‹ Histoire générale de la littérature du moyen age en occident; (volume 3)Chapitre 268 sur 311 · V. c. IV, fin · texte numérisé non relu

V. c. IV, fin

470 LITTÉRATURE LATINE [436-i37.]

rien du règne d'Odon ; il se contente de raconter ses luttes avec les Normands, et, avec force détails, la victoire qu'il remporta sur eux à Monlpensier (c. vu sq.); puis, il passe aussitôt à l'élévation de Charles à la royauté, laquelle eut lieu à Reims, en 893 [c. xu). Il ne dira plus rien d'Odon, si ce n'est pour nous dépeindre sa mort (janvier 898), au chapitre suivant. Des cinq années d'intervalle, il n'est pas question. L'auteur raconte ensuite, dans cq premier livre, en s'appuyant surtout sur les Annales de Flodoard(l), l'histoire de Charles, mouvementée par des troubles intérieurs presque continuels, ses combats avec Robert, frère d'Odon, sa guerre avec Giselbert de Lorraine. A l'occasion de œs événements, il nous parle de la part qu'y prit Henri, roi d'Allemagne; mais il le fait, il est vrai, en donnant une appréciation singulière des relations de ce monarque avec les Carlovingiens. Entre temps, il relate encore une défaite des Normands sous la conduite de Rollon, ainsi que leur conversion (c.xxvni sq.). Viennent ensuite l'élection de Robert comme anti-roi (c. xLij et la bataille de Soissons, en 923, dans laquelle il perdit la vie; puis l'élévation du Bourguignon Rodolphe (c. xlvu) et la captivité de Charles, que la mort seule vint délivrer, en 929 c. lvi). L'histoire du règne de Rodolphe forme ensuite la fin du premier livre, qui se termine à sa mort, en 936 (c. lxv;.

Le deuxième livre est consacré à l'histoire de Louis IV (936- 9o4). L'auteur traite en détail l'élévation de Louis au trône — on dut le rappeler d'Angleterre ; — ses luttes avec Heribert de Vermandois (c. vn sq.), et contre le fils de Robert, Hugon le Grand, allié à Heribert; ses relations avec la Lorraine et Othon I"; ses combats contre les Normands; la querelle au sujet de l'occupation de l'archevêché de Reims. A cette occasion, il nous fait un récit très détaillé du svnode d'Inarelheim (c. Lxix sq.). Tels sont les principaux points de ce livre, et, ici encore, Flodoard forme la principale source où a puisé Richer. Le livre se termine à la mort de Louis (c. gut).

Le livre troisième a pour sujet l'histoire du fils de Louis,

1. Toutefois il a aussi, par exception, mi? à profit VHinfnria efr-lesiae Bemnisis, par exemple : L. I, c. xxxii sq.

[437-i38.] nicfiEH : icistoriaium limiu iv ',71

Lothaire, qui n'avait que douze ans quand il monta sur I«' trône. Ici, l'auteur ne suit que jus([u'cn 965 Flodoard, dont les Annales, du reste, s'arrêtent à l'année suivante ; et, après avoir ensuite passé trois années sous silence, il continue son récit à partir de 969 (c.xxu) et marche sans le secours d'autrui.Apiès avoir, dans les chapitres précédents, parlé d'événements dont nous voulons mentionner ici les plus importants, comme la soumission de Guillaume d'Aquitaine, la mort de Hugues le Grand et la promotion de son fils, Hugues Capet, au rang de duc ; après avoir raconté l'élévation d'Oldéric sur le siège archiépiscopal, Richer divise son récit, désormais indépendant, en cinq parties. D'abord (c. xxn-xui) il nous dépeint les actions de l'archevêque Adalbéron, qui succéda à Oldcric, en 969, sur le siège de Reims : il fit restaurer et embellir la cathédrale, réforma les chanoines et les religieux; pour les moines de Saint-Remi, il obtint aussi du pape une bulle confirmant leurs possessions, et il la fit sanctionner par les évêqucs^ dans un synode tenu à Mont-Notre-Dame. Une assemblée d'abliés, réunis en 'cet endroit sous la présidence de celui de Saint- Remi et à laquelle assistait l'archevêque, y décréta des ordonnances pour l'amélioration morale des religieux. Ces décrets, qui ont un grand intérêt pour l'histoire de la civilisation (d), Richer nous les communique avec beaucoup de détails et d'après les actes eux-mêmes (c. xxxi sq.). — Mais Adalbéron ne s'appliquait pas moins activement à faire progresser l'enseignement des fils de son église. Et en nous le racontant, Richer passe à une seconde partie de sa narration, à l'action exercée par Gerbert, « qui avait été envoyé dans ce but à Adalbéron parla Providence elle-même. » Cette parlie va du chapitre xliii au chapitre lxv. Richer nous y donne les nouvelles importantes que nous avons mises ci-dessus à profit pour

