale, notamment depuis l'avènement au trône d'Olhon, dont l'auteur se montre en général le féal sujet; mais il s'entend aussi à relater des faits concernant la France de l'Ouest et l'Italie en tant qu ils ont rapport à rAllemagnc ; il nous communique même des nouvelles très exactes de l'expédition d'Othon à Rome.

Dans cette continuation, l'on peut distinguer trois parties. La première, qui peut s'étendre de 907 à 939, s'appuie principalement sur les annales de Reichenau, mais qu'il doit avoir eues sous les yeux dans une forme plus développée. Souvent même il les suit littéralement. La deuxième partie va jusqu'en 960, et la troisième de 961 jusqu'à la fin, c'est-à-dire jusqu'en 967. Pendant ces sept dernières années, la composition paraît avoir marché de pair avec les événements et être complètement propre à l'auteur, tandis que la deuxième partie est puisée à des sources encore inconnues, mais se base certainement déjà parfois sur des notices de l'auteur. Dans cette partie, la narration est déjà, pour maintes années,, bien développée et^ par là^ d'une grande valeur. C'est là encore le cas, et à un plus haut deg"ré, pour la dernière partie, qui forme la

1. Auxquelles sont mêlées quelques nouvelles ecclésiastiques de Hildesheim. Cf., sur ce sujet, Lorenz, Die larbiicher von Hersfcld 7iach ihren Ableitungen und Quellen uniersucht und wiederhergestellt. Leipzi^,^, 1885.

2. V. ci-dessus, p. 242, rem. 1. — Werra. Veher den Continuator Reginonis. Leipzig-, 1883 (Dissert.). — Waltenbach, Op. c, p. 342 sq.

3. Je ne saurais partager l'avis de Werra, qui prétend qu'il ne faut placer le début de cette continuation qu'après 964.

source la plus importante pour cette époque. Le style naturel et qui se distingue par la correction témoigne en faveur de la vérité du récit et en faveur de l'esprit cultivé de l'auteur. Le nom de ce dernier ne figure nulle part, et tout ce qu'on peut assurer c'est qu'il était au monastère de Saint-Maximin, à Trêves, auquel appartenait également Regino , et qu'il était étroitement lié avec un autre religieux du même monastère, Adalbert, qui fut plus tard archevêque de Magdebourg ; il était également l'ami de Guillaume, fils naturel d'Othon I, alors archevêque de Mayence. Tous ces détails résultent delà lecture de son ouvrage lui-même (1).

Nous trouvons aussi, dans cette période, quelques histoires de monastères et d'évêchés, qui ne manquent pas d'intérêt. Les premières dont les Gesta abbatum S. Bertiiii Sithienshim ei\Q?>Gesta abbatum Laubiensium (2), composées toutes deux parFoLCüiN (3), lequel, issu d'une famille illustre de la Lorraine, entra, encore enfant, au monastère de Saint-Berlin et y prit plus tard l'habit religieux. C'est là que, encore diacre, et sur l'ordre de l'abbé Adalolf, il composa la première de ces histoires, de 961 à 962, tandis qu'il écrivit la deuxième vingt ans plus tard, alors qu'il était abbé du monastère de Lobbes, dignité où il avait été élevé, en 963, par Ebrachar, évêque de Liège. C'est encore là qu'il édita la Vie de saint Folcuin,

1. Mais c'est là aussi tout ce qui en résulte, car vouloir voir en lui Adalbert lui-même, ainsi que vourlrait le faire Gieseltrechl {Op. c, p. 778), et Werra après lui, est une chose que je ne puis admettre, vu que le passage que le premier cite en sa faveur est, selon moi, précisément contre lui. A mon avis, il est difßcile de concevoir qu'Adalbert ait exprimé sa mauvaise humeur contre son protecteur, l'archevêque Guillaume, dans une chronique qui est un document perpétuel, et surtout vu que, grâce à lui, il fut complètement réconcilié l'année suivante. V. les années 961 et 962.