1. Par exemple, ce qu'il nous dit, en le blâmant, du luxe que les moines se permettaient dans leurs habits : à cette occasion, il nous donne maints détails sur la mode de celte époque. Il y est question de ■pillca aw'ita, de tunicae, quas sic ah ulroque latcrc stringimt manicisquc et yiri^ difjluentibus diffundunt, ut artatis clunibm pt pratensis iiatUms polius mcrelrinilis quam monachü a tergo as:dmilentur. » Il y parle encore de petits souliers à la pouiaine pourvus d'oreillettes, de fourrures, de pantalons à fond flottant, etc.

esquisser la biographie de Gerbert ; il nous relaie sa vie jusqu'à sa discussion avec Olrich (980), laquelle est traitée avec tout autant de détails que sa méthode d'enseignement. — La troisième partie s'étend du chapitre lxvi au chapitre xcx (Ij : il y est parlé des démêlés de Lothaire avec Othon II au sujet de la Lorraine, et des conséquences de sa réconciliation avec lui^ à l'insu du duc Hugon, lequel entre en pourparlers avec Othon et devient par là suspect à Lothaire, qui marche contre lui. Eux aussi finissent par se réconcilier 978-981). Une quatrième partie, de dimensions moins grandes (c. xci-xcv) et de caractère épisodique, est consacré à Louis, fils de Lothaire, à son couronnement comme successeur du roi (979), à son mariage avec la veuve du duc des Goths et de leur divorce, en 982. — Voici enfin la cinquième partie (c. xcvi-cvni). Elle commence avec la mort de l'empereur Othon IL Cette mort donna à Lothaire occasion de tenter à nouveau la conquête de la Lorraine. Il réussit, en 984 ^c. ci), à prendre Verdun, qu'il perdit, il est vrai, pour un court délai, mais qu'il reprit encore. Richer nous peint, avec de nombreux détails, ce deuxième siège de Verdun (c. civ sq.) (2). Le livre se termine avec la mort et les obsèques de Lothaire, en 986 (c. cix sq.).

Dans le livre quatrième^ on peut également distinguer cinq parties. La première (c. i-viii) traite du règne bien court du successeur de Lothaire, Louis V, qui accuse l'archevêque Adalbéron du crime de haute trahison, de connivence avec l'Allemagne. Louis meurt bientôt après, en 987, des suites d'une chute (c. v); mais, malgré cela, Adalbéron ne laisse pas de se justifier dans une assemblée de notables, où l'on devait procéder à l'élection d'un nouveau roi. — La deuxième partie (c. ix-xxiii) nous relate les prétentions que Charles, frère de Lothaire, essaie, mais en vain, de faire valoir pour monter sur le trône, l'élection et le couronnement de Hugues Capet, ainsi

1. Le chapitre lxvi, dont il ne nous reste que le commencement, traitait épisodiquement du synode de Sancta-Magra, qui fut tenu à l'occasion de bruits relatifs à des relations adultères entre la reine Emma et l'évéque Adalbéron de Laon.

2. V. du reste les doutes que Wilroans a élevés relativement à la vérité d'un double siège de Verdun, dans : Jahrhùcher Jes deutschen Reichs unter Otto m. (p. 176 sq.)

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que celui de son fils Robert, en 987 (c. xi sq.), enfin l'incursion de Charles, qui quitte la Lorraine et s'empare de Laon, qu'Hugues essaie en vain de reprendre(c.xviii sq.). — La troisième partie (c. xxiv-lxxtu) pourrait commencer à la mort d'Adal-béron, en 988, et à la candidalure d'Arnolphe, fils illégitime de Lothaire, au siège archiépiscopal. Une fois élu, Arnolphe devient félon à Hugues et livre Reims à Charles : les deux prétendants n'osent pas en venir à une bataille décisive (c. xxxix); par contre, Laon est pris, grâce à une ruse de guerre de son évêque chassé par Charles, et Charles et Arnolphe y sont faits prisonniers, ainsi que nous le raconte Fauteur avec beaucoup de détails (c. xli sq.). Richer nous fait part ensuite, mais sous forme d'épisode, de son voyage à Chartres (c. l); puis, avec beaucoup plus de détails, de la condamnation d'Arnolphe par le synode tenu, en 991 , dans le monastère de Saint-Basolus, à Reims; il appuie son récit du rapport officiel des délibérations composé par Gerbert (1), qu'il reproduit en partie textuellement (2). Les chapitres lxxiv àxciv forment la quatrième partie, dont le sujet principal est la guerre civile entreprise par Odon de Yermandois, et surtout sa querelle avec Fulcon d'Anjou. Outre cela, il n'est question que du synode de Chelles, en 992, lequel défend contre la curie romaine la déposition d'Arnolphe et son remplacement par Gerbert (c. lxxxix). Cette partie se termine à la mort d'Odon.— La dernière enfin (c. xcv-cvii) ne touche qu'à un seul sujet : le synode de Mouzon (995), convoqué sur l'ordre du pape par un légat, dans le but d'y faire réhabiliter Arnolphe.