2. Gesta abbat. S. Bertini Sithiemium eô. Uolder-Egf^er, ddius les Moniim. German. histor., Script. T. XIII. 1881 (Praef.). — Gcbta abbat Lobiensium Éd. Pertz, ibidem T. IV. 1841 (Praef.). — Vita S. Folcuini, episcopi Tarvennensis, dans Mabillon, Acta SS. ord. Bened. Saec. IV, p. 662 sq. — Holder-Egger, Zu Folcwin von St-Bertin ôdiDS : Neuen Archiv, etc. vol. VI (1881), p. 415 sq.

3. Holder-Egger (Op. c.) a démontré péremptoirement qu'on ne doit pas admettre l'existence de deux auteurs du même nom, ainsi qu'on le faisait généralement auparavant. Cette opinion me semble confirmée surtout par la préface de la Vie de saint Folcuin, surtout si on la rapproche du chapitre XLvi des Gesta abbatum Sithiensium.

[402-403.] FOLCuiN : gesta abbat, sixn. et laud. 433

évoque de Thérouanne et son grand-oncle. Cette Vie, dont il avait déjà esquissé le plan dans sa jeunesse, au monastère de Saint-Bertin, il la dédia, entre 970 et 984, h l'abbé Waller, qui en était alors supérieur. Il mourut en 990.

Ces deux histoires de monastères diffèrent essentiellement l'une de l'autre dans leur exécution. Celle du monastère de Saint-Berlin n'a pas seulement pour but, ainsi que le dit l'auteur lui-même dès le commencement, de nous faire connaître les gestes [gesta) des abbés, mais encore les traditions des propriétés [traditioncs possessioimm) du monastère depuis sa fondation; c'est même ce dernier point surtout que poursuit Folcuin. Ce qui donne un grand prix à son travail, c'est qu'il ne se contente pas de mentionner seulement les donations et les privilèges, dans la liste chronologique qu'il donne des abbés , mais qu'il nous communique les documents euxmêmes et nous en garantit la reproduction fidèle (c. cxi}. Le monastère fut fondé par saint Berlin, en 648, dans la villa Sithiu, qu^on lui avait donnée à cet effet. D'après notre auteur, le saint mourut en 698, mais, à cause de son âge avancé, il avait déjà résigné auparavant l'administration du monastère (1). Folcuin commence l'histoire du monastère avec son fondateur et la poursuit jusqu'au commencement de l'année 962. Aux nouvelles des « gestes » des abbés, basées sur des documents qu'il reproduit lui-même pour les époques antérieures, l'auteur en ajoute fréquemment d'autres qui ont un intérêt général et concernent généralement la France ; il les puise soit dans des livres, soit dans la tradition orale. On y trouve plus d'un fait d'importance. Mais les nouvelles relatives au monastère contiennent elles-mêmes maintes communications qui ont une importance générale (2).

L'autre histoire de monastère de Folcuin est un ouvrage dont le style est bien plus correct et qui témoigne d'une plus

1. D'après Holder-Egger [Op. c, p. 438), Berlin vécut jusqu'en G97 et la résignation de sa dignité est une fiction. D'après lui, également, les données chronologiques ajoutées par Folcuin doivent être soumises en général à un examen critique.

2. V. par exemple, c. xlvii, l'abbé Fridogis, et, c. lu, relativement à l'activité de Guntbert, artiste-calligraphe, qui s'était formé en Italie.