Ainsi se termine l'ouvrage de Richer. Sur le dernier feuillet du missel, on trouve encore quelques notices des années 99Ö à 998, écrites dans le style lapidaire des anciennes annales. Plusieurs de ces notices concernent Gerbert. Elles n'ont aucune valeur littéraire et ont pour ainsi dire un caractère tout à fait privé ; il est possible qu'elles aient été faites en vue d'une

d. V. ci-dessus, p. 389 (paginât, allem.)

2. Richer, c. lxxiii, renvoie à ce rapport. (Cf. ci-dessus, p. 389,' rem à) Là seulement, et ce n'est qu'en passant, il parie de l'élévation de Oerberl, en disant : a Librum Gerberti , hujus Arnulfi m episcopatu successoris. »

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continuation de Touvrage, bien que leur nonribre paraisse trop minime sous ce rapport.

L'auteur a divisé le sujet tout entier en quatre livres par des motifs longuement réflécbis, comme il est facile de le reconnaître, et d'après son point de vue politique. Chacun des livres est affecté à l'histoire d'un des rois de la dynastie carlovingienne, avec celte différence que, dans le premier, l'auteur a fait entrer encore le règne intérimaire d'Odon et celui de Rodolphe de Bourgogne, et que, dans le dernier, après l'extinction de la ligne directe des Carlovingiens avec Louis V, il fait suivre l'histoire de Hugues Capet. Bien que Richer suive en général, dans son récit, l'ordre chronologique, il s'efforce néanmoins, contrairement aux historiens annalistes, de réunir par groupes les événements et les faits qui offrent quelque rapport-, et cet effort, comme j'espère l'avoir montré, a été couronné de succès dans les troisième et quatrième livres, dès que l'auteur, se confiant à ses propres forces, se débarrasse de ses modèles annalisliques. C'est ainsi que du moins nous trouvons, dans ces deux livres, un groupement intrinsèque. Cet effort marche de pair avec un autre qui n'est pas moins louable.je veux dire celui qu'il fait pour motiver les faits. Quant à l'exécution du récit, et surtout à la quantité variable des détails, elles ont été essentiellement déterminées par la personnalité de Fauteur. Les choses qui concernaient et intéressaient soit Richer, comme clerc et comme savant, soit son maître, à qui l'ouvrage était destiné en première ligne, sont traitées avec une grande richesse de détails, par exemple les questions ecclésiastiques et scientifiques, et celles-là, plus que les autres, vu que, en qualité de moine de Saint-Remi, il disposait de riches matériaux. Ces faits avaient aussi un intérêt général. Par contre, il ne témoigne qu'un intérêt purement personnel dans les longues descriptions des maladies, auxquelles succombèrent quelques personnages de distinction (1).

La manière dont l'auteur traite son sujet nous montre partout l'école de Gerbert : la culture classique; je neveux pas

t. Par exemple, celle qu'il fait de la maladie de Lothaire (I. III, c. cix), d'Odon du Vermandois. (L. I, c. xviii.)

[4il-442.] RTCHER : iiistoriahum Liiuu IV 47:;

dire seulement par là que Sallusle lui servit de modèle, pour le style surtout, avantage qui lui élait commun avec d'autres historiens contemporains ; non, je veux plutôt faire entendre la tendance qu'il avait de viser à rarchaïsme et de donner des noms de l'antiquité à des choses du moyen âge ; c'est ainsi que Richer fait d'un comte un virconsularis; il parle de légions et de cohortes ; il donne aux Allemands le nom de Germains, aux Français celui de Gaulois; bien plus, en gardant pour son époque la division de la Gaule fournie par César, dans ses Commentaires y il donne aux Lorrains le nom de Belges (1). Mais l'influence de cette école est encore plus manifeste et plus particulière dans la rhétorique dont le récit est plein d'un bout à l'autre. Cette dernière n'était-elle pas pour Gerhert, comme pour la Rome antique^ le couronnement de la science universelle, vers laquelle tendait l'enseignement de l'école (2)? Richer possédait en outre un talent oratoire qui était particulier aux Gaulois et dont les Français ont hérité. Aussi, la chose principale dans son ouvrage est pour lui l'exposition; y briller par des discours, des descriptions, des peintures, voilà son ambition. Les discours font, en partie, l'impression de devoirs d'école, esquissés d'après les préceptes delà rhétorique (3) ; mais ils se distinguent par des phrases très courtes qui ressemblent fréquemment à des sentences (4). Notre auteur n'a rien de la pompe gauloise des anciens temps. Ses descriptions consistent principalement (5) dans des tableaux de batailles et de sièges, et, à l'occasion de ces derniers, il décrit deux fois des machines de guerre (6) avec tant de clarté et de précision,

1. Il les appelle Belgici exteriores (p. ex., !. II, c. xvii) pour les distinguer des habitants des pays compris entre la Meuse et la Marne, ou la Belgique intérieure,

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