grande maturité. Ce qui lui donne pour nous plus d'intérêt, c'est que le monastère de Lobbes était avec raison, à cette époque, un centre célèbre d'études et qu'il avait produit un savant tel que Rather. L'auteur pose de larges assises pour son récit : dans un prologue, il développe d'abord l'idée que la Providence dirige la marche du monde, sans préjudice du libre arbitre de l'homme; il parle ensuite, d'après Orose, des empires du monde, que Dieu a réglés d'avance et qu'il a fait se succéder les uns aux autres. L'empire romain est le dernier, il est vrai ; mais celui des Francs doit être compris en lui (1), vu que les Francs pénétrèrent en vainqueurs dans les forteresses romaines, et que, descendant de Troie, comme les Romains, ils étaient en quelque sorte de la même famille : les uns, en effet, descendaient d'Anténor et les autres d'Enée. Passant ensuite à son histoire, Fauteur commence parnous raconter en détail la fondation du monastère. Il prit naissance dans une contrée pleine de forêts et de rochers, vraie caverne de brigands; aussi fut-il fondé, en 637, par un malfaiteur qui s'était converti. Il s'appelait Morosus et il prit alors le nom de Landelinus. De Lobbes, il alla s'établir au monastère de Saint-Crispin, qu'il avait aussi fondé ; alors, saint Ursmar devint abbé du premier monastère, et il fut considéré aussi par Folcuin comme le deuxième fondateur de Lobbes; son nom lui-même parait déjà avoir indiqué sa pieuse vocation (2). Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il fit fleurir d'abord son monastère et qu'il exerça en même temps les fonctions d'évêque missionnaire en Flandre, car, dans les documents de son époque, il porte le titre d'évêque. Sa vie et celle de son successeur, Ermin, fu)^,4'abord écrites par Anso, abbé du

1. ;c Francoram imperiuai, quod... in Roraana republica est connumerandum. »

2. « Ursmarus ex duobus usitatis Galliae locutioDum generibus dicitur, latina videlicel, quam usurpantes vitiarunt, et teutonica; coogruum plane beato viro vocabulum. Ursum enim aiunt partum informem lingua lambere, et quod naturae minus est, officio linguae complere » (c. ii). C'est ainsi qu'il a fait par sa prédication. D'après cela, Ursmar, de ursus et du haut allemand mdri^ signifie : ours magnifique. — Notre auteur montre aussi ailleurs un penchant pour i'étymologie; celle qu'il donne de Laubach est trèsjuste (c. i), tandis que celle du nom de Bertin, qu'il donne dans le prologue des Gestes des abbés de Sithiu, est souverainement ridicule.

[404-405.] FOLcuiN : vie écrite par lui-même 43Ö

monastère^, à l'époque de Charlemagne; le style, il est vrai, en est très imparfait (c. ix) ; Folcuin mène ensuite riiistoire des abbés jusqu'à l'an 980, en s'appuyant soit sur les documents et les ouvrages d'autres auteurs, tels que Eginhard, Flodoard, Ruotger, qu'il cite textuellement, ainsi que la Yie de Bruno, soit ensuite sur sa propre expérience; il nous communique maintes nouvelles importantes et pleines d'intérêt, par exemple sur les incursions des Normands et des Hongrois , sur les démêlés relatifs à la nomination au siège épiscopal de Liège, qui, depuis 889, était réuni au monastère; sur la culture littéraire. Cet ouvrage nous donne surtout d'importantes notices pour la biographie de Ralher; nous les avons mises à profit ci-dessus (1). L'auteur eut à rompre parfois plus d'une lance avec lui. Folcuin termine son histoire en nous communiquant des nouvelles sur les constructions ecclésiastiques entreprises par lui à l'incitation de l'évêque Notker, et les chefs-d'œuvre exécutés pour les embellir (c. xxix); dans une sorte de supplément, il nous parle enfin de cures merveilleuses opérées, du temps de l'auteur, sur le tombeau de saint Ursmar ou en d'autres lieux à lui consacrés (2). Cet ouvrage de Folcuin se distingue également par la mise en œuvre de documents authentiques et même par un certain sentiment pour la critique historique (3). L'auteur doit donc revendiquer sa part dans le mouvement progressif que l'historiographie fait dans ce siècle.

La Yie de saint Folcuin, écrite par lui, est au contraire insignifiante; elle est pauvre de matériaux, et vraisemblablement il en était ainsi du héros lui-même, malgré l'âge avancé auquel il parvint. Son exploit le plus remarquable (4), c'est la reprise de possession des reliques de saint Andomar, enlevées par Tabbé Hugon, et restituées par Folcuin au monastère de saint Bertin, qui appartenait à la paroisse de notre évêquc; Ce que nous apprend à nouveau la Yie de saint Folcuin, c'est

